189e anniversaire de l’abolition de l’esclavage : Des souvenirs encore plus forts….

by | Jan 31, 2024 | Actualités, Economie, Politique

Chaque 1er février, les Mauriciens ont une pensée spéciale pour leurs ancêtres, d’origines africaine et malgache, qui ont connu les affres de l’esclavage. Cette activité était légalement pratiquée dans notre pays jusqu’en 1835. Le 189ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage à Maurice, sera commémoré ce jeudi 1er février 2024. Un peu partout dans l’île. Des commémorations et des rendez-vous culturels sont prévus. C’est l’occasion de replonger dans cette terrible période de l’Histoire…

Une blessure. Dans l’histoire de l’humanité, l’esclavage est une tache indélébile qui a marqué tous les continents. Une atrocité qui a fait souffrir tant d’hommes et de femmes captifs, privés de leur identité, arrachés à leur culture, vendus et exploités dans des conditions inhumaines. La journée du 1er février qui marque la commémoration de l’Abolition de l’esclavage à Maurice  est justement un moyen de se rappeler l’importance de ce crime qui est toujours d’actualité. Une façon de rendre hommage à tous ces esclaves qui ont connu l’enfer.

Le programme officiel

Ce jeudi 1er février 2024 marque le 189e anniversaire de l’abolition de l’esclavage. Comme le veut la tradition, la cérémonie officielle et le programme culturel se tiendront au Morne. L’invité d’honneur, cette année, est le président de la République des Seychelles, Wavel Ramkalawan.

Au programme de ce jeudi : une cérémonie de dépôt de gerbes au Monument de la route de l’esclave et un programme culturel à la plage publique du Morne. Le Chef du gouvernement, Pravind Jugnauth, prononcera un discours hautement symbolique pour l’occasion.

Les activités suivantes seront également organisées

Le ministère des arts et du patrimoine culturel, en collaboration avec Le Morne Heritage Trust Fund, le National Heritage Fund et le Nelson Mandela Centre for African Culture, organisera, entre autres, une série d’activités pour marquer cette date d’une pierre blanche. Voici les activités qui seront organisées :

(a) un dépôt de gerbe au Bassin des Esclaves à Pamplemousses, le 30 janvier 2024

(b) une cérémonie de dépôt de gerbe au “Monument aux Esclaves” à Pointe Canon, Mahébourg, le 31 janvier 2024 ;

(c) une dégustation culinaire de plats traditionnels par Le Morne Heritage Trust Fund en collaboration avec l’Ecole Hôtelière Sir Gaëtan Duval à la Mahogany Shopping Promenade, Beau Plan le 3 février 2024 ; et

(d) une exposition-vente d’œuvres d’art sur le thème “Une nouvelle iconographie de l’esclavage” par le Centre Nelson Mandela pour la culture africaine à Lespas Lar, La Tour Koenig, le 15 février 2024, suivie du lancement d’une bande dessinée sur l’esclavage par l’auteur Stanley Harmon.

 

Messe du 1er février à la chapelle Stella Maris

La messe organisée par le diocèse de Port Louis pour commémorer le 189ème anniversaire de l’Abolition de l’Esclavage à Maurice sera célébrée en la chapelle Stella Maris à Le Morne, ce jeudi 1er février à 8h30. Cette messe sera présidée par Monseigneur Jean Michaël Durhône. Elle sera précédée d’un pèlerinage, démarrant à 6h30 à Trou-Chenilles, vers le lieu de célébration.

Le thème de cette année est : « Le Morne, Rasinn Nou lidantite ».

Il est à noter que le Komité Diosezin Premie Fevrie (KDPF) marquera aussi l’évènement avec une veillée de prière sous forme de procession. Ainsi, le 31 janvier à 18h, le pèlerinage débutera à Dilo-Pouri, au Morne, et se terminera à l’arrière du Centre communautaire avec, entre autres, feu de camp, litanie des saints et des marrons et ce, en présence de Mgr Michaël Durhône.

 

Les artisans de l’abolition de l’esclavage à Maurice

La commémoration de l’abolition de l’esclavage est une étape phare dans l’histoire de notre pays. Cette fête nationale célèbre nos ancêtres et leur rend un vibrant hommage. C’est aussi une occasion de se rappeler que notre pays a été construit dans la souffrance et la solidarité. L’occasion pour nous de mettre en lumière les artisans derrière l’abolition de l’esclavage Maurice.

 

SAJ décrète le 1er février jour férié

C’est en 2001 que le 1er février est décrété jour férié pour commémorer l’abolition de l’esclavage survenue en 1835. La décision est prise par le gouvernement Mouvement Socialiste Militant-Mouvement Militant Mauricien (MSM-MMM), issu des élections générales de septembre 2000 et dirigé par Feu Sir Anerood Jugnauth. Faire du 1er février un jour férié était un engagement figurant dans le manifeste électoral de l’Alliance MSM-MMM. L’idée, disent les gouvernants à l’époque, est de marquer une avancée dans l’histoire de l’humanité, mais aussi de célébrer les ancêtres des Mauriciens. C’est ainsi qu’il est décidé en même temps, de décréter le 1er novembre jour férié pour marquer l’arrivée des premiers travailleurs engagés à Maurice.

