Plus de retour en arrière possible : Maurice en avant vers la transition…

by | Jun 23, 2021 | Edito, Opinion, Science et Tech, Société

• Vassen Kauppaymuthoo : « Tous les éléments sont maintenant réunis. C’est maintenant ou jamais ».

La transition vers une ile verte est plus que jamais précisée. Pour la première fois dans l’histoire de Maurice, l’industrie de l’énergie renouvelable a été une des colonnes vertébrales d’un budget. Le ministre des Finances, le Dr. Renganaden Padayachy, a lors de son grand oral, affirmé que la reprise se construira sur des nouveaux secteurs dont celui de l’énergie verte et ce secteur a reçu une considération jamais égalée dans le passé. Cette industrie a été présentée comme un des nouveaux moteurs de développement économique du pays. Un nouveau secteur qui devrait dynamiser le PIB du pays et la création de nouveaux emplois. Et alors que la reprise nécessite des mesures et idées audacieuses, elle a trouvé son compte grâce à ce secteur qui n’a désormais plus que sa réalisation comme solution.
Après des premiers pas concluant enclenchés depuis quelques années, qui l’a propulsé jusqu’à 20% de notre énergie, le projet du gouvernement est dorénavant d’avoir 60% de notre production d’électricité basée sur les énergies vertes d’ici 2030. Une tâche certes herculéenne et qui a été vendu depuis avant mais qui cette fois-ci s’arme de tous les éléments requis pour se concrétiser. Selon bon nombres d’experts dans le domaine, seul de gros investissements sur les 9 prochaines années peuvent permettre d’arriver à un tel résultat. Et lors de la présentation du budget, le grand argentier a annoncé que pas moins que la somme de Rs 20 milliards sera investie dans divers projets de ce secteur. Et pour les trois prochaines années, 5,3 milliards de roupies seront investis par le CEB.

Lors de son grand oral, le ministre des Finances, a expliqué que l’industrie verte sera un nouveau pôle de croissance. D’affirmer qu’elle aura un impact significatif sur notre économie et boostera la croissance de notre PIB. De souligner que le plus important est qu’elle créera de nouvelles opportunités d’emplois. Renganaden Padayachy a déclaré qu’il y a déjà une demande locale de quelque 20 milliards de roupies pour l’énergie pour notre économie, dont la plupart est importée en tant qu’énergie fossile. « Nous possédons toutes les sources renouvelables nécessaires pour produire notre propre énergie, à savoir la biomasse, le solaire, l’éolien et la mer. Nous avons les ressources humaines, l’expertise et les moyens de le faire. Nous devons produire 60 % de l’énergie de notre pays à partir de sources d’énergies vertes d’ici 2030 » a-t-il déclaré.
Les mesures
Le grand argentier a expliqué que l’utilisation du charbon sera totalement éliminée d’ici 2030. Ainsi en vertu de cette stratégie, le CEB investira quelque Rs 5,3 milliards de roupies au cours des trois prochaines années pour multiplier par 10 la capacité d’absorption d’énergies renouvelables intermittentes au travers de l’augmentation de la capacité actuelle des batteries de 4 MW à 40 MW. Par ailleurs, 10 Gas Insulated Switchgear (GIS) sub-stations seront mis en place pour améliorer la consistance et augmenter la part d’énergies renouvelables et Implémenter les différents programmes d’énergies renouvelables du CEB pour les ménages, les compagnies, les SMEs, les corps religieux et les ONGs. Dans cette optique, un Net Billing project sera implémenté et une ferme solaire de 10 MW sera mis en place à Tamarin Falls, Henrietta.
Il a aussi été annoncé que le CEB lancera également un appel d’offres pour mettre en place une ferme éolienne de 40 MW qui demandera 2,4 milliards d’investissements. Le CEB autorisera aussi les projets intégrés d’énergies vertes, combinant l’utilisation de la biomasse, de l’énergie éolienne et de l’énergie solaire. « Nous allons en outre permettre aux entreprises et aux particuliers de fournir de l’énergie renouvelable directement au CEB, si le prix est inférieur au tarif maximum fixé. Pour permettre aux ménages d’acheter des kits de panneaux solaires à usage domestique, la DBM accordera des prêts concessionnels de 2 pour cent jusqu’à un montant de RS 100 000. Pour le développement de cette industrie, le “Centre de Formation et de Perfectionnement Professionnel” du CEB deviendra un centre accrédité pour dispenser des formations dans les domaines des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique » a-t-il expliqué.
Promouvoir les Véhicules Electriques
Toujours dans le cadre de faire la transition vers l’énergie verte, le gouvernement compte promouvoir les véhicules électriques. Il a expliqué qu’au cours des dernières années, le gouvernement a encouragé l’utilisation de véhicules électriques en exonérant leur achat et en réduisant les droits d’immatriculation et la taxe de circulation. D’ajouter qu’il est donc économiquement plus intéressant pour un consommateur d’acheter un véhicule électrique qu’un véhicule conventionnel. Ainsi, il est prévu que le droit d’accise soit supprimé de 5 % sur les camionnettes électriques de 180 KW maximum utilisées pour le transport de marchandises. Afin de promouvoir davantage la demande de véhicules électriques, les propriétaires seront aussi autorisés à installer un système photovoltaïque ne dépassant pas 10 KW pour recharger leurs véhicules et exporter tout surplus vers le réseau. Alors que les subventions et les incitations à l’importation d’autobus diesel seront progressivement supprimées.

