États-Unis:L’ex-policier Derek Chauvin reconnu coupable du meurtre de George Floyd…

by | Apr 21, 2021 | Monde

Coupable des trois chefs d’accusation : c’est le verdict unanime auquel est arrivé le jury au procès de l’ex-policier Derek Chauvin, condamné pour meurtre au deuxième degré, meurtre au troisième degré et homicide involontaire pour avoir causé la mort de l’Afro-Américain George Floyd.
Parvenu à un verdict rapide, au terme de dix heures de discussions, le jury, isolé, délibérait depuis lundi. Lisant à voix haute les chefs d’accusation l’un après l’autre, le juge Peter Cahill a prononcé les trois décisions du jury, martelant chaque fois la même conclusion : coupable.
Un tel verdict à l’issue du procès d’un policier ou d’un ancien policier est rare.
Le juge Cahill a indiqué qu’il prononcerait la peine dans huit semaines. La caution de Derek Chauvin a été révoquée, et il a été amené en détention, menottes aux mains.
Pour chacune des accusations, les jurés devaient s’entendre à l’unanimité, sous risque de voir le procès se terminer abruptement. Le désaccord d’un seul juré aurait donc pu mener à l’avortement du procès.
La foule rassemblée devant le tribunal de Minneapolis en attente du verdict ainsi qu’au George Floyd Square, le lieu commémoratif installé à l’intersection où l’Afro-Américain de 46 ans a trouvé la mort, a explosé de joie à l’annonce du verdict, qui était fort attendu.
Les manifestants ont spontanément scandé Justice et La vie des Noirs compte (Black Lives Matter).
Composé de 12 personnes, le jury a jugé, hors de tout doute raisonnable, l’ex-officier de police blanc de 45 ans directement responsable de la mort de George Floyd, survenue en mai 2020 au cours d’une intervention policière, se rangeant ainsi derrière les procureurs. Ces derniers ont fait entendre 38 des 45 témoins entendus.
Les arguments étayés mis de l’avant par les experts des procureurs, qui ont attribué la mort du quadragénaire afro-américain à la « force létale » disproportionnée employée par l’accusé et à un manque d’oxygène, ont donc convaincu les jurés.
Derek Chauvin a posé son genou sur le cou de George Floyd pendant 9 minutes 46 secondes alors que ce dernier était menotté, visage vers le sol. Selon un spécialiste en pneumologie appelé à la barre par l’accusation, l’ancien policier a maintenu son genou sur le cou du quadragénaire noir plus de trois minutes après que ce dernier eut cessé de respirer.
Des formateurs des forces de l’ordre et d’autres experts en matière de recours à la force convoqués par l’accusation ont argué que les actions de l’accusé étaient injustifiées. Même le chef de la police de Minneapolis, Medaria Arradondo, a affirmé en cour que les actions de Derek Chauvin allaient à l’encontre des politiques du département et des méthodes enseignées en formation.
Après la mort de George Floyd, la police avait pourtant publié un communiqué dans lequel elle affirmait qu’un homme était mort d’un incident médical pendant une interaction avec la police, minimisant visiblement la responsabilité des agents.
La défense soutenait que la fin tragique de George Floyd était due à des problèmes cardiaques et à la consommation de fentanyl et de méthamphétamine. Évoquant une série de facteurs possibles – et allant jusqu’à évoquer l’hypothèse d’un empoisonnement au monoxyde de carbone –, un de ses experts avait jugé la cause de la mort « indéterminée ».
Derek Chauvin, qui a refusé de témoigner en invoquant son droit au cinquième amendement, avait plaidé non coupable à chacun des chefs d’accusation. Les jurés devaient les soupeser de façon indépendante.
Ajoutée in extremis le mois dernier après avoir été initialement écartée par le juge, l’accusation de meurtre au troisième degré, inédite au Canada, n’existe que dans une poignée d’États américains. Elle implique de causer la mort de façon non intentionnelle ni préméditée, mais en présentant une indifférence totale à l’égard de la vie d’autrui.
