Darwin Núñez du Benfica à Liverpool : ceci est une évolution

by | Jun 20, 2022 | Sports

Il est là, le gros lot du mercato. Contre un beau chèque de cent millions d’euros (75 plus bonus), Liverpool s’est offert les services de Darwin Núñez, courtisé par les plus grands d’Europe à la suite de son excellente saison sous les couleurs de Benfica. Et si tout laisse à penser que le « nouveau Cavani » peut devenir un géant du club rouge de la Mersey, tout n’est pas encore parfait. A-t-il les épaules pour assumer ce nouveau statut ? Décryptage.
« Les plus grands attaquants contre lesquels j’ai joué ? Agüero était évidemment incroyable. Messi est à mon avis le meilleur. Ensuite, il y a Mbappé, Haaland, et Darwin aussi. Un joueur très direct, rapide, grand et fort. Voilà, c’est assez difficile de jouer contre ces gars-là. » Manger à la table des plus grands n’est pas donné à tout le monde. Et c’est d’autant plus prestigieux quand c’est Virgil van Dijk qui dresse le couvert. Invité à lister ses plus grands adversaires dans une interview pour BT Sport en mai dernier aux côtés de Rio Ferdinand, le colosse des Reds n’hésite alors pas à glisser le nom de Darwin Núñez. L’ancien goleador du SL Benfica – qui portera d’ailleurs les mêmes couleurs que le défenseur néerlandais la saison prochaine – a marqué les esprits sous la tunique lisboète. Mais a-t-il vraiment les armes pour s’imposer à Liverpool et devenir un des plus grands avants-centres de la planète ?
Bons baisers de Lisbonne
À l’été 2020, alors que le mercato estival commence à s’agiter, une rumeur fait bondir toute la presse portugaise : Edinson Cavani, libre de s’engager où il le souhaite après avoir disputé sept saisons sous les couleurs du PSG, serait proche de rejoindre Benfica. Record, O Jogo et A Bola, les trois médias sportifs du pays, s’accordent à dire qu’El Matador aurait accepté l’offre formulée par l’écurie rouge. Le feuilleton s’enflamme, mais prend fin le 23 août. Ne pouvant pas s’aligner sur les exigences salariales de Cavani, Benfica met fin aux discussions et décide de mettre le paquet sur un autre dossier pour vite oublier l’échec du plus grand buteur de l’histoire du PSG. C’est ainsi que Darwin Núñez met les pieds à l’Estádio da Luz. Même profil, même visage, même poste, même passeport, l’attaquant d’1,87m, relativement méconnu du grand public et alors pensionnaire d’Almería (D2 espagnole) dépose ses valises à Benfica pour 39 millions d’euros, devenant ainsi la recrue la plus chère du club lisboète. Ce pari va porter ses fruits : quatorze buts, douze passes décisives toutes compétitions confondues pour sa première saison. Darwin Núñez régale dans le 4-4-2 de Jorge Jesus, et forme avec Luca Waldschmidt une paire fructueuse. Dans l’avant-dernier geste, l’attaquant uruguayen joue souvent de son physique pour faire la différence et servir le buteur allemand dans d’excellentes conditions. L’élite portugaise découvre un attaquant complet qui profite dans le même temps de la Ligue Europa pour se familiariser aux joutes européennes. Avec un état d’esprit de chien de la casse, Núñez se démarque aussi par ses efforts et ses nombreuses courses défensives. Et si la saison d’adaptation est une réussite, personne ne s’imaginait une telle explosion pour son deuxième exercice.
