Suttyhudeo Tengur, président de la GHTU et de l’APEC et CSK : ‘’ Etre décerné cet honneur est une manière pour les autorités et le pays d’apprécier ma contribution aussi minime soit-elle’’…

by | Mar 20, 2022 | Actualités, Economie, Politique

·        ‘’Me jeter dans l’arène politique….certainement non – car j’ai un tempérament différent. Je ne ferais jamais de la politique active’’, soutient-il

·        ‘’Avec un cinglé comme Poutine, une troisième guerre mondiale nucléaire pourrait être déclenchée à n’importe quel moment…’’ affirme-t-il

·        ‘’Nous devons tirer beaucoup de leçons de la Covid-19 qui a bouleversé nos vies et surtout le secteur de l’éducation’’ estime-t-il

 

Le président de la Government Hindi Teachers Union (GHTU) et de l’Association de la Protection de l’Environnement et des Consommateurs (APEC), Suttyhudeo Tengur, qui est élevé au rang du Commander of the Order and The Star and Key of the Indian Ocean (CSK), situe l’importance de cette décoration à son égard. Dans une interview, accordée à Le Xournal, notre invité de la semaine, exprime ses points de vue sur de nombreux sujets importants, qui concernent entre autres, l’éducation, les méfaits de la pandémie de la Covid-19, la crise russo-ukrainienne, le rôle de l’observatoire des prix, les conséquences du changement climatique avec les flash-floods et calamités ainsi que les grands défis auxquels le pays devra faire face.

Sanjay BIJLOLL

Q : Comment avez-vous savouré ce moment d’être élevé au rang de Commander of the Order of The Star and Key of the Indian Ocean (CSK). Beaucoup d’observateurs estiment que c’est « long overdue ». ?

R :  Cette distinction honorifique qui m’a été conférée ne change en rien Suttyhudeo Tengur qui demeure lui-même et fidèle à ses habitudes et sa façon de vivre et sans se faire la grosse-tête.

Cette distinction arrive à point nommé car je suis déjà à la retraite depuis quelque temps et ce après avoir servi le monde syndical, celui de l’éducation et le secteur coopératif. J’ai aussi défendu les consommateurs depuis plus de quatre décennies.

Etre décerné cet honneur est une manière pour les autorités et le pays de reconnaitre et d’apprécier ma contribution aussi minime soit-elle.

Q : La lutte syndicale devient de plus en plus difficile. Vous êtes l’un des derniers mohicans de la génération de gloire. Quel avenir a le monde syndical de nos jours ?

R :  Le syndicalisme mauricien a eu ses jours de gloire mais quand on se sert des travailleurs pour des récupérations politiques, c’est la trahison car le travailleur devient un marchepied sur le dos duquel les politiciens de tout bord s’appuient pour atteindre leurs objectifs bassement politiques. Moi, je suis en faveur d’un syndicalisme responsable avec des objectifs bien définis pour assurer une défense sans faille de ses syndiqués.

J’espère que les syndicalistes en herbe sauront faire la différence entre défendeur des travailleurs et subalternes politiques.

Q : Vous avez mené de grandes batailles dans le domaine de l’Education. Avez-vous le sentiment que certains ont récupéré vos combats politiquement ?

R :  L’éducation est un secteur très vaste. A mon avis, iI y a deux façons de voir ce secteur : d’abord, il y a la vision du pays : quel type d’éducation et d’enseignement pour façonner l’avenir d’un pays cela soutenu par des objectifs de ‘manpower planning’ pour les générations futures, et ensuite il y a l’éducation qui se fait dans les classes dans les institutions primaires, secondaires et tertiaires.

Sur ce dernier point, on façonne la manière de penser, les habitudes de l’élève dès son enfance jusqu’à son niveau tertiaire. Et là, le rôle de l’’enseignant est extrêmement primordial car pendant les six à huit heures que l’élève sera sous sa responsabilité. Dans ce contexte, le « rôle modèle » de l’enseignant servira comme un exemple pour l’enfant.

En tant qu’éducateur, j’ai fait pas mal des propositions et si certaines ont été récupérées, je m’en réjouis parce que pour moi, la finalité, c’est le bien-être de l’enfant et pour le pays.

Q : Comment faites-vous pour garder cette constance et cette liberté de parole, peu importe les dirigeants qui sont au pouvoir ?

R : Je me suis toujours refusé de m’associer à un politicien ou à un quelconque parti. Je chéris ma liberté et surtout ma liberté d’expression qui est d’ailleurs garantie par la Constitution du pays. Mais mieux que ça, il y a la liberté de penser. Et cette liberté-là, ne peut-être ni achetée ni vendue !! Il faut savoir se détacher des hommes et des évènements pour une analyse, pensée ou opinion profonde.