Lundi dernier, le juge Cahill a estimé que les propos d’une élue démocrate étaient susceptibles de fournir à l’avocat de l’accusé, Eric Nelson, un argument qui pourrait le faire remporter un appel.
Maxine Waters, une représentante de Californie, avait appelé les manifestants à rester dans la rue et à se montrer plus agressifs si Derek Chauvin était jugé non coupable.
Le procès était sans contredit l’un des plus symboliques et importants de ceux intentés contre des policiers, souvent blancs, après la mort d’Afro-Américains au cours des dernières années.
Devenu depuis un symbole des injustices dont sont victimes les Noirs, George Floyd était soupçonné d’avoir écoulé un faux billet de 20 $ pour acheter des cigarettes lorsque les policiers sont intervenus.
Captée par une passante sur son cellulaire et devenue virale, la scène de son arrestation et de son vain plaidoyer alors qu’il disait étouffer et appelait sa mère avait profondément choqué les États-Unis.
Les mots martelés par George Floyd – Je ne peux pas respirer – étaient devenus un cri de ralliement lors de la vague de manifestations contre la brutalité policière, l’an dernier.
Sa mort avait provoqué une profonde vague de colère aux États-Unis et des manifestations d’une ampleur peu communes.
Une justice obtenue dans la douleur
Du président Joe Biden et de la vice-présidente Kamala Harris à l’ancien président Barack Obama ou à la fille de Martin Luther King, en passant par plusieurs élus américains, les réactions ont fusé.
Plaidant pour changer les cœurs et les esprits ainsi que les lois et les politiques, le président américain a entre autres appelé le Congrès à agir rapidement pour réformer la police, notamment en approuvant le projet de loi qui porte le nom de M. Floyd.
Se succédant au microphone, plusieurs membres de la famille de George Floyd, leurs avocats ainsi que des leaders afro-américains des droits civiques influents comme Al Sharpton ont salué la décision du jury au cours d’un point de presse commun.
Dites son nom : George Floyd, ont-ils d’emblée dit en choeur, les mains vers le plafond, lors de leur arrivée. La formulation fait écho à celle scandée par les militants, qui, lors de leurs manifestations, nomment des victimes noires, notamment de brutalité policière, comme Breonna Taylor, Freddy Gray et Eric Garner.
Je vais m’ennuyer de lui, mais aujourd’hui, il fait partie de l’histoire, a notamment lancé devant les médias Terrence Floyd, l’un des frères de George Floyd.
Quelle journée pour être un Floyd!, s’est réjoui un autre de ses frères, Philonise, qui a cependant souligné que la lutte n’était pas terminée.
Le révérend Al [Sharpton] m’a toujours dit : “Nous devons continuer à nous battre.” Je vais me battre tous les jours, parce que je ne me bats plus seulement pour George. Je me bats pour ceux du monde entier, a-t-il affirmé, disant avoir reçu des messages de soutien du monde entier. Ils disent tous la même chose : “Nous ne pourrons pas respirer tant que vous ne pourrez pas respirer”.
« Aujourd’hui, nous pouvons de nouveau respirer. Une citation de :Philonise Floyd, frère de George Floyd »
Nous sommes ici et nous n’irons nulle part, a-t-il ajouté, en remerciant les manifestants et les avocats. La justice pour George signifie la liberté pour tous, a-t-il conclu.
Récemment, la famille de George Floyd a conclu avec la Ville de Minneapolis un accord en dommages-intérêts de 27 millions de dollars américains.
La famille de George Floyd et la communauté, ici, à Minneapolis, ont obtenu justice dans la douleur, mais le verdict d’aujourd’hui va bien au-delà de cette ville et a des implications significatives pour le pays et même le monde, avait déclaré dans un communiqué un des avocats de la famille Floyd, Ben Crump.