D’emblée, Feu Sir Anerood Jugnauth, lors de la commémoration de l’abolition de l’esclavage le 1er février 2016 au Morne a laissé entendre que c’est son gouvernement qui avait amendé la Public Holidays Act en 2001 pour décréter le 1er février jour férié. SAJ affirme que Paul Bérenger, qui était à l’époque le no 2 de son gouvernement, a une contribution dans cette décision : « Je dois dire en toute justesse que Paul Bérenger a eu à l’époque une contribution dans cette décision, car je lui avais confié la responsabilité de présider un Select Committee pour étudier toute la question et venir avec des recommandations », a précisé SAJ. Le regretté Mentor Minister dit avoir pris la décision de décréter le 1er février jour férié « dans votre intérêt pour que nous puissions en même temps reconnaître notre histoire et consolider davantage l’unité nationale dans notre diversité ».

Compensation aux descendants d’esclaves

Offrir une compensation aux descendants d’esclaves était aussi l’un des cheval de batailles de feu Sir Anerood Jugnauth. Durant son mandat de Primeministership de 2000 à 2003, SAJ avait proposé un amendement à une motion privée du député Jean-Claude Armance sur la nécessité de Maurice d’adopter toutes les mesures prises au niveau international pour une compensation aux descendants d’esclaves et de laboureurs engagés. « Mon gouvernement compte souscrire à toute décision internationale en vue d’offrir une compensation aux descendants d’esclaves », disait SAJ. Ce dernier avait même reçu des compliments de la part de Sylvio Michel, leader des Verts Fraternels. Malheureusement, comme l’alliance MSM/MMM avait perdu les élections en 2005, la nouvelle équipe dirigeante soit l’alliance PTr/PMSD ont mis aux oubliettes toute les causes en faveur des descendants d’esclaves.

Rapport Justice et Vérité – Qu’ont fait Ramgoolam et Duval pour les victimes ?

En 2009 le gouvernement de Navin Ramgoolam avait procédé à l’institution de la commission Justice et Vérité, qui avait coûté la bagatelle somme d’environ Rs 60 millions, représentant le paiement des membres de la commission. La composition de celle-ci était comme suit : Chairperson: Prof Robert Shell, vice-présidente : Dr Vijaya Teelock. Leurs assesseurs : Lindsay Morvan, Benjamin Moutou, Prof Parmaseeven Veerapen. L’objectif étant d’enquêter sur la dépossession des terres concernant les descendants d’esclaves et des travailleurs engagés.

Le rôle de cette commission était surtout de déterminer les mesures qui s’imposent. Or, en 2011, il y a eu la publication de rapport de la commission qui recommandait la mise sur pied d’un Land Tribunal. De 2011 à 2014, pendant le régime de Navin Ramgoolam, rien n’a été fait pour faire avancer les choses.

 

Le MSM organise un colloque sur l’esclavage en 2015

Effectivement, ce n’est qu’en 2015 après que le peuple ait reconduit le MSM de nouveau au pouvoir que les choses allaient s’activer. Ce n’est pas l’historienne Vijaya Teelock qui nous dira le contraire. En effet, dans une déclaration faite à Le Xournal dans le passé Vijaya Teelock a déclaré ceci : « l’année 1985 a été l’année de la première Conférence internationale sur l’esclavage à Maurice. Trente ans après, en 2015 vu un autre colloque international sur l’esclavage, avec une approche très différente. Le contraste entre les deux est une évidence de ce long chemin parcouru pour la reconnaissance de l’histoire de l’esclavage mais aussi l’évolution de la pensée historique mauricienne qui tiens à reconnaitre qu’une population a le droit de se prononcer sur la façon dont son histoire est écrite et doit participer dans l’écriture de son histoire. C’est une forme d’appropriation ou de réappropriation ».

Le combat des frères Michel

Parmi les inconditionnels du 1er Février, Les Verts Fraternels sont ceux qui occupent depuis plusieurs années le devant de la scène. « Nous célébrons l’abolition de l’esclavage depuis 1976. À l’époque, c’était au Jardin de la Compagnie à Port-Louis. Ensuite, de 1989 jusqu’à 2000, nous nous rendions à Pointe-Canon et depuis 2001, après que ce jour a été décrété férié, nous allons au Morne », déclare Sylvio Michel, leader du parti. Ce dernier, rappelons-le, est un fervent partisan de l’abolition de l’esclavage tout comme son frère Ellie Michel.

De 1976 à ce jour, Sylvio Michel n’a cessé de réclamer que justice soit faite envers les descendants d’esclaves. Parmi ses revendications, il y a la mise en application du rapport de la Commission Vérité et Justice et l’offre d’une compensation financière aux descendants d’esclaves. L’ancien ministre de la Pêche est aussi le premier citoyen mauricien à élever la voix pour que le 1er février soit décrété congé public en guise de commémoration aux esclaves.

