Sécurité routière | Prévention Routière Avant Tout, Alain Jeannot : « Nous avons un grand chantier qui demande une analyse soigneuse de la situation, sans se voiler la face »

by | Dec 6, 2023 | Actualités, Economie, Opinion

  • Relâchement des automobilistes… Un mélange d’inconscience, d’indiscipline et de perception d’impunité pourrait expliquer ce genre de comportement
  • « Une culture de la sécurité routière, dans un contexte où l’accès aux véhicules est si facile, devrait être une priorité »
  • « La vie n’a pas de prix. Le défi sur nos routes c’est le partage dans le respect et la sécurité. »

 

Alain Jeannot, de l’organisation PRAT (Prévention Routière Avant Tout) est aussi un observateur et un militant de la sécurité routière. Dans cet entretien qu’il nous accorde, il souligne que les piétons et les personnes voyageant en deux-roues motorisées constituent 71,5% des victimes des accidents de la route. Dans l’interview de la semaine, Alain Jeannot nous parle entre autres, de la prévention et des mesures à prendre pour réduire le nombre de fatalités sur nos routes.

 

Le Xournal (LX) :    Le gouvernement met beaucoup d’effort dans la sensibilisation des conducteurs face aux dangers de la route, mais le nombre d’accidents ne connait aucun recul. Si la sensibilisation ne marche pas que devrons-nous faire ?

 

Alain Jeannot (AJ) : La sensibilisation est un axe important dans la prévention des accidents. Cependant, elle doit être régulièrement évaluée pour déterminer son efficacité sur les groupes ciblés. De plus, la sensibilisation, seule, ne peut réduire les accidents. La répression est l’autre pilier qui est à la fois dissuasif et pédagogique. J’ai été, par exemple, satisfait d’apprendre à travers un programme radio, de la bouche de l’ASP Rambhursy, que 215 personnes ont été disqualifiées depuis le début de l’année sous le système cumulatif d’offenses routières. La justice est tout aussi importante que sa mise en application et la visibilité de celle-ci. Pour faire baisser sensiblement les accidents de la route causant morts ou blessés nous devons premièrement tenir compte de nos spécificités et gérer en conséquent. Par exemple, 36.5% de notre parc de véhicules est composé de deux roues motorisées. Or, nous savons que celles-ci sont 25 fois plus à risques que les 4 roues. En conséquent, les perspectives d’avoir plus d’accidents causant morts et blessés sont plus probantes. D’ailleurs, en 2022, la moitié des victimes décédées voyageaient en 2 roues motorisées. Quoi faire, est donc, un grand chantier qui demande une analyse soigneuse de la situation, sans se voiler la face. Par la suite,  la mise en place réaliste et réalisables des mesures qui, des fois, risquent de froisser la population.

De manière générale et dans l’immédiat, pour faire chuter les accidents graves, une vigilance accrue, une conscientisation soutenue, un entretien irréprochable des infrastructures, un contrôle impitoyable de la vitesse ou de la conduite en état d’ivresse ou sous l’effet de stupéfiants peuvent, entre autres, donner des résultats immédiats et visibles.

 

LX : Nous constatons un relâchement des automobilistes, montes à motocyclette sans casque, sans gilet fluorescent la nuit, vitesse etc. Qu’est-ce pourrait expliquer ce comportement ?

 

AJ : Ça c’est une forme d’indiscipline qui est intolérable dans un contexte où nous côtoyons les 700,000 véhicules motorisés. Les gens ne réalisent pas que nous vivons dans un pays où il y a plus de 2 véhicules motorisés par foyer. Cet accès à la liberté de déplacement individuel doit rimer avec la responsabilité. Un mélange d’inconscience, d’indiscipline et de perception d’impunité pourrait expliquer ce genre de comportement. Car, certaines mauvaises langues vous diront que certaines régions sont très étanches aux contrôles. Il n’est pas toujours facile de changer les habitudes mais la loi doit être respectée de tous parts. Surtout si cette loi protège votre propre vie.

 

LX : Quels sont les facteurs des accidents de la route ?

 

AJ : Ils sont multiples et, lors des accidents de la route, il peut avoir une conjugaison de facteurs. En général, sachant que, pour prévenir les accidents, l’état des véhicules doit être irréprochable tout comme le comportement des usagers de la route, la qualité des infrastructures et le contrôle de la vitesse, nous pouvons dire que les facteurs qui causent les accidents sont :

 

  • Le comportement des usagers : alcool au volant, non-respect code de la route, vitesse, distraction, somnolence, fatigue etc
  • L’état des véhicules : freins défectueux, roues lisses, moteur modifié sans contrôle, phares défectueux le soir etc.
  • L’état des infrastructures : Bitume charcutée, trottoirs cassés, marquages de routes effacés, mobilier de routes illisibles etc.

 

LX : Nous constatons que dans de nombreux cas d’accidents le chauffeur ou les chauffeurs impliqués n’ont pas de permis. Faut-il davantage durcir la loi pour ces personnes ?

 

AJ : Il y a, en effet, une moyenne annuelle de 1000 chauffeurs qui sont verbalisés pour avoir conduit sans permis et environ 80 d’entre eux qui sont impliqués dans des accidents causant morts ou blessés. Cela démontre une indiscipline et un laissez faire inacceptable. La plupart d’entre eux sont des hommes. Un durcissement de la loi pourrait certainement être dissuasif mais il y a aussi une nécessité de sensibiliser ceux qui sont enclins à se comporter de la sorte.

