Reporters Sans Frontières n’est pas une cause irréprochable…

by | Apr 27, 2021 | Edito

• Jamais présent pour les petits médias, mais toujours prêt à soutenir les oligarques de la presse, l’organisation est très critiquée dans le monde

• Son fondateur, Robert Menard, devenu membre de l’extrême droite en France disait : « Nous avons besoin de la complicité des journalistes, du soutien des patrons de presse et de l’argent du pouvoir économique »

• L’écrivain et journaliste Maxime Vivas affirme que plusieurs officines-écrans de la CIA ont subventionné RSF
Le dernier rapport de Reporters Sans Frontières (RSF) sur la liberté de la presse à Maurice a fait bondir certains de leurs travées journalistiques. Soi-disant que le gouvernement ne soutient que les journaux qui lui sont favorables. Ce n’est pas l’impression que nous avons en lisant les certains titres quotidiens ou durant le week-end. RSF n’est pas un regroupement d’ange tout simplement. Loin de là, ses prises de positions traduisent une méconnaissance de la situation à Maurice. Ce qui sans doute explique les contradictions de Jean Claude de l’Estrac en voulant justifier le contenu de la missive de RSF. Si nous suivons la logique de RSF, seuls les grands titres ont le droit d’exister.
L’Express et de l’Estrac en tant que grands démocrates, estiment que les journaux qui défendent le gouvernement ou qui sont favorables à la direction de l’action gouvernementale n’ont pas le droit d’exister. Ils polluent l’environnement « médiatique » dans lequel doit évoluer les publications dites indépendantes. Rien de plus faux. Car il n’a jamais été prouvé que ceux qui soutiennent l’action du régime du jour sont moins indépendants que leurs autres confrères qui critiquent à tout bout de champ. Les intérêts se font en faveur de certaines équations économiques. Nous savons avec quelle malaise certaines dossiers comme l’affaire MCB/NPF furent traités au sein de certaines rédactions. Ou encore comment certains petits commerçants de la place publique sont lynchés dans certains médias quand ils raflent des contrats publiques au nez et à la barbes des entreprises qui sont au sein de certains conglomérats.
Ce que ni Jean Claude de l’Estrac et encore moins l’Express nous diront comment est partagé la manne publicité du secteur privé souvent enclin à utiliser leurs pouvoirs économiques pour déstabiliser le pouvoir politique en place en tentant d’étouffer les voix des gens qui ne pensent pas comme la grande presse.
Une organisation autocratique sous Ménard
C’est pourquoi Acrimed (Action-Critique-Médias) porte un jugement très sévère sur l’action de RSF. « Au cours de son mandat, Robert Ménard a été accusé de manquer d’objectivité dans le traitement de la liberté de la presse dans le monde. » Jean-Claude Guillebaud, cofondateur de RSF, quitte l’agence en 1993 en regrettant qu’elle ait abandonné la critique des médias français ; selon lui et Acrimed, ce changement s’est opéré à l’initiative de Ménard, dans le but d’obtenir leurs soutiens27,28. Cette attitude sera de fait assumée par l’intéressé, notamment dans son livre. Ces journalistes, que l’on veut faire taire (2001), où il écrit qu’en s’attardant sur le cas de la France, « Nous risquons de mécontenter certains journalistes, de nous mettre à dos les grands patrons de presse et de braquer le pouvoir économique. Or, pour nous médiatiser, nous avons besoin de la complicité des journalistes, du soutien des patrons de presse et de l’argent du pouvoir économique ». Mais, en juin 2004, il rachète et relance la revue trimestrielle Médias pour répondre aux critiques lui reprochant de se préoccuper davantage des journalistes emprisonnés à l’étranger que de la situation des médias en France, peut-on lire sur Wikipédia.
Jean-Claude Guillebaud juge également RSF trop proche de la presse anti-Chávez au Venezuela et trop peu critique à l’égard des États-Unis, tandis que Jean-Luc Mélenchon fait grief à Ménard de s’attaquer systématiquement aux cibles des néoconservateurs américains. De son côté, Jacques-Marie Bourget accuse RSF d’avoir « cessé de compter les journalistes blessés ou tués par des GI ou des soldats de Tsahal », et d’avoir signalé trop tardivement le cas de Sami al-Haj, journaliste soudanais emprisonné à Guantánamo. Quant à l’écrivain et journaliste Maxime Vivas, il affirme que plusieurs officines-écrans de la CIA ont subventionné RSF, ce que Ménard conteste formellement.