Confirmation ? Simple progression ? Petit état de grâce ? Cette dernière année sous les couleurs du Benfica est peut-être tout ça à la fois. Ce Darwin Núñez cuvée 2021-2022, c’est d’abord un joueur qui a dû faire sans son acolyte allemand, parti rejoindre Wolfsburg. Installé en pointe de l’attaque dans un 3-4-3 à la fin de l’ère Jorge Jesus, puis dans le 4-2-3-1 de Nélson Veríssimo à partir de décembre, le « nouveau Cavani  » devient la véritable arme des Aigles et boucle une saison à 34 buts dont 6 en Ligue des champions face au Barça, à Liverpool, à l’Ajax et au Bayern Munich, faisant de lui le meilleur buteur de l’histoire de Benfica au cours d’une même campagne de la coupe aux grandes oreilles. Des épaules plus larges, toujours plus clinique dans la zone dangereuse, le goleador met tout le monde d’accord en inscrivant en moyenne 0,88 but par match. Autant de cases cochées qui poussent Liverpool à passer à la caisse. C’est officiel depuis ce mardi, l’Uruguayen s’est engagé jusqu’en 2028 avec les Reds et portera, pour la petite histoire, le numéro 27 de Divock Origi.
Peur rouge
Si le monsieur qui fêtera ses 23 ans le 24 juin prochain possède indéniablement des qualités, il est toutefois nécessaire de se dire que tout ne coulera pas forcément de source. En devenant la deuxième vente la plus grosse du football portugais (derrière les 120 millions d’euros récupérés par le Benfica lors du transfert de João Felix à l’Atlético en 2019) et le deuxième achat le plus important de Liverpool (dans le rétroviseur des 85 millions récoltés en 2017 par Southampton), Darwin Núñez arrive évidemment avec beaucoup de pression dans les valises. À l’heure où l’équipe de Jürgen Klopp semble vivre un petit tremblement de terre avec les possibles départs de Sadio Mané, Roberto Firmino, voire même Mohamed Salah ces prochaines semaines, l’Uruguayen aura la dure mission de vite faire oublier ce trio légendaire. « Je n’ai pas plus de pression que lors de mon arrivée au Benfica » , a tenu à confier le « nouveau Cavani » lors de son interview de présentation au site de Liverpool. En deuxième lame, Klopp a aussi tenu à rassurer le nouveau maillon de sa machine. « C’est un projet à long terme, et c’est important que tout le monde le sache, a lancé l’Allemand dans un grand sourire. Nous avons de très bonnes options offensives, et Darwin n’a donc aucune pression en plus, il a signé sur le très long terme. »
Oui, il est important de protéger ses joueurs. Oui, même les plus grands ont souvent besoin d’une année d’adaptation pour s’acclimater à un nouvel environnement. Mais impossible que Darwin n’ait pas dans un coin de sa tête l’intégration aussi rapide que bluffante de son nouveau coéquipier Luis Diaz, arrivé sur le bord de la Mersey en provenance de Porto lors du dernier mercato hivernal. Du même acabit, Rúben Dias avait lui aussi prouvé qu’on pouvait débarquer du Benfica et régler rapidement les soucis d’un gros club anglais, en volant à la rescousse de la charnière de Manchester City. Dans le même genre, Bruno Fernandes, arrivé tout droit du Sporting à l’hiver 2020, portait à bout de bras un Manchester United malade. L’Uruguayen semble assez bien outillé pour emprunter la même voie. À vrai dire, au Portugal, la seule fois où il a été chahuté, il a réussi à se relever tranquillement. Après une défaite du Benfica en finale de Coupe de la Ligue contre le Sporting le 29 janvier dernier (1-2) à laquelle Núñez n’avait pas participé – rassemblement avec la sélection uruguayenne dans le cadre des qualifications à la Coupe du monde oblige –, les supporters du SLB s’en étaient pris à leur attaquant qui avait aussitôt bloqué ses réseaux sociaux. Cette vague déferlante de critiques ne l’avait pas empêché de trouver le chemin des filets après seulement 30 minutes de jeu à son retour d’Amérique du Sud. Il semble bien loin ce temps où, alors âgé de 17 ans, l’adolescent avait songé à arrêter sa carrière après une blessure aux ligaments croisés. Parce qu’il était hors de question de terminer sur un morceau de pain noir à Peñarol, ce glouton de Darwin Nuñez a décidé de ne jamais s’arrêter de manger. Virgil van Dijk a eu raison de lui réserver un rond de serviette.

 

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