 

LX : Quelle est la responsabilité des parents dans la sensibilisation ? Ce n’est pas normal qu’un enfant de 12 ans soit au volant d’un autobus n’est-ce pas ?

 

AJ : Il y a une nécessité de souligner, justement, la question de la responsabilité parentale. Je vous donne un simple exemple : Savez-vous que 48.5% des étudiants âgés entre 13 et 17 ans avouent que leurs parents ne savent pas ce qu’ils font pendant leur temps libre ? Et pourtant, c’est ce qui ressort du Global School Based Student Health Survey de 2017. S’ils ne prennent pas la peine de s’enquérir sur une telle dimension de la vie de leurs enfants, penser vous qu’ils prendront le soin de la sensibilisation routière ? Observez et vous verrez, entre autres, que de nombreux étudiants ne marchent pas du coté droit de la route. C’est pourtant une règle de base pour le piéton. Vous êtes-vous posez la question du pourquoi ? Le seul souci de la plupart des parents responsables semble être les résultats aux examens et le certificat qui en découle. Le reste est secondaire. Pourtant, une culture de la sécurité routière, dans un contexte où l’accès aux véhicules est si facile, devrait être une priorité. Maintenant, si le parent ne prend pas ses responsabilités, l’Etat et la société doivent pouvoir combler prendre le relais en redoublant les mesures de conscientisation soutenues. Il y a un proverbe Africain qui dit que « Nous avons besoin d’un village pour élever un enfant ». Une simple politique serait par exemple d’insister sur la formule de politesse, « bonne route », à la fin de la journée scolaire, accompagnée d’un petit conseil sur la prévention. Imaginez l’impact sur nos jeunes ! L’homme n’a pas deux vies mais un homme avertit en vaut deux ! Un simple « bonne route fiston » lorsque votre fils quitte la maison, accompagné d’une recommandation, peut se révéler  une redoutable protection contre les collisions. Il va de soit que cela s’applique aussi aux  filles.

 

LX : Quelle est la cause la plus fréquente des accidents de la circulation ?

 

AJ : C’est le facteur humain, ce que nous appelons le comportement qui est à la racine de 90% des collisions. Selon une étude de la Mauritius Research Council plus de 78% des collisions surviennent lors des dépassements mal calculés et intempestifs. Il est souhaitable qu’une campagne de sensibilisation soit entreprise sur cette manœuvre. Maintenant, il va de soi que ces mauvais dépassements pourraient être associées à des dérives diverses, selon les cas. Par exemple, conduite en état d’ivresse ou de drogue, compétition de vitesse, empressement etc.

 

LX : Quel est le profil des conducteurs qui ont le plus d’accident ?

 

AJ : Définitivement, en majorité, les hommes ! Ils constituent 94% de ceux impliqués dans les imprévus routiers ; contre 4% pour les femmes. C’est fort probablement, le mâle alpha, qui est toujours pressé, qui prend les risques, qui se croit invincible et qui est glorifié quelque part pour toutes ces soi-disant qualités qui se révèlent être de bien vilains défauts. J’ai toujours dit à mes deux fils qu’il vaut mieux être « smart and cautious » au lieu de « Fast and furious ». Il est malheureux de constater que tous ceux qui osent conduire sans permis sont à 99% des hommes et que les victimes d’accidents à moto sont pratiquement à 100% des hommes. J’ose faire un appel aux femmes pour contribuer à les sensibiliser. Merci d’avance à toutes mes compatriotes !

 

LX : Quels sont les conseils pour éviter les accidents de la route ?

 

AJ : La vigilance, la conduite défensive, le respect du code de la route, la visibilité surtout les piétons doivent porter des habits clairs le soir, sensibilisation et culture  de la sécurité routière, la conduite en toute sobriété, évitez de conduire lorsque nous sommes fatigués entre autres.

Sur un plan organisationnel, il serait souhaitable qu’il y ait moins de « redtapism » qui peuvent freiner les bonnes mesures. Tenez, par exemple, depuis le 1 août dernier, dans une émission de radio, j’ai personnellement souligné le cas de 2 panneaux, indicateurs de limite de vitesse, complètement pourris qui ouvrent et ferment l’avenue Ambrose à Rose Hill. Une personne vous dit que cela ne relève pas de son département, l’autre vous réfère à l’autre département. Entretemps les panneaux sont toujours là. La bureaucratie ne peut avoir le dessus sur la vie. Il faudrait, peut être, que les ponts entre les différents acteurs de la sécurité routière soient plus conviviaux.

 

LX : Vous avez une idée de l’impact économique des accidents de la route sur les fonds publics ?

 

AJ : Environ 6 milliards il y a 5 ans. Nous pouvons imaginer l’évolution avec l’appréciation de notre parc depuis !

 

LX : Le mot de la fin…

 

AJ : La vie n’a pas de prix. Le défi sur nos routes c’est le partage dans le respect et la sécurité. Nos chemins doivent être le miroir de ce qui nous rend humain. Ces valeurs qui nous sont propres, telles que la probité, la courtoise, le respect, la compassion.

Il est inconcevable et honteux, qu’entre janvier 2018 à juin 2023 , 837 chauffeurs ne se soient pas arrêtés après une collision .

Kot nou pe ale ? Dan ki sosiete nou anvi viv ? Pran kont , anou sanz batman , anou aret aksidan !

 

 

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