Homélie de la Messe Chrismale à la Cathédrale St Louis jeudi 28 avril 2024, par Mgr Jean Michael Durhône

by | Mar 28, 2024 | Actualités

C’est la première fois que je célèbre la Messe Chrismale comme évêque de Port- Louis. Je voudrais vous remercier mes frères évêques, prêtres et diacres pour votre amitié et soutien depuis ma nomination le vendredi 19 mai 2023 et mon ordination épiscopale, le dimanche 20 août 2023.

 

C’est un jour de fête pour nous, en ce jour où le Christ institue le sacrement de l’Eucharistie et le Sacrement de l’Ordre. Trois mots résonnent dans mon cœur comme une action de grâce et un appel : Consécration, Mission et Maturation.

 

  1. Consécration : L’Esprit du Seigneur est sur moi. Il m’a consacré par l’onction

 

« Le Seigneur m’a consacré par l’onction… » La consécration est d’abord une action et une initiative de Dieu. Elle appelle notre oui, mais elle est fondamentalement œuvre de l’Esprit Saint. Être consacré, c’est se laisser agir par Dieu lui-même pour devenir ce à quoi il nous appelle. La consécration est, de ce fait, toujours un don gratuit de Dieu nous invitant à la gratitude.

 

Notre consécration se fonde sur l’égale dignité de notre baptême. Le baptême nous plonge dans la mort et la résurrection du Christ. Tous – laïcs, diacres, prêtres, religieux et religieuses et évêques – ont été consacrés de par notre baptême.

 

Notre consécration est liée à celle du Christ comme nous le rappelle l’évangile de Marc: « L’Esprit du Seigneur est sur moi, il m’a consacré par l’onction… ». Le baptême et la Confirmation sont les dons reçus par tout baptisé dans l’Eglise.

 

Le Seigneur Jésus a ensuite institué cette consécration seconde qui fait l’évêque et les prêtres. Il s’agit de la consécration sacerdotale de l’évêque, en premier lieu, puis des prêtres ministres du même sacerdoce et recevant donc la même onction ministérielle. Ils sont tous au service de la consécration baptismale.  Quant à nos frères diacres, ils sont ordonnés en vue du service en communion avec l’évêque et son presbyterium.  Mais consacrés, pourquoi?  Consacrés pour vivre la mission du Christ.

 

  1. Consacrés pour vivre la mission du Christ

 

« L’Esprit du Seigneur m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres… ». La consécration est toujours mission.

 

Consacré par l’onction, le baptisé s’offre au Seigneur pour le monde et offre le monde avec lui, afin que ce monde s’ouvre à la plénitude du don de Dieu et de son salut. En reçevant le don de l’Esprit, comme baptisés, nous accueillons la vie de Dieu pour vivre l’Évangile au cœur du monde et en témoigner.

 

Comme diacres, nous devenons signes du Christ-Serviteur.  Les pauvres doivent être au cœur de nos préoccupations et de nos communautés parce qu’ils sont au cœur de Dieu. Et dans l’Église, toute responsabilité et tout pouvoir ne sont  reçus que pour servir.

 

Consacrés par l’onction, comme prêtres, nous sommes envoyés en vue de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. Signes du Christ-Tête, nous sommes serviteurs de la communion et de l’annonce et de la transmission de l’Evangile. Au service des membres du Corps du Christ qu’est l’Eglise, nous voulons que tous les baptisés puissent vivre pleinement de leur baptême. Nous reçevons la grâce et mission pour qu’à travers les sacrements, la vie divine entre dans le coeur de chaque baptisé.

 

Au cours de cette messe chrismale, je vais bénir l’huile des catéchumènes et l’huile des malades.  Je vais consacrer le Saint Chrême. Au cours de cette messe, les prêtres renouvelleront les promesses de leur ordination. Retrouvons confiance dans nos vocations respectives et en nous-mêmes. Accueillons le don de Dieu. Osons tous ensemble la mission pur ce marcher ensemble : enfants, jeunes et adultes. La consécration et la mission sont un chemin de croissance ou de maturation humaine et spirituelle.