 

Pravind Jugnauth rejoint SAJ dans ce combat

Depuis qu’il occupe le poste de Premier ministre sous l’ancien et même sous le présent régime, Pravind Jugnauth n’a cessé de démontrer que son gouvernement accorde une importance particulière au thème de l’esclavage de même qu’aux descendants des esclaves. D’ailleurs, lors de son allocution à l’occasion de l’inauguration officielle de l’aile réhabilitée du musée intercontinental de l’esclavage à Port-Louis en octobre 2021, le PM a souligné la volonté du gouvernement « de reconnaitre le sacrifice des esclaves et de mettre en valeur leur contribution au développement du pays ».

Il rappelle que ce musée correspond aux besoins et aux attentes d’une société longtemps mise à l’écart et dont l’histoire a été marginalisée. « C’est un lieu de mémoire qui servira à construire l’avenir en permettant aux groupes autrefois marginalisés d’accueillir les outils qui faciliteront leur vie commune. La création du musée fait partie des mesures concrètes visant à lutter contre toutes les formes de racisme de discrimination raciale et de l’intolérance », avait-il déclaré.

 

L’Eglise demande pardon pour n’avoir pas combattu cette pratique

L’abolition de l’esclavage, un événement auquel l’Église attache aussi de l’importance. Il est à noter que l’église Catholique a fait son mea culpa, il y a quelques années de cela pour les torts causés aux esclaves et aux descendants d’esclaves également. Lors de la messe du 1er février 2001, Mgr Maurice Piat a présenté les excuses de l’Eglise qui n’a pas combattu, en son temps, l’esclavage dans l’île Maurice. Il a estimé qu’elle avait commis un péché d’omission pour n’être pas montée au créneau et se mettre à la pointe du combat.

Toujours au cours de cette célébration, le prélat a déclaré, à mots couverts, que l’Eglise catholique avait été absente dans la lutte qui a abouti à l’interdiction du travail forcé. L’église, a-t-il souligné, veut demander pardon « à Dieu et à nos frères et sœurs qui en ont souffert ».

Il est à souligner que de 1722 à 1835, l’Église n’a pas protesté contre le Code noir, en vigueur à l’époque, qui considérait les esclaves comme des « meubles » et les obligeait à adopter le catholicisme, religion d’État. Par ailleurs, la Commission a souligné qu’à cette époque, des membres de l’Église étaient propriétaires d’esclaves.

Une « offense terrible »

En octobre 2003, également à Gorée, Mgr Maurice Piat avait participé, avec une délégation d’évêques africains, à une demande de pardon pour l’esclavage. Plus récemment, à Vieux Grand Port (Maurice), le 1er février 2006, l’évêque de Port-Louis avait reconnu que l’esclavage est une « offense terrible faite à nos frères et sœurs humains et que cette offense est aussi un péché contre Dieu ».

Au lendemain de l’abolition de l’esclavage, l’action de l’Église à Maurice en faveur des affranchis fut lancée par le P. Laval, dit « l’apôtre des Noirs », ouvrant les portes de l’Église aux Créoles descendants d’esclaves.

D’autre part, lors d’une messe en 2019 à l’occasion du 184e anniversaire de l’abolition de l’esclavage, le père Gerard Mongelard a laissé entendre qu’il « faut reconnaitre la contribution des esclaves dans le développement du pays ».

 

Rappel de l’histoire…

Pour rappel, l’île Maurice, alors gouverné par les Anglais, a aboli l’esclavage en 1835. Un décret abolissant l’esclavage avait déjà été émis en 1794 par le gouvernement français issu de la Révolution, mais il ne connut qu’une application limitée, les colons français refusant de le reconnaître.

Maurice, connue alors sous le nom d’île de France, ne fit pas exception. En 1802, l’esclavage fut rétabli pendant le Consulat, sous Napoléon Bonaparte. Quand les Anglais conquirent l’île en 1810, la traite négrière avait déjà été abandonnée dans les colonies britanniques. Mais il fallut tout de même la pression de l’Anti-Slavery Society (une organisation abolitionniste) pour que l’esclavage soit finalement aboli en 1833. Afin de ne pas provoquer dans les colonies de plantation un choc économique trop brutal, le texte prévoyait une application graduelle. C’est ainsi qu’à Maurice, la loi prit effet le 1er février 1835, mettant fin à une pratique de deux siècles.

Cette période donna le temps au gouvernement de trouver une main-d’œuvre alternative pour remplacer les esclaves dans les champs de canne à sucre. Le 2 novembre 1834, un premier navire débarqua 39 immigrés indiens à Maurice, premier acte de l’immigration indienne qui durera 90 ans. La plupart devaient rester dans l’île après renouvellement de leur contrat initial de cinq ans.

 

0 Comments

Laisser un Commentaire

Dernière édition

Le Xournal
Lire en ligne

Xournal Dimans

Le Xournal
Lire en ligne