Une justice pour l’Amérique noire est une justice pour toute l’Amérique, a-t-il affirmé, voyant dans le verdict un tournant dans l’histoire américaine. Cette affaire […] envoie un message clair qui, nous l’espérons, sera entendu clairement dans chaque ville et chaque État, a-t-il ajouté.
Les procureurs ont eux aussi commenté la décision devant les médias.
Je ne qualifierais […] pas le verdict d’aujourd’hui de justice, car la justice implique une véritable restauration, mais il est question de responsabilité, qui est le premier pas vers la justice, a déclaré le procureur général du Minnesota, Keith Ellison.
La décision doit servir de point de départ pour une réforme de la police afin d’éviter des tragédies similaires, a-t-il avancé.
Il y a un peu moins de 10 jours, un autre homme noir du Minnesota a été tué par les forces de l’ordre au cours d’une intervention policière. Daunte Wright est mort lors d’un contrôle routier dans une banlieue de Minneapolis.
Jerry Blackwell, un avocat pour les droits civiques des Afro-Américains qui faisait partie de l’équipe des procureurs, a pour sa part dit espérer que ce verdict aiderait à avancer sur le chemin d’une humanité meilleure.
« Aucun verdict ne peut ramener George Perry Floyd parmi nous, mais ce verdict envoie à sa famille le message qu’il était quelqu’un, que sa vie comptait, que toutes nos vies comptent. Et cela est important », affirme Jerry Blackwell, membre de l’accusation.
Le message du maire de Minneapolis, Jacob Frey, est allé dans le même sens.
« Ce verdict de meurtre ne changera pas le fait que la famille de George Floyd est désormais incomplète. Il ne réparera pas les dommages causés à la communauté, ne restaurera pas le potentiel […] de sa vie et ne rendra pas son père à une enfant, a-t-il dit dans un communiqué de presse. Mais cette décision marque une étape importante dans notre quête de justice raciale à Minneapolis – une étape importante sur un chemin beaucoup plus long »
Il a par ailleurs averti que les émeutes et les pillages ne seront pas tolérés.
La Fraternité nationale de la police, le plus grand syndicat de policiers des États-Unis, a de son côté estimé que la justice avait fonctionné comme il se doit. Le procès a été équitable et la procédure régulière a été respectée, a réagi l’organisation dans un communiqué publié sur Twitter.
Passible de 75 ans de prison
Derek Chauvin est escorté par deux policiers.
Après la lecture du verdict, l’ancien policier Derek Chauvin a quitté la salle d’audience menotté en direction de la prison, où il attendra de revenir au palais de justice pour connaître sa sentence.
Derek Chauvin est passible d’une peine d’emprisonnement maximale de 10 ans pour l’accusation d’homicide involontaire, de 25 ans pour celle de meurtre au troisième degré et de 40 ans pour celle, plus grave, de meurtre au deuxième degré.
Les peines recommandées par le Minnesota pour ce type d’accusations sont toutefois beaucoup moins sévères. Selon CNN, elles sont de 12 ans et demi pour chaque chef d’accusation de meurtre et d’environ 4 ans pour celui d’homicide involontaire.
Le juge pourrait décider que l’accusé, s’il est jugé coupable de plus d’un chef d’accusation, purgera chacune des peines de façon consécutive ou concomitante.
L’identité des 12 jurés et de leurs 3 substituts a été gardée secrète. Selon les informations rendues publiques par le tribunal, on sait cependant que le jury incluait six Blancs, quatre Noirs et deux personnes métissées.
Deux jurés étaient dans la vingtaine, trois dans la trentaine, trois dans la quarantaine, trois dans la cinquantaine et un autre était dans la soixantaine.
Neuf femmes et six hommes formaient le groupe de jurés et leurs substituts.
Les trois anciens collègues de Derek Chauvin impliqués dans la mort de George Floyd, accusés de complicité de meurtre, subiront leur procès en août. Les quatre agents avaient été congédiés.

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