 

  • Consacrés et envoyés pour un chemin de maturation

Au cours de la messe chrismale en 2018, le Pape François s’exprimait sur la proximité avec le people de Dieu et avec Dieu qui, selon moi, nous ouvre un chemin de maturation humaine et spirituelle:

 

« La bonne nouvelle se réalise quand ces deux proximités se nourrissent et s’entretiennent mutuellement. Si tu te sens loin de Dieu, approche-toi de son peuple qui te guérira des idéologies qui ont refroidi ta ferveur. Les petits t’apprendront à regarder Jésus de manière différente. A leurs yeux, la personne de Jésus est attachante, son bon exemple donne de l’autorité morale, ses enseignements sont utiles pour la vie.

Si tu te sens loin des personnes, rapproche-toi du Seigneur, de sa Parole : dans l’Evangile, Jésus t’apprendra sa manière de regarder les personnes, quelle valeur a, à ses yeux, chacun de ceux pour qui il a versé son sang sur la croix. Dans la proximité avec Dieu, la Parole se fera chair en toi et tu deviendras un prêtre, diacre et évêque proche de toute chair. Dans la proximité avec le peuple de Dieu, sa chair douloureuse deviendra parole dans ton cœur et tu auras de quoi parler avec Dieu, tu deviendras un prêtre, un diacre et un évêque intercesseur.”

 

 

« Cette parole de l’Ecriture que vous venez d’entendre, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit…” ». Jésus seul peut affirmer que sa mission est accomplie.  Il le dira de nouveau sur la croix avant sa mort “ Tout est accompli… ».  Aucun de nous, évêques, prêtres et diacres, avons la prétention que nous avons pu accomplir  notre mission parfaitement. Le Seigneur nous a envoyés porter la Bonne Nouvelle, aux pauvres que nous sommes . Notre chemin de maturation humaine et spirituelle passe aussi par des crises. Le Pape François au cours de la Messe chrismale en 2023, a  parlé des crises que peuvent traverser les prêtres.

 

«Selon le temps voulu par Dieu, vient pour chacun l’étape pascale, qui marque le moment de vérité». Un moment de «tension» aussi, qui «représente une ligne de crête décisive pour ceux qui ont reçu l’onction». Dans cette période aussi inconfortable que déterminante, qui peut se répéter, trois «tentations dangereuses» surgissent: «celle du compromis, où l’on se contente de ce que l’on peut faire; celle des compensations, où l’on cherche à se «recharger» avec autre chose que notre onction; celle du découragement, la plus commune, où, mécontents, l’on continue par inertie», a décrit le Pape.

Mais ce genre de crise «peut aussi devenir le tournant du sacerdoce», où, au lieu de glisser vers la pente de la médiocrité, l’on accueille humblement, «à partir de la fragilité de notre réalité», «l’aide de l’Esprit Saint».

 

Le Saint-Père l’a qualifiée de «deuxième onction», qui pousse à un examen de conscience: «mon épanouissement dépend-il de mes capacités, du rôle que j’obtiens, des compliments que je reçois, de la carrière que je poursuis, des supérieurs ou des collaborateurs que j’ai, du confort que je peux me garantir, ou de l’onction qui parfume ma vie ?»

 

Ce passage de vérité devient alors un moment de croissance. «Frères, la maturité sacerdotale passe par l’Esprit Saint, elle se réalise quand Il devient le protagoniste de notre vie», a insisté François. La vie spirituelle, a-t-il poursuivi, devient «libre et joyeuse» lorsque, abandonné, «on se dispose à servir là et comme on nous le demande: notre sacerdoce ne grandit pas en rapiéçant, mais en débordant!»

 

Que le Seigneur achève en nous ce qu’il a commençé. C’est une parole que chacun de nous a entendu le jour de notre ordination. Finalement, ce sont eux nos frères et soeurs malades, fragiles, exclus qui nous aident à reconnaître que notre consécration et la mission sont un chemin de croissance. En renouvelant dans quelques instants nos promesses sacredotales, c’est bien ce chemin de maturation humaine et spirituelle que nous voulons prendre encore aujourd’hui.

 

Chers frères et soeurs, je rends grâce du chemin de croissance où vous m’apprenez à devenir d’abord disciple du Christ et évêque.

 

Amen!

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