Accusé d’être à la tête d’un réseau de cannabis inter-iles : Franklin condamné à six ans de prison à La Réunion

by | Jun 10, 2024 | Faits Divers

Sa défense selon laquelle il n’est pas le Franklin recherché n’a pas été convaincante

Ses avocats envisagent de faire appel du jugement

Extradé à La Réunion en avril dernier pour répondre à une charge de trafic de drogue, Jean-Hubert Célerine, alias Franklin, a vu son sort scellé ce jeudi 6 juin. Originaire de Rivière Noire, ce trentenaire a été condamné à six ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Saint-Denis. Il doit également s’acquitter d’une amende de 50 000 euros, soit environ 2,5 millions de roupies, et l’accès au territoire français lui est interdit. Malgré ses proclamations d’innocence, il a été reconnu coupable d’avoir été le cerveau d’un trafic de zamal entre La Réunion et Maurice en 2017.

Le Mauricien de 34 ans avait déjà été condamné par contumace dans cette affaire par la justice réunionnaise et avait écopé de 7 ans de prison en 2021. Son extradition, demandée par les autorités réunionnaises, a finalement eu lieu près de trois ans plus tard, après de longues procédures juridiques et administratives. Malgré les promesses d’un nouveau procès, l’habitant de Rivière-Noire a été livré à la justice de l’île sœur. Les services de Me Fabian Gorce à La Réunion ont plaidé la non-culpabilité de Jean-Hubert Célerine, arguant qu’il s’agit d’une erreur d’identité. Franklin, vêtu sobrement lors de son procès, a nié toute implication dans le trafic de drogue qui lui a valu sa condamnation en son absence.

« Franklin n’est pas Jean Hubert Célérine »

Dans sa défense, Me Fabian Gorce a argumenté que son client est totalement étranger à tout ce dont on l’accuse. Selon lui, Jean Hubert Célérine n’est pas le Franklin responsable des 142 kg de cannabis, évalués à plus de 2,3 millions d’euros, saisis lors du démantèlement d’un réseau à Sainte-Rose. « Rien ne prouve que ce Franklin du dossier soit bien M. Célerine, dont le nom n’apparaît jamais, ni lors des auditions, ni dans aucun document ». L’avocat a également basé sa défense sur le fait que Jean Hubert Célérine est un entrepreneur et un travailleur. « Lui, son argent, il l’a gagné à la sueur de son front, car c’est un entrepreneur établi depuis plusieurs années », assure-t-il encore en plaidant la relaxe.

Dans le box des accusés dans l’après-midi du jeudi 6 juin, Franklin sobrement vêtu d’un t-shirt blanc et d’un jogging noir, sans bijoux en or qu’il arborait sur ses selfies, a aussi nié en bloc les accusations de trafic de stupéfiants qui lui avaient valu d’être condamné, en son absence, à sept ans de prison le 2 juillet 2021 par le tribunal correctionnel de Saint-Denis. « Je suis bien Franklin, mais ce n’est pas moi qui suis derrière tout ça et je ne sais pas pourquoi on m’accuse », a déclaré le trentenaire.

« Je travaille beaucoup »

Arrêté en février 2023, par l’ICAC pour le blanchiment de 25 millions de roupies (500 000 euros) à travers la construction « d’un immeuble de trois étages de haut standing » et l’achat de plusieurs véhicules de luxe chez lui, à La Gaulette, Franklin a expliqué qu’il a toujours travaillé dur et qu’il a des dettes à rembourser. « Je travaille beaucoup, et ce depuis que je suis enfant. Aujourd’hui, j’ai une société de location de voitures, une supérette, un snack-bar qui rapportent bien. J’exerce aussi comme maçon, menuisier, parfois je vends un bœuf à 90 000 roupies (environ 1 800 euros, NDLR) mais j’ai aussi des crédits à rembourser », a-t-il expliqué.

Le président Stéphane Duchemin précise que Franklin était également connu comme «le bienfaiteur» de son village de Rivière-Noire, finançant des fêtes de quartier, des citernes d’eau et des factures d’électricité. « Je n’aime pas voir les gens dans la misère, j’ai grandi dedans », s’est-il justifié.

« Le plus grand flou »

Pour le procureur Philippe Leonardo, il ne fait aucun doute que Jean Hubert Célerine est bien Franklin, celui qui était à la tête du réseau. Il est revenu sur « cette procédure très cohérente, dans laquelle les mis en cause ont parlé sans se concerter, tous désignant un même commanditaire alors qu’ils auraient pu inventer une histoire ». Il a ainsi fait le rappel des témoignages le mettant en cause, et ce, dès les premières gardes à vue opérées à La Réunion suite à la saisie, le 30 avril 2018, de 140 kg de zamal sur le point d’être embarqués à Sainte-Rose.

