Twitter, Tiktok, Google : l’UE impose un contrôle renforcé à 19 plateformes en ligne

by | Apr 26, 2023 | Monde

  • 2 000 personnes travaillaient au service modération de Twitter pour… 400 millions d’utilisateurs mensuels dans le monde.

L’Union européenne a dévoilé ce mardi la liste des 19 grandes plateformes en ligne, dont Twitter et TikTok, qui seront soumises à des contrôles renforcés à partir de fin août. Vie privée, algorithme, contenus illégaux, propagation de la haine. Voici les contrôles que va imposer Bruxelles.

TikTok, Twitter, Snapchat, Instagram : 19 grandes plateformes en ligne seront soumises à des contrôles renforcés de l’Union européenne à partir de fin août, a annoncé Bruxelles ce mardi. Ces entreprises, qui comptent chacune plus de 45 millions d’utilisateurs actifs dans l’UE, seront placées sous la surveillance de la Commission européenne et soumises à des règles renforcées de la loi sur les services numériques (DSA pour Digital Service Act), entrée en vigueur mi-novembre. Ces grandes entreprises devront se plier à un audit annuel indépendant, se doter de davantage de moyens pour la modération et ouvrir leur algorithme à des experts de l’UE. Elles auront jusqu’au 25 août prochain pour se mettre en conformité.

La publication de cette liste intervient alors que le réseau social Twitter, racheté en fin d’année dernière par le milliardaire Elon Musk, est quotidiennement accusé d’amplifier la voix des propagateurs de désinformation. Nous faisons le point sur les règles auxquelles vont devoir se plier ces 19 plateformes.

Quelles plateformes sont concernées par ces règles renforcées ?

Les 19 plateformes ont été désignées sur la base de leur nombre d’utilisateurs en Europe qu’elles avaient obligation de publier avant le 17 février. La liste, dévoilée ce mardi, par le commissaire européen Thierry Breton, comprend le réseau social Twitter et la plateforme prisée des jeunes Tiktok. Cinq services du géant Google sont également inscrits sur cette liste : le moteur de recherche, cartographie (Maps), magasin d’applications (Play Store), vente en ligne (Shopping) et vidéos (YouTube). Elle inclut aussi les réseaux sociaux Facebook et Instagram du groupe Meta, ainsi que le moteur de recherche Bing et le réseau social professionnel LinkedIn de Microsoft. Apple, via son magasin d’applications AppStore, et le géant de la distribution Amazon sont aussi concernés.

AliExpress, branche logistique du géant chinois du commerce en ligne Alibaba, le réseau social Snapchat, le service de partage de photos Pinterest, l’encyclopédie en ligne Wikipédia et le champion européen de la vente en ligne de mode Zalando complètent la liste.

Outre la liste dévoilée ce mardi, Bruxelles vérifie les données d’autres plateformes qui ont affirmé ne pas relever du champ de ces règles renforcées comme Telegram, Airbnb, PornHub ou Spotify. Certaines d’entre elles pourraient être désignées ultérieurement, si la Commission estime qu’elles dépassent le seuil des 45 millions d’utilisateurs actifs dans l’UE. Thierry Breton, le commissaire européen au Marché intérieur,a évoqué “quatre ou cinq plateformes supplémentaires” qui pourraient être annoncées “dans les prochaines semaines”.

Obligation d’un audit annuel

Ces plateformes sont considérées par l’UE comme ayant “une importance systémique” et des “responsabilités particulières” en raison de leur taille. Elles vont être placées sous la surveillance de la Commission européenne et soumises à des règles renforcées dont l’obligation d’un audit annuel indépendant pour s’assurer qu’elles luttent efficacement contre la désinformation, la haine en ligne ou les contrefaçons. Ainsi, elles devront analyser tous les risques liés à leurs services en matière de diffusion de contenus illégaux, d’atteinte à la vie privée ou à la liberté d’expression, mais aussi en matière de santé ou de sécurité publique. Le nouveau patron de Twitter, le milliardaire Elon Musk, a assuré être d’accord pour un audit “à blanc”, a affirmé le commissaire européen Thierry Breton sur France Inter ce dimanche. “J’irai faire un audit” chez Twitter en Californie, a-t-il assuré.

