« Rendre à César ce qui est à César, c’est reconnaître l’autorité politique légitime, la respecter et obéir aux lois civiles nécessaires pour la bonne marche du pays »…

by | Aug 25, 2021 | Actualités, Edito, Opinion, Société

Nous sommes réunis ce matin à l’occasion de la fête de St Louis, patron du diocèse
et patron de la cité pour prier ensemble pour notre pays.
En ce temps de crise et d’incertitude, notre prière se fait plus intense, car notre pays,
notre peuple souffre beaucoup des répercussions de la crise sur sa vie quotidienne.
Notre économie est à bout de souffle malgré toutes les aides aux entreprises en
difficulté et le coût de la vie augmente. Par ailleurs malgré toutes les mesures prises
par des autorités sanitaires, les cas avérés de Covid sont de plus en plus nombreux
ce qui suscite une certaine insécurité. Nos institutions sociales sont fragilisées, le
dialogue social est difficile. Depuis une dizaine de jours, plusieurs groupes de fidèles
ont spontanément commencé à prier et même à jeûner pour notre pays – signe que
beaucoup sentent que le pays a besoin de plus qu’un nouveau départ, il cherche un
nouveau souffle, une véritable renaissance, un réveil des valeurs qui constituent le
socle de notre démocratie, « as one people as one nation, in peace, justice and
liberty ; beloved country may God bless thee for ever and ever ».
1. Le passage de l’Evangile que nous venons d’entendre pourrait nous éclairer
dans notre désir de donner le meilleur de nous-mêmes dans notre engagement
et dans notre prière pour notre pays.
a) Pour comprendre la portée de la question posée à Jésus, « est-il permis ou
non de payer l’impôt à César ? », il faut la situer dans son contexte. La
Palestine à l’époque était occupée par les Romains. Beaucoup de gens,
surtout les milieux populaires, les petits artisans et les paysans, n’étaient pas
du tout en faveur de cette autorité romaine qui pesait sur eux à cause des
taxes lourdes qui leur étaient imposées. D’autres, par contre, comme certains
Pharisiens et les Hérodiens, ceux qui posent la question, étaient proches du
pouvoir et en profitaient. Le but de leur question est de tendre un piège à
Jésus. Si Jésus dit qu’il est permis de payer l’impôt à César, il se
discréditerait auprès des milieux populaires et des petites gens dont il était
proche ; si, au contraire, Jésus dit qu’il n’est pas permis de payer l’impôt, il se
mettrait à dos les autorités romaines qui pourraient le faire arrêter.
b) La réponse de Jésus prend de la hauteur : « rendez à César ce qui est à
César et à Dieu ce qui est à Dieu ». Rendre à César ce qui est à César, c’est
reconnaître l’autorité politique légitime, la respecter et obéir aux lois civiles
nécessaires pour la bonne marche du pays. « Rendre à Dieu ce qui est à
Dieu » c’est rester libre dans l’obéissance que l’on doit à l’autorité, ne pas
devenir un inconditionnel, mais suivre sa conscience en restant fidèle aux
valeurs fondamentales qui viennent de notre foi en Dieu. Car à la fin nous
serons tous jugés par rapport à notre fidélité, non pas d’abord à une autorité