A ce titre, je me permets de dire tout haut ce que d’autres pensent plus bas et cela dans un but d’aider et apporter les changements nécessaires dans quel secteur qui soit.

Q :  La Covid-19 a bouleversé nos vies et surtout le secteur de l’éducation. Quel enseignement doit-on tirer de cela ?

R : Beaucoup de leçons à tirer. D’abord quand la Covid-19 avait été déclarée en Chine (Wuhan) avant fin 2019, il nous a fallu attendre mars 2020 quand cette pandémie nous atteint pour prendre les mesures appropriées. L’île Maurice est un pays cyclonique. Doit-on attendre l’avertissement de classe 3 pour prendre les précautions d’usage ?

La pandémie de la Covid-19 a tout bouleversé et le secteur éducatif n’est pas une exception. A commencer par les parents pour se terminer avec les enseignants et les élèves souffrant dans les classes.

Q : Il y a eu les cours online, puis le retour en présentiel et un calendrier qui retourne à la normale dès janvier 2023. A-t-on pris les bonnes mesures ?

R : Je ne prétends pas que les mesure n’étaient pas bonnes. Mais, avec cette vague, il n’y avait pas d’autres moyens que de prendre des mesures palliatives pour assurer la continuité.

J’espère que les choses retournent à la normale à partir de janvier prochain.

Q : Comment se porte la Government Hindi Teachers Union, et quelle est votre vision pour la langue hindi ?

R : La GHTU se porte très bien et continue à œuvrer pour le bien-être de ses membres. Quant à la langue Hindi, je ne dirais pas qu’on est au sommet mais il y a encore beaucoup d’efforts à faire car cette langue ancestrale à une portée planétaire et historique sur des millions de gens à travers le monde.

Q : En tant que défendeur des consommateurs, comment réagissez-vous à la requête des boulangers pour l’augmentation du prix du pain ?

R :  Ecoutez ; avec la hausse des prix à pratiquement tous les niveaux et surtout le prix du carburant avec la crise russo-ukrainienne une hausse du prix du pain n’est pas à écarter. Mais, pour moi comme défendeur des consommateurs, il faut que la qualité de notre pain quotidien soit meilleure. Car le Mauricien ne refuserait pas de pays 5 sous de plus s’il a un pain de meilleure qualité.

Q : Sinon quelles seront les conséquences de la guerre en Ukraine pour le peuple ?

R : Si cela perdure, l’île Maurice comme tous les pays du monde va souffrir sur le plan économique et les séquelles pourraient être graves.

Il faut qu’on commence à devenir auto-suffisant et à changer notre manière de vivre en fonction de la nouvelle normalité.

Q : Sinon parlez-nous de votre travail au sein de l’observatoire des prix et de l’importance de cette institution ?

R : En tant que membre du comité de gestion, nous travaillons pour que les consommateurs soient guidés de manière intelligente dans leurs achats. Il est impératif qu’un consommateur fasse ses provisions de manière judicieux et utile. C’est cela notre objectif.

Q : Etes-vous inquiets des conséquences du changement climatique avec les flash-floods, les inondations et les autres calamités ?

R : Très, très inquiet. Avec les flash-floods les inondations étaient imprévisibles. L’’île Maurice devient victime des cataclysmes naturels. Il y a deux constats : le déboisement de nos forêts naturels et le rétrécissement de nos plages. La semaine dernière Port-Louis était noyée, puis il y a eu le dram » d’Alexandra Falls. Cela donne la chair de poule. Est-ce qu’on est en sécurité chez nous ?

Q : Est-ce qu’un saut en politique, comme l’on fait plusieurs syndicalistes auparavant, vous tente ?

R :  Si je devais me jeter dans l’arène politique….certainement non car j’ai un tempérament différent. Je ne peux pas mentir aux personnes qui me font confiance. Je n’aime pas trahir et donner des coups dans le dos de mes adversaires. Je suis très franc, direct et je n’ai pas peur de dire vos quatre vérités à la figure. C’est pourquoi, je ne ferais jamais de la politique active !!!

Q : Sinon quels sont les grands défis auxquels le pays devra faire face ?

R :  Il y aura en juin, la présentation du Budget pour la prochaine année financière. Deux gros défis se posent : la pandémie Covid-19 qui demeure encore comme une épée de Damoclès et la crise russo-ukrainienne.

Je me demande sur quel pied va danser le ministre des Finances pour mettre de l’ordre dans les finances publiques. Je vous rappelle que le secteur privé a bénéficié de plus de Rs. 30 milliards d’aide publique à travers le MIC.

La situation est très grave dans le pays.

Q :  Un mot de la fin…

R : Sans être pessimiste, nous devons apprendre à vivre le « worst case scenario » et s’attendre au pire car avec un cinglé comme Poutine, une troisième guerre mondiale nucléaire pourra être déclenchée à n’mporte quel moment…

 

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