Macron – Poutine : les raisons d’un aveuglement

by | Apr 25, 2023 | Monde

Dans son livre « Macron – Poutine, les liaisons dangereuses », Isabelle Lasserre dresse un constat cinglant de la politique russe du président français.

 

Vladimir Poutine et Emmanuel Macron le 7 février 2022 à Moscou. Quelques jours plus tard, le président russe lancera ses troupes sur l’Ukraine. C’est l’histoire d’une relation vouée à l’échec. Entre un dictateur « indifférent à la vie humaine » et un président français « pris dans un élan romantique », cela ne pouvait que mal finir, raconte Isabelle Lasserre, rédactrice en chef adjointe au Figaro et autrice de Macron – Poutine, les liaisons dangereuses (sortie le 26 avril aux Éditions de l’Observatoire). Son livre dresse un réquisitoire contre la politique russe du président de la République.

 

L’ouvrage s’ouvre, sans surprise, sur l’un des nombreux coups de téléphone entre l’Élysée et le Kremlin. Nous sommes le 24 février 2022 et Emmanuel Macron vient d’apprendre que Vladimir Poutine a lancé ses troupes sur l’Ukraine. Le chef de l’État a cru jusqu’au bout pouvoir éviter la guerre. Il se rend compte, un peu tard, qu’il a été dupé. « Tu as pris une décision historique qui va nous séparer pendant longtemps », lance-t-il, furieux. Puis il menace : « J’en prends acte et je ne sais pas quand on se reparlera. »

 

Que n’a-t-il tenu parole ! semble déplorer l’autrice qui estime que l’appel aurait bel et bien dû être le dernier. Mais on connaît la suite, la relation téléphonique entre Paris et Moscou continuera pendant de longues semaines, seulement interrompue brièvement par les épisodes les plus tragiques de la guerre, comme le massacre de Boutcha. Une liaison dangereuse et incompréhensible dont le bilan est « une coquille vide », selon Lasserre. Pire, elle a pour conséquence néfaste d’irriter les Ukrainiens, de déstabiliser le camp occidental et de diviser l’Europe. Cet « acharnement diplomatique » est dénoncé par les spécialistes cités dans le livre, dont Michel Duclos, conseiller à l’Institut Montaigne. « Si Macron avait pris la tête de la résistance, il aurait été le roi de l’Europe », se désole l’ancien ambassadeur. Isabelle Lasserre abonde : « La France aurait pu, si elle avait su se placer du bon côté de l’histoire sans hésiter au début de la guerre russe en Ukraine, prendre la tête de l’Europe en défendant ses valeurs et en lui donnant un nouveau rôle sur la scène internationale. »

 

 

Soros contre Kissinger

La rupture avec le maître du Kremlin, inéluctable mais sans cesse repoussée, n’est pas la seule erreur du président français, selon l’autrice qui en recense sept autres (notamment sa volonté de « ne pas humilier la Russie », celle de lui accorder « des garanties de sécurité »), rassemblées dans un chapitre intitulé « Un président ne devrait pas dire ça ». Des bévues qui ont dégradé son image côté ukrainien… mais aussi au Kremlin, où les cercles du pouvoir se moquent de ce président qui cite Tolstoï ou Dostoïevski dès qu’il s’adresse à eux. On apprend également que Poutine a peu de considération pour son homologue français, qu’il surnomme « Macrontchik », le petit Macron, et pour sa politique d’apaisement qui laisse indifférent « cet animal glacial fermé aux émotions et au soft power ».

 

Au moment où Paris opère un autre rapprochement controversé, avec le président chinois Xi Jinping, Lasserre se désole de constater que le chef de l’État n’adhère pas à la vision d’un monde où, du Donbass à Taïwan, se joue une même lutte, celle des démocraties face aux dictatures. Selon elle, la guerre en Ukraine divise les stratèges occidentaux en deux écoles, qu’elle range derrière deux de ses plus éminents représentants. D’un côté, George Soros et ceux qui appellent à battre Poutine et à affaiblir durablement son pays. De l’autre, les tenants de la Realpolitik, représentés par Henry Kissinger, qui redoutent de « condamner au désespoir » une Russie nucléaire. On comprend qu’elle est sorosienne et qu’elle classe Macron dans le camp des kissingeriens. Pour ces derniers, le temps de la diplomatie reviendra et il faudra à nouveau négocier avec le maître du Kremlin. Le président français pourra alors réactiver sa relation avec Poutine afin de connaître ses intentions. Elle le met en garde en lui proposant de méditer sur une pensée de l’oligarque Sergueï Pougatchev, qui fut proche du président russe avant de fuir le pays. « Poutine est une personne très fermée, que personne ne comprend jusqu’au bout. Pas même ses enfants et son ex-femme. »

 

 

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