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humaine, mais à l’autorité de Dieu, source des valeurs fondamentales et qui
ne vieillissent pas.
Il ne s’agit pas de Dieu ou César, mais de Dieu et César. Encore faut-il qu’il y
ait dialogue, confrontation parfois, mais toujours dans le respect. Car à partir
d’une interaction, une sagesse supérieure peut jaillir. Le Pape François parle
de contraposition au lieu de contradiction : « ce sont des opposés qui
interagissent néanmoins dans une tension féconde et créative ».
Saint Thomas Moore, grand chancelier du Royaume d’Angleterre au 16 e
siècle, fut interrogé un jour sur sa loyauté. Il était alors emprisonné par le roi
parce qu’il refusait de lui obéir sur un point précis qu’il savait en conscience
aller à l’encontre à la loi divine. Sa réponse est restée célèbre, « My loyalty is
to the king, but to conscience first ». Cette réponse résume bien l’attitude que
Jésus préconise : respecter l’autorité légitime sans oublier sa fidélité première
à l’autorité divine.
2. Dans un autre contexte mais dans la même veine, Jésus dit aussi « cherchez
d’abord le Royaume de Dieu et sa justice et tout le reste vous sera donné par
surcroît » (Mt 7, 33).
Le Royaume dont il est question ici n’est pas un royaume de nature politique qui
serait en compétition avec le régime de gouvernement d’un pays. Il s’agit plutôt
de travailler à faire régner le respect du droit, la fraternité et l’intégrité avec la
conviction que ce sont ces valeurs qui seules peuvent assurer la sécurité et la
prospérité d’un pays sur le long terme. Paradoxalement c’est en travaillant au
règne de Dieu que l’on sert le mieux les intérêts de César.
a) Ce règne de Dieu et sa justice sont fondés sur un respect profond de la
dignité de la personne humaine. Cette dignité ne repose pas sur le rang social
ou la fonction qu’une personne occupe, ni sur son niveau d’éducation ou sur
son niveau de revenu. Cette dignité est fondée sur le simple fait que chaque
personne humaine est créée à l’image de Dieu, qu’elle est aimée
passionnément par Lui, accompagnée par Lui tout au long de son existence,
et qu’elle est destinée à vivre en communion avec Dieu pour l’éternité.
C’est parce que chaque personne humaine est vêtue de cette suprême
dignité qu’elle a des droits – les droits humains – que l’Etat, comme chaque
citoyen a le devoir de respecter.
Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est respecter et faire respecter la dignité
de chaque personne humaine, au-delà de toute autre considération. Et cela
est aussi dans l’intérêt de César.
b) Le règne de Dieu et sa justice sont aussi fondés sur la fraternité humaine.
« Nous sommes tous frères, tutti fratelli » nous rappelle le Pape François à

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temps et à contre-temps. Cette fraternité encore une fois n’est pas basée sur
des affinités culturelles ou de milieux sociaux, ni même de religion. Elle est
fondée sur l’accueil que nous devons à chaque être humain en reconnaissant
en lui un enfant de Dieu et donc un frère, une sœur en humanité.
Un frère, une sœur est une personne que je ne choisis pas mais qui est mise
sur mon chemin, une personne que je suis invité à accueillir comme un don ;
car elle peut beaucoup m’apporter si seulement je cherche à l’apprécier au-
delà de son rang social, de son niveau d’éducation, de son affiliation politique.
Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est contribuer à construire cette fraternité
entre voisins, entre collègues, entre travailleurs, entre citoyens d’un même
pays. Et cela est aussi dans l’intérêt de César. Car la vraie richesse d’un pays
ne tient pas à la hauteur des revenus moyens des citoyens, mais à la hauteur
du niveau de solidarité qui est vécue entre citoyens.
D’ailleurs aujourd’hui le PNB n’est plus le critère ultime du développement
d’un pays. Les économistes parlent de plus en plus de l’indice du bonheur qui
mesure la capacité d’une économie à ne pas aboutir seulement à une
richesse financière, mais à un bonheur humain.
c) Le règne de Dieu et sa justice reposent aussi sur l’engagement de chacun à
assumer ses responsabilités où que nous soyons situés dans la société. Nous
avons tous une part à prendre dans le maintien du niveau d’honnêteté et
d’intégrité dans la conduite des affaires de notre famille, de notre travail, et de
notre pays. L’engagement pour la transparence et contre toute forme de
corruption n’est pas seulement une option, c’est le devoir de chaque citoyen.
Car il y va, non pas seulement de la santé d’une société mais de sa survie.
Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, c’est apporter sa pierre à la construction
d’une société intègre. Et cela est aussi dans l’intérêt de César.
Conclusion
A la lumière de cette invitation de Jésus à « rendre à César ce qui est à César et à
Dieu ce qui est à Dieu », prions ensemble pour notre pays.
– Prier pour notre pays c’est adresser à un Dieu qui est Père, un Père qui aime ses
enfants ; c’est se laisser toucher par leur détresse et leurs souffrances, se faire
proche d’eux.
– Prier pour notre pays c’est aussi s’adresser à un Dieu qui interpelle nos
consciences, touche nos cœurs et nous invite à modifier nos attitudes pour
chercher la justice et devenir artisan de paix.
– Prier pour notre pays ce n’est pas demander à Dieu un ou deux petits miracles
afin que nous puissions continuer notre petite vie tranquille.
– Prier pour notre pays c’est sortir de notre coquille, écouter le peuple, entendre
ses tristesses et ses angoisses, vibrer à ses joies et à ses espoirs, s’engager

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avec lui et pour lui. Prier pour notre pays, c’est faire un chemin avec nos
compatriotes en cherchant d’abord et ensemble le règne de Dieu et sa justice.

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