Ce dernier a aussi souligné que Franklin est désigné par la plupart des acteurs réunionnais du trafic comme « le principal bénéficiaire et organisateur du réseau ». Il a précisé que certains décrivent même comment les missions et les revenus étaient répartis, les petites mains réunionnaises venant récupérer par avion l’argent à Maurice, Franklin les accueillant avec son 4×4 BMW X6 pour leur remettre des liasses de billets. « À l’inverse, Franklin se défend avec le plus grand flou, incapable de justifier ses revenus par des pièces comptables », affirme l’avocat de la poursuite, insistant sur une peine de sept ans d’emprisonnement, le maintien en détention et une interdiction d’accès au territoire français.

Les arguments du parquet triomphent

Finalement, le tribunal a rejeté les arguments de la défense et a suivi à la lettre les réquisitions du parquet. Selon le président Stéphane Duchemin, la poursuite a clairement démontré l’implication et le rôle du prévenu dans le trafic de drogue. Il a également retenu le fait que le Mauricien est également inquiété à Maurice pour blanchiment d’argent et que la défense n’a pas pu justifier l’origine des revenus colossaux de Jean Hubert Célérine de manière tangible.

« On sait que le trafic de stupéfiants peut être très rémunérateur. 140 kg de zamal, c’est 2 millions d’euros à la revente à Maurice », a observé le président, mettant ainsi un terme à une saga judiciaire de près de six ans.

 

 

Ainsi, Jean-Hubert Célerine, a été condamné à six ans de prison ferme par le tribunal correctionnel de Saint-Denis. Il doit aussi s’acquitter d’une amende de 50 000 euros, soit environ 2,5 millions de roupies, et à une interdiction définitive du territoire français.

Il aura à purger sa peine à moins que son avocat mauricien, Me Yatin Varma, qui est allé à La Réunion pour assister au procès, ne décide de faire appel. D’ailleurs, une déclaration en ce sens a été faite et les équipes légales du trentenaire étudient déjà les possibilités.

À savoir qu’une fois sa peine purgée à La Réunion, Jean-Hubert Célerine sera un homme libre. Ses avoirs et ses comptes bancaires resteront néanmoins gelés. Cela comprend deux speedboats, un jet ski, un bateau, et 60 voitures récentes via sa compagnie Topfleet, l’une des trois sociétés qu’il possède. Ce gel concerne également ses biens immobiliers, dont une maison à La Gaulette, près du Morne, dont la valeur est estimée à 500 000 euros.

 

Cinq ans après

 

Le nom de Franklin est devenu populaire à Maurice suite à son arrestation par la commission anti-corruption au début de l’année 2023. Depuis lors, Franklin a été détenu dans les prisons de Maurice, suspecté de blanchiment d’argent. Une dizaine de personnes soupçonnées d’être des prête-noms ont également été arrêtées dans le cadre de l’enquête.

Cette arrestation a révélé que l’habitant de Rivière-Noire faisait déjà l’objet de trois mandats d’arrêt en 2019, 2021 et 2024 à La Réunion pour trafic de drogue. Les procédures engagées par le bureau de l’Attorney General en janvier dernier ont conduit à la confirmation de son extradition vers La Réunion par la justice de Maurice. Me Yatin Varma avait alors annoncé son intention de faire appel de cette décision, mais à la mi-mars, le présumé trafiquant de drogue et chef de réseau de trafic inter-îles a finalement accepté son transfert vers La Réunion.

 

Son complice présumé et bras droit, Jérémy Décidé, surnommé Nono, avait également été condamné par contumace en juillet 2021 et avait été extradé vers La Réunion. Après avoir contesté cette décision de justice, il a bénéficié d’un nouveau procès qui a abouti à une condamnation à quatre ans de prison en août 2023.

Avec le départ de Franklin, toutes les charges pesant sur lui ont été annulées à Maurice. À son arrivée à Gillot, il a été présenté au procureur de la République qui lui a notifié la décision du tribunal correctionnel de Saint-Denis, le condamnant à sept ans de prison en son absence en juillet 2021 pour son implication dans un réseau de trafic de drogue, en particulier de zamal, entre La Réunion et Maurice pendant les années 2017 et 2018.

Le jeudi 6 juin 2024, Jean-Hubert Célerine a été rejugé. Le tribunal a suivi les réquisitions de la poursuite qui demandait sept ans de prison et une interdiction définitive du territoire. Il a finalement été condamné à seulement six ans de prison, à une amende de 50 000 euros et à une interdiction définitive du territoire. Avec le système de remise de peine en cours à La Réunion, Franklin purgera moins de six ans de prison.

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