Davantage de moyens pour la modération

Le réseau social Tiktok, 125 millions d’utilisateurs dans l’UE, est régulièrement accusé d’héberger des vidéos de désinformation, de défis dangereux et des images à connotation sexuelle. D’après NewsGuard (start-up qui lutte contre les fake news) en septembre 2022, 20% des vidéos circulant via TikTok sur des sujets d’actualité (invasion russe en Ukraine, fusillades dans des écoles aux Etats-Unis, vaccins contre le Covid) étaient fausses ou trompeuses.

De fait, Bruxelles demandera à ces 19 entreprises de mettre en place les moyens adéquats, notamment dans la modération de contenus. Car des plateformes, comme Twitter par exemple, ne recrutent pas assez de bras pour modérer les contenus illégaux et dangereux. En décembre 2021, BFMTV révélait d’ailleurs que moins de 2.000 personnes travaillaient au service modération de Twitter pour… 400 millions d’utilisateurs mensuels dans le monde.

Une étude des algorithmes

Par ailleurs, ces plateformes auront obligation d’ouvrir leurs algorithmes, c’est-à-dire leur recette informatique qui définit ce que voit chaque utilisateur en fonction de son profil et de son historique de navigation, aux experts de l’exécutif européen. Elles devront offrir un accès à leurs données à des chercheurs agréés.

Là encore, des plateformes comme Tiktok sont dans le collimateur. L’algorithme de Tiktok est l’un des plus puissants, des plus addictifs, mais aussi l’un des plus opaques : il cerne rapidement vos goûts, vos préférences, les contenus qui vous plaisent et peut vous retenir pendant de longues minutes. Cet algorithme est accusé d’enfermer très rapidement les utilisateurs dans une sélection de vidéos correspondant à leurs centres d’intérêts supposés. “En une heure, on regardera peut-être une quinzaine de vidéos YouTube, mais on en aura vu plusieurs centaines sur TikTok” expliquait à BFMTV Marc Faddoul co-directeur de l’ONG AI Forensics.

La Commission est en train de se doter d’une équipe d’une centaine de “spécialistes extrêmement pointus” du numérique et des algorithmes, et qui seront chargées d’effectuer ces audits, a révélé Thierry Breton sur France Inter ce dimanche.

Que risquent ces plateformes si elles ne respectent pas les règles ?

Les 19 plateformes citées auront jusqu’au 25 août prochain pour appliquer les demandes de Bruxelles et se mettre en conformité. Les contrevenants s’exposeront à des amendes pouvant atteindre 6% du chiffre d’affaires mondial de leur groupe et, en dernier recours, en cas d’infractions graves répétées, à une interdiction temporaire d’exercer dans l’UE. Thierry Breton a d’ailleurs mis en garde le nouveau et fantasque patron de Twitter Elon Musk. “À partir de septembre, Elon Musk fera ce qu’on lui demandera de faire s’il veut continuer à opérer” a prévenu le commissaire européen au Marché intérieur ce dimanche sur France Inter.

Avec ces nouvelles règles, “on sera protégé du harcèlement en ligne, des fake news, on sera protégé de beaucoup de choses dont on se plaint et tout ce qui fait qu’aujourd’hui, dans l’espace informationnel, on a le sentiment qu’on est dans un espace de non-droit”, a détaillé Thierry Breton.

Des règles en plus du DSA, entré en vigueur en novembre

Ces règles, imposées aux seules très grandes plateformes, s’ajoutent à celles déjà prévues par le DSA (Digital Service Act) pour l’ensemble des réseaux sociaux, places de marché et moteurs de recherche, quelle que soit leur taille.

Elles incluent l’obligation d’agir “promptement” pour retirer tout contenu illicite dès que la plateforme en a connaissance, ou l’obligation d’informer les autorités judiciaires quand elles soupçonnent une “infraction pénale grave”.

Elles comprennent aussi des interdictions, comme celles d’exploiter les données “sensibles” des utilisateurs (genre, tendance politique, appartenance religieuse…) pour de la publicité ciblée et des obligations de transparence, comme la publication des principaux paramètres utilisés par les systèmes de recommandation.

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