D’autre part, la subvention pour l’achat de bus électriques sera augmentée de RS 1 million à Rs 1,2 million pour les bus de 9 mètres de long et de Rs 1,3 million à 1,5 million de roupies pour les bus de plus de 9 mètres. Les opérateurs qui acquièrent des bus électriques pourront bénéficier d’une location dans le cadre du Transformation Fund. Le gouvernement achètera 25 bus électriques pour la NTC afin de renouveler sa flotte. Concernant la biomasse, le Dr Renganaden Padayachy a expliqué qu’elle est facilement disponible et intrinsèquement liée à l’histoire économique de notre pays. « Elle est déjà la plus grande source d’énergie verte, représentant 11 % de l’électricité du pays. Aujourd’hui, nous annonçons la mise en place d’un National Biomass Framework. La bagasse sera dorénavant rémunérée à 3,50 roupies par kWh pour tous les planteurs et producteurs » a-t-il déclaré.

Capacité pour relever l’économie
Au-delà de la crise sanitaire, l’Ile a été sévèrement impactée par une crise économique causée par le COVID-19. Comme tous les autres petits États insulaires, l’économie de Maurice dépend énormément du tourisme et de l’importation de marchandises, ce qui a connu des changements drastiques et pourrait renaitre dans une façon plus compliquée. Mais aussi, Maurice dépendait également de l’importation d’énergies fossiles pour faire fonctionner son économie. Ces dernières fournissaient 84% des besoins énergétiques premiers du pays. Le secteur énergétique représente quant à lui 62% des émissions de gaz à effet de serre de l’île. Avec ces mesures, le pays aura ainsi l’opportunité de redémarrer l’économie en amoindrissant sa dépendance au carbone. La transition énergétique peut permettre l’économie de l’ile de se relever grâce à trois manières.

