Torture policière: Derochoonee et son équipe obtiennent la liberté sous caution : l’IPCC confirme un cas d’agression grave dans le cas de Krishna Seetul…

by | Jun 20, 2022 | Faits Divers

Une lettre envoyée au DPP pour la radiation de la charge de meurtre contre David Jolicoeur

Des développements se sont enchainés tout au long de la semaine dans l’affaire de torture commis par des policiers sur des suspects. Après plusieurs jours de comparution en cour et un changement de main dans l’enquête (maintenant repris par l’Independent Police Complaints Commission), les quatre membres de l’ancienne équipe de la CID de Terre-Rouge, accusés et arrêtés depuis deux semaines, ont finalement obtenu la liberté conditionnelle, le vendredi 17 juin. L’IPCC n’ayant pas objecté à leurs remises en liberté provisoire, l’inspecteur Derochoonee, le sergent Reedoye, le constable Gokhool et Purgaus, poursuivis pour « torture by public official » ont été autorisés à regagner leurs domiciles contre une caution de Rs 20 000 chacun. Les suspects comparaîtront à nouveau en cour le 24 janvier 2023.

 

Un dénouement qui n’est toutefois pas survenu sans conditions. Les quatre principaux tortionnaires, qui ont été mis en avant à travers des vidéos publiées sur les réseaux, où on les voit martyriser des personnes à l’aide des tasers électriques prohibés sur l’ile, se sont vus devant une panoplie d’interdictions. Alors que pendant ce temps, l’IPCC a bouclé l’enquête sur l’affaire de la brutalité subie par Krishna Seetul en 2020. Elle a conclu qu’il y a bien eu ‘assault with aggravating circumstances et public officers using violence’ dans cette affaire. Le dossier a été envoyé au bureau du DPP, qui devra décider s’il va poursuivre ou pas. De l’autre côté, les interrogatoires se sont poursuivies aux Casernes Centrales concernant l’inaction de la Police après avoir mis en possession des vidéos.

Pas d’objection de l’IPCC dans les demandes de remise en liberté provisoire

Depuis mardi dernier, le dossier sur les actes de torture policière, qui avait levé un tôlé dans l’ile et était mené par la CCID, a été remis à l’Independent Police Complaints Commission. Cela après que les avocats de l’inspecteur Derochoonee ont présenté une motion en Cour de district de Pamplemousses, soutenant que la CCID ne peut pas enquêter sur d’autres policiers. Alors que l’institution indépendante n’avait pas objecté à la remise en liberté sous caution des constables Moorghen et Luchmun, deux limiers de l’Anti Robbery Squad du Sud, également poursuivis pour les mêmes raisons, elle a répété cette action pour les membres de l’équipe de Terre-Rouge le jeudi et vendredi 16 et 17 juin. Cependant, la lourde tâche de poursuivre l’enquête, avant de faire des recommandations au Directeur des Poursuites Publiques et au Commissaire de Police pour la marche à suivre, reste d’actualité et est autant prise au sérieux.

 

Le responsable de l’équipe de la CID de Terre-Rouge, le sergent Reedoye et le constable Gokhool, accusés d’être impliqués dans des actes de torture, notamment sur Christophe Pierre-Louis et Krishna Seetul, ont d’abord comparu en cour de Pamplemousses, le mardi 14 juin. Idem pour le constable Purgaus, qui a été arrêté le 6 juin dernier dans le sillage de cette enquête. Cela après que l’avocat de l’inspecteur Deroochoonee avait déposé une motion pour que l’accusation provisoire de « torture by public official » logée contre son client soit rayée et qu’il obtienne la liberté conditionnelle, la semaine dernière.

L’appel concernant la demande de remise en liberté de l’inspecteur Derochoonee, a été rappelée en Cour de Pamplemousses dans la matinée du mercredi, 15 juin, l’Independent Police Complaints Commission (IPCC) devait faire connaître sa décision mais le représentant a indiqué à la magistrature qu’il aura besoin d’un peu plus de temps pour communiquer sa position quant à la motion de Me Alwin Juwaheer, representant la défense. Au cas où l’IPCC objecté à la remise en liberté, l’affaire aurait été débattue mardi prochain en cours de Pamplemousses mais elle a pris une tournure différente.

Ce jeudi le 16 juin, le constable Purgaus, qui fait partie des quatre tortionnaires de la Criminal Investigation (CID) de Terre-Rouge, à recouvrer la liberté conditionnelle. Le policier a été libéré contre une caution de Rs 20 000 devant la Cour de district de Pamplemousses. Le suspect, représenté par Me Taij Dabycharun, a également signé une reconnaissance de dette de Rs 100 000. L’Independent Police Complaints Commission qui a pris le dossier en main n’a pas objecté à la libération du policier. Toutefois, sur ordre du magistrat, ce dernier n’a pas le droit d’interagir directement ou indirectement avec les témoins de la poursuite et devra être disponible lorsque les enquêteurs le solliciteront. En Cour, l’IPCC et la CCID (Central Criminal Investigation Department) ont également affirmé que jusqu’ici, aucun ‘statement’ n’a été enregistré pour le constable Purgus.

