Nouvelle admise au barreau: Ashna Ramdin brille de mille feux et exercera dans le judiciaire…

by | Feb 8, 2021 | Edito, Société

« Née en Grèce, elle a étudié le droit en Angleterre et devient avocate à Maurice »

Robe noire, toge, prétoire et plaidoirie- Des termes qui ont toujours fasciné la jeune Ashna Ramdin. Le 22 janvier dernier, ce qui n’était qu’un rêve d’enfance, est devenu une réalité pour cette habitante du cœur de l’île à Moka. Pétillante de vie et débordante d’énergie, la jeune femme a rejoint l’un des corps de métier les plus prestigieux. Pour Le Xournal Dimans, elle revient sur son parcours. Aujourd’hui, Ashna Ramdin goûte aux fruits de son dur labeur et de tous les sacrifices qu’elle a dû faire pour devenir la fierté des siens. Son message aux jeunes : vous êtes les seuls maîtres de votre destinée.

Megan Etiennette

Q : Vous êtes passé de l’ombre à la lumière, le 22 janvier dernier, quel est ce sentiment qui vous anime pour avoir été admise au barreau mauricien ?

R : J’ai ressenti principalement de la fierté. Je suis vraiment fière de moi-même. En sachant que ça n’a pas été un parcours facile, que ce soit au niveau professionnel ou personnel. J’ai dû faire face à pas mal d’épreuves. J’ai eu beaucoup de moment de doute mais malgré cela, j’ai persévéré et j’ai fini ce que j’avais entamé et tout ceci à contribuer à ma fierté.

Q : Comment s’est fait le choix de cette carrière ? Y-a-t-il quelqu’un qui vous en a inspiré ?

R : Mon choix a été spontané, j’ai toujours aimé parler et m’exprimer sur des sujets divers ou même faire des discours. J’ai souvent été la première pour prendre les devants pour le changement. Souvent mon père me disait toujours « toi to bisin vinne avocate toi ». Et après mes études secondaires, j’ai fait le choix de me lancer pour devenir avocate. On va dire que dans mon entourage depuis que je suis petite, on m’a toujours dit que je devrais embrasser cette profession car je suis très volubile. Quand il a fallu choisir : la filière légale est apparue comme une suite logique pour moi.

Q : Qu’est-ce qui a été le plus dur pour vous dans le processus de devenir avocate et d’intégrer le barreau ?

R : Personnellement je trouve que le « pupillage » était la phrase la plus dure dans mon processus pour devenir avocate. Ce stage préprofessionnel n’est pas rémunéré, donc, c’est douze mois de travail gratuit. C’est aussi une phase primordiale parce que j’ai eu beaucoup d’expérience et de compétences acquises, on devient plus aguerrie. Le hic, c’est que j’étais obligé de dépendre financièrement de mes parents. Ce manque d’indépendance financière quand on est adulte est vraiment frustrant. Le pupillage est aussi le moment où je suis sortie de tout ce qui est académique, c’était un monde nouveau pour moi. Toute ma vie, la seule chose que j’avais fait, c’était étudier et le « pupillage » a été le moment où je me suis jeté dans le grand bain dans le monde du travail. Il y avait aussi des cours que je devais suivre en parallèle. Donc, il a fallu que j’organise mon temps correctement pour pouvoir tout faire comme il le faut. En bref, même si le «pupillage» a été très dur pour moi mais je l’ai fait sinon je n’en aurais pas été là où j’en suis aujourd’hui.

Q : Souhaiteriez-vous avoir une spécialisation : criminelle ou affaire ?

R : Oui, je voudrais me spécialiser dans le domaine du ‘Corporate’. C’est une spécialisation assez vaste, il y a la ‘banking’, ‘investment’ ou encore ‘funds’. Le ‘corporate’ en général m’intéresse mais peut-être avec le temps, j’aurais une préférence et je choisirais quelque chose en particulier mais pour l’instant, je dirais le ‘corporate’ en général.

Q : Nous avons atteint la barre de 900 avocats. Beaucoup parlent d’un surplus pour la profession. Quelles sont vos vues sur cette question ?

R : Personnellement, je ne pense pas qu’il y a un surplus. J’ai eu des discussions avec des ‘Senior Lawyers’. Je peux dire que c’est une impression, certes il y en a beaucoup mais ils ont du travail. Je pense surtout que cette impression vient du fait que beaucoup de gens pensent que tous les avocats vont plaider en cour de justice. Ce qui n’est pas le cas. Par exemple dans mon cas, je veux travailler dans le côté ‘corporate’ qui n’a rien à voir avec la plaidoirie. Oui, il y a beaucoup d’avocats mais la demande est présente. Je voudrais qu’on puisse sensibiliser la population et surtout les aspirants au métier d’avocat. Qu’être avocat(e) se résume pas uniquement à la plaidoirie. Qu’il y a un grand monde légal qui existe en dehors de la cour de justice. Avec un dégré en loi, on a beaucoup d’opportunités. On peut rejoindre une compagnie d’assurance, une banque et beaucoup d’autre avenues.