Création d’emploi et réduction de la pauvreté
D’abord, la production, les installations, et la maintenance des équipements d’énergies renouvelables telles des panneaux solaires, batteries, ou encore éoliennes créent de l’emploi. En 2018, un nombre record de 11 millions de personnes dans le monde travaillaient dans le secteur des énergies renouvelables. L’agence internationale des énergies renouvelables IRENA estime que cela pourrait s’élever à 42 millions de personnes d’ici 2050.
Avec le soutien du PNUD, le pays a établi MARENA, l’Agence Mauricienne des Énergies Renouvelables, et la URA, l’Autorité de Régulation des services publics de l’Énergie afin de faciliter les investissements dans les énergies renouvelables. Mais l’accès aux énergies propres va au-delà de la création d’emplois. Cela peut par exemple renforcer les systèmes de santé en fournissant de l’électricité stable aux centres de santés. Cela permet également l’utilisation des moyens de communication moderne, et donc l’accès à l’information et à l’éducation en ligne, rendant ainsi les politiques de distanciation sociale viables pour tous. Afin d’amener de l’énergie propre, bon marché et fiable là où les communautés locales en ont besoin, ce projet va également déployer 25 MW d’énergie solaire, dont un petit système hors réseau sur l’île d’Agalega.
Atteindre les objectifs climatiques et s’adapter aux impacts du changement climatique.
La crise climatique reste une urgence mondiale, et les petits États insulaires sont en première ligne. Les cyclones, pluies torrentielles et inondations, de plus en plus fréquents et sévères, affectent les moyens de subsistances des habitants de certaines parties de l’île. Les énergies propres peuvent fournir des solutions peu onéreuses et durables pour aider les petites communautés à s’adapter aux impacts du changement climatique, et à se relever après la crise du COVID-19. L’Ile s’était également engagée à faire partie de la Promesse Climatique du PNUD, et le développement des énergies renouvelables va être central à l’amélioration de ses contributions nationales déterminées (CDN). Le projet de transition énergétique du pays devrait grandement contribuer à la réalisation de ces objectifs. L’impact estimé de ce projet est une réduction de 4.3 millions tCO2e, grâce aux investissements facilités dans les énergies renouvelables.

Amélioré la sécurité énergétique
Pour des États insulaires tels que l’Ile Maurice, avoir la capacité de produire sa propre énergie est capitale pour sa sécurité énergétique. La volatilité des prix du pétrole cause des chocs dans le système énergétique global, ce qui peut avoir des conséquences désastreuses. Alors que le momentum pour réformer les subventions aux énergies fossiles s’accroit, il est pertinent de continuer la dé-carbonisation de l’économie. Dans l’après COVID-19, une électricité stable sera cruciale pour soutenir la reprise économique. C’est pourquoi une des composantes de ce projet est un Code du Réseau National qui assurera que le réseau soit fiable et viable économiquement.
Vassen Kauppaymuthoo : « un très grand pas pour Maurice ».
Pour l’ingénieur en environnement et océanographe, le fait que le gouvernement a mis autant de considération pour la transition vers l’énergie verte, dans le budget, est un très grand pas pour Maurice. Pour lui, cela démontre une réelle volonté et son engagement pour réaliser, l’objectif d’atteindre les 60% de l’énergie verte dans la production énergétique de l’ile. Vassen Kauppaymuthoo affirme d’ailleurs que la création des parcs éolienne, la mise en place de 10 Gas Insulated Switchgear (GIS) et de sub-stations à travers l’ile, entre autres sont de mesures phares, qui seront très efficace pour atteindre l’objectif voulu. Il a même qualifié l’annonce des réductions concernant la TVA, la taxe pour les entreprises, PME et ménage souhaitant produire de l’énergie verte comme un exploit.
L’ingénieur en environnement et océanographe considère que les mesures annoncées sont un très bon début vers la transition. Cependant, il affirme qu’il faudrait aussi la collaboration du privé. Il suggère que le gouvernement doit proposer des power supply agreement alléchant pour faire la transformation. D’expliquer aussi que chaque maison devra se munir d’équipement en phase avec l’énergie verte. Et qu’il doit y avoir plus d’encouragement pour les fermes solaire et éolienne. Pour lui, l’idéale aurait été qu’il y ait davantage de session d’interaction avec les divers acteurs concernés de ce secteur afin de faire un travail commun. Il a expliqué qu’outre le secteur privé, la population doit aussi pouvoir apporter son point de vue.
Vassen Kauppaymuthoo fait aussi ressortir que le gouvernement a compris qu’il devait y avoir une réinvention des secteurs traditionnels et d’ajouter qu’il s’est donné les moyens pour faire la transition. Il affirme que l’équipe gouvernemental s’est fixé un objectif ambitieux mais souligne que c’est ainsi qu’on obtient des résultats. Selon lui, Maurice devait inévitablement prendre part à la révolution verte et bleu mais que cela demandé juste du courage et de la volonté. Il a salué le gouvernement pour cette initiative d’envergure.

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