Les trois autres policiers, à savoir l’inspecteur Deroochoonee, le sergent Reedoye et le constable Gokhool, ont, quant à eux, été traduits le vendredi 17 juin. L’IPCC, qui mène l’enquête, n’a pas objecté à leur remise en liberté conditionnelle. Ils ont aussi fourni une caution de Rs 20 000 et signé une reconnaissance de dette de Rs 100 000. La magistrate Daureeawoo a également mis certaines conditions à leur remise en liberté. Ils ne pourront pas quitter le pays, ils devront rester à la disposition des enquêteurs, ils ne doivent pas interférer avec les témoins de cette enquête et ils ne doivent en aucun cas interférer avec des preuves.

Pour rappel, ces quatre policiers sont soupçonnés d’être impliqués dans des actes de tortures envers des détenus. Cela, dans le sillage de la circulation de vidéos montrant des policiers en civil, qui torturent des hommes dénudés, à coups de pistolets à impulsion électrique (taser) ou de matraque. Et dans l’une de ces séquences, l’inspecteur Derochoonee et ses hommes, alors affectés à la CID de Terre-Rouge, sont non seulement présents mais l’inspecteur donne des coups de matraque électrique à un homme nu alors que celui-ci est menotté dans le dos.

 

L’enquête de Krishna Seetul bouclé

 

Après sa plainte à l’Independent Police Complaints Commission (IPCC) contre des officiers de Criminal Investigation Division (CID) de Terre Rouge en 2020, les enquêteurs ont enfin bouclé l’enquête. L’IPCC a constaté qu’il y a bien eu ‘assault with aggravating circumstances et public officers using violence’ dans cette affaire. Les dossiers de sept policiers auraient été soumis au bureau du Directeur des Poursuites Publiques (DPP).

Pour rappel, Krishna Seetul avait été arrêté en février 2020, dans le sillage d’un vol, par des officiers de CID de Terre-Rouge. Le jeune homme, alors âgé de 26 ans, avait nié son implication dans cette histoire. Mais il avait été battu puis contraint de passer aux aveux, selon ses dires. Il avait, par la suite, atterri à l’hôpital. Depuis, il n’arrête pas de crier à la brutalité policière.

L’habitant d’Arsenal avait porté plainte devant l’IPCC. Une enquête avait été commencée et les policiers impliqués avaient été interrogés. Mais ils avaient tous nié les faits et avaient avancé que les blessures de Krishna Seetul résultaient du fait qu’il soit tombé en prenant la fuite lors de son arrestation. Les policiers avaient en outre allégué qu’il avait été lynché par des témoins du vol.

 

David Jolicoeur

Mardi dernier, les avocats, Mᵉˢ Sanjeev Teeluckdharry, Akil Bissessur, Rouben Mooroongapillay et Bala Mukan, ont adressé une correspondance au Directeur des Poursuites Publiques pour réclamer une enquête judiciaire sur la mort de ce vigile, en l’occurrence Issah Ramjan, 86 ans, dont le corps avait été découvert en décembre 2018 à Riche-Terre. Mᵉ Sanjeev Teeluckdharry explique que David Jolicoeur, qui avait 23 ans au moment des faits, aurait été torturé le 25 décembre 2018 par les officiers de la CID de Terre-Rouge.

Selon le membre du barreau, ces derniers l’auraient forcé à signer un document dans lequel il aurait avoué avoir commis ce meurtre. « J’ai présenté une motion devant la cour de Pamplemousses la semaine dernière, dans laquelle je demande la radiation de l’accusation de meurtre qui pèse sur mon client, étant donné que j’estime que le dépôt de charge est injuste, oppressif, illégal et constitue une moquerie envers le système judiciaire où mon client a été injustement arrêté et détenu pendant quatre ans ».

Pour rappel, la semaine dernière, une motion a été déposée en Cour de Pamplemousses pour la radiation de l’accusation provisoire de meurtre contre David Jolicoeur.  Ce dernier est en détention depuis pratiquement quatre ans, après son arrestation pour le meurtre d’un vigile. Ses proches affirment qu’il aurait été forcé, sous la torture, à avouer ce meurtre qu’il n’a pas commis. Cette affaire a refait surface lorsqu’une vidéo du suspect a fait le tour des réseaux sociaux. David Jolicoeur a été aperçu nu, menottes aux poignets, à proximité d’une rivière, entouré par des policiers de la Criminal Investigation Division (CID) de Terre-Rouge.

Jeudi, la mère de David Jolicoeur est aussi venue alléguer que son fils avait été menacé par un des policiers de la CID de Terre-Rouge pour le faire taire sur les actes de torture qu’il aurait subi aux mains des policiers.  La mère du suspect déplore qu’un constable a menacé son fils. « Line dir li si to dir noune bat twa nou pou met plainte contre tout to fami », explique celle-ci.

 

Les interrogatoires se poursuivent aux Casernes Centrales

Après l’interrogatoire de Me Rama Valayden, ce sera au tour de Me Shazad Mungroo d’être entendu par la Special Cell Unit de la CCID. Les autorités souhaitent avoir des éclaircissements concernant la clé USB fournie par l’équipe d’avocats des Avengers. À savoir qu’à l’issue de son interrogatoire, Me Rama Valayden a indiqué qu’il fournira bientôt d’autres éléments pour soutenir ces dires. Rappelons que cette enquête a été initiée après la diffusion sur les réseaux sociaux de vidéos d’actes de torture sur des suspects, perpétrés par des policiers. D’ailleurs, les policiers identifiés ont déjà été inculpés.

 

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