Q : C’est aussi un bon CV pour réussir sa vie personnelle, par exemple : décrocher un bon mariage ?

R : Je suis une grande défenseure du fait que la vie professionnelle ne définit pas la vie personnelle. Donc pour moi aujourd’hui, je suis devenue avocate mais en aucun cas, cela va m’influencer sur les qualités ou le job que mon partenaire devrait avoir. Pour que je partage ma vie avec une personne les qualités que je requière de la personne sont propres à elle non pas son job ou ses qualifications. Ce n’est pas parce que je suis devenue avocate que mon partenaire doit automatiquement être un juge, par exemple. Si je dois être avec une personne se sera parce que je l’aime et pas pour sa profession ou son statut social.

Q : Pour ceux qui ne vous connaissent pas assez, pouvez-vous vous décrire et racontez vos cheminements personnels ?

R : Je suis née en Grèce, mon père travaillait là-bas et ma mère l’avait accompagné. Je n’ai vécu que quelques mois là-bas. Et après on est retourné à Maurice et c’est à Maurice que j’ai grandi. Côté étude : au secondaire, j’étais au SSS Forest Side Girls pendant cinq ans et ensuite j’ai fait un transfert à Maurice Curé pour mes A-Level. J’ai fait mon LLB a l’université de Kent suivi par un master en ‘International Corporate of Commercial Law’ à Queen Mary à Londres. Et pour finir, j’ai aussi fait mon barreau à Londres. Et me voilà à Maurice ou j’ai pu prêter serment et je vais entamer la prochaine étape. J’ai une pensée spéciale pour ma maman qui est décédée quand je n’avais que 12 ans.

Q : Kamala Harris, une brillante et tenace avocate, est devenue la première femme vice-présidente des États-Unis, originaire, d’Afrique, de Jamaïque et de l’Inde. Qu’est-ce cela vous inspire ?

R : Ses tripes ! La manière qu’elle a de s’exprimer avec tellement d’assurance où qu’elle aille, peu importe son auditoire. À une prestance admirable et elle tient tête aux hommes qui essayent de l’interrompre, c’est un vrai modèle pour moi. Cependant à Maurice, c’est dur de pourvoir ‘voice out’ ses opinions comme Kamala Harris le fait. Certes, certaines femmes sortent du lot mais beaucoup de femmes qui ont cette force en elles ne le montrent pas pour plusieurs raisons. Kamala Harris m’inspire beaucoup mais en même temps, j’ai peur que si j’ose faire entendre mon point de vue et que des gens ne soient pas d’accord, cela puisse porter atteinte à ma vie ou qu’on m’attaque. C’est triste mais c’est une vérité qui se fait sentir, surtout quand on est une femme.

Q : Quels conseils donneriez-vous aux petites filles qui liront cet entretien ?
R : À Maurice, on a tellement de pression de la part de parents, des proches et de la société. Il ne faut pas succomber à toutes ces pressions. Vous devez savoir ce que vous voulez vraiment et non pas ce que votre entourage veut pour vous. Ayez le courage de prendre des décisions pour vous et faites-le avec amour et passion et non pas à contrecœur.

Q : Un remerciement particulier ?

R : À mon papa ! Si je suis devenu la femme que je suis aujourd’hui, c’est grâce à lui. Il m’a toujours donné mon indépendance, il a toujours cru en moi, il m’a toujours encouragé à sauter plus loin. Aussi, il ne m’a jamais montré qui il avait une différence entre un homme et moi. Il m’a donné cette confiance-là en moi. Il m’a donné son investissement financier, son investissement moral ; en bref, il m’a donné tout ce dont j’avais besoin pour être là où je suis arrivée et je le remercie pour cela.

Q : Le mot de la fin?

R : “You should be your oyster”, quelle que soit la décision que vous prenez, elle doit venir de vous et elle doit être pour vous. Mon parcours m’a appris cela et ce que je retiens donc est que si vous devez retirer quelque chose se sera que vous deviez faire les choses pour vous et pas les autres.
Pour trouver un bon job, le networking est super important. Il faut toujours faire l’effort d’approcher les « potential employers » personnellement, que ce soit sur Linkedin ou par mail, voire même organiser des meetings. Cela donne l’occasion de montrer sa détermination et mieux exposer ses ambitions et qualités.

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