Rony Brauman, autre cofondateur de RSF qui quitte l’organisation en 1995, dénonce, pour sa part, l’autoritarisme de Ménard à la tête de l’ONG28 : « J’ai vu l’autre Ménard, le petit tyran domestique, sortir de sa chrysalide. Il a un ego exagérément enflé, qui le pousse à être excessif. » Alla Lazaréva, ancienne correspondante de RSF, tient des propos similaires : « Monsieur Ménard aspire trop à substituer sa propre personne à la cause entière de la liberté de la presse. »
« A Doha où et la presse n’a pas le droit d’émettre des critiques contre la famille régnante ni le gouvernement »
Les exemples sont légionnaires et les colonnes entières de notre publication ne suffiront pas à les reproduire toutes. Pour comprendre la contradiction de RSF, alors qu’elle elle-même « classait régulièrement le Qatar au fin fond du tableau de la liberté de la presse, vers la 80e place. » Son président fondateur, qui a quitté RSF en 2008, a accepté une année plus tôt les fonctions de directeur général du centre pour la liberté de l’information à Doha au Qatar créé en décembre 2007 sous l’impulsion de RSF, qui est censé accueillir et soutenir des journalistes persécutés dans leur pays, et doté d’une subvention annuelle de 3 millions de dollars par l’émir. Son conseil d’administration comptait entre autres, Patrick Poivre d’Arvor et Dominique de Villepin. Les détracteurs de l’ancien secrétaire général de RSF s’étonnèrent de cette reconversion dans un pays qui n’a rien d’une démocratie : le pouvoir y est transmis par hérédité et la presse n’a pas le droit d’émettre des critiques contre la famille régnante ni le gouvernement.
Gymnastique de la gauche à l’extrême droite
Durant sa période à la tête de RSF — et sans que cela apparaisse évident auprès des observateurs, ou auprès de ses collaborateurs —, Ménard s’éloigne de ses idées de gauche et s’oriente de plus en plus vers la droite. Il en arrive, au tournant des années 2010, à se rapprocher de l’extrême droite française. Il est par ailleurs un « europhile proclamé ». Depuis des années, il salue le discours de Marine Le Pen et se prononce contre l’immigration. Le site Rue89 l’accuse en 2007 de vouloir légitimer la torture à la suite de l’assassinat de Daniel Pearl.
Retour sur RSF
Ce détour sur Robert Ménard est très important pour comprendre l’organisation RSF. Il n’est pas drôle de voir sur sa page de couverture sur l’Ile Maurice la vente d’un quotidien du matin. Son analyse sur Maurice traduit un manque de connaissance objectif même si RSF reconnait : « De l’autre, la liberté de ton, bien réelle, vire parfois au sensationnalisme, voire aux dérives déontologiques et nuisent à la qualité des informations produites. Dans ce contexte, le manque d’indépendance de l’organe de régulation ne contribue pas à l’émergence d’un journalisme de qualité. »
Mais plus que jamais, le financement de RSF inquiète, tout comme son parti-pris pro-américain, mais aussi son attitude à l’égard du Venezuela, de Haïti et de Cuba durant les années de braises. Sans compter son incapacité à traiter les problèmes de médias au sein de l’Union Européenne en raisonnement des subventions. “Étant donné que Reporters sans frontières reçoit 44 pour cent de ses moyens de la Commission européenne, vous n’êtes pas en position de critiquer le discours de quelque gouvernement que ce soit” écrit le journaliste Al Giordano de Narco News en 2002. Le 16 juin 2004, Libération affirme que “RSF accepte les dons d’un proche du colonel Kadhafi”. « C’est vrai qu’Omar Harfouch est un ami du colonel Kadhafi », déclare Robert Ménard, président de Reporters sans frontières. « Mais c’est aussi un ami de RSF, qui répond toujours présent lorsqu’on le sollicite.» Ce qui pousse Acrimed à dire : « A RSF, l’argent n’a pas d’odeur ». Cette organisation a toujours dénoncé les liens incestueux entre RSF et Le Monde.
Aujourd’hui, “le petit groupe qui a fondé RSF ne s’est pas réconcilié “. Mais que pèse-t-il, face aux “1 800 adhérents (journalistes ou non)” (sources ?), au “budget de 3 millions d’euros”, aux “permanents dans quelques grands pays”, au “réseau de correspondants”… Tout cela “dans un souci d’efficacité autant que par tempérament” ?
Jean-Claude Guillebaud, premier président de RSF : “Si RSF avait engagé ce travail dignement, l’espace n’aurait pas été occupé par d’autres, avec tous les excès que l’on a connus. C’est ce que je dirais à Ménard si je le rencontrais : “Tu vois… le boulot auquel nous avons renoncé, il a été fait par d’autres, mais beaucoup moins bien””. Une forme d’hommage involontaire…
Tout n’est pas rose dans la presse mauricienne. Mais, ce ne sont pas les critiques et analyses bidons de RSF et de sbires qui feront évoluer les choses. Aux élections générales de 2014 et 2019, le peuple ne semble pas avoir fait grand cas des rapports de l’organisations RSF. Leur maturité a prévalu.

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