Descendants d’esclaves lives matter !…

by | Feb 5, 2021 | Actualités

Si l’achat et la vente d’êtres humains ont été abolis il y a plus de 200 ans, les conséquences sociales et économiques néfastes de cette pratique persistent.
• Ici certains ne pensent qu’aux dividendes de leurs compagnies et oublient la question de compensation…
L’esclavage a bel et bien été aboli mais ses conséquences sont hélas omniprésentes dans le monde, en Afrique et dans notre cher pays. Les anciens colons sont devenus maintenant des maîtres économiques incontestés. Certains se déclarent philanthropes avec quelques fondations déguisées, mais la devise est la même qu’il y a 200 ans, c’est de prendre tout ce qu’il a aux plus faibles pour s’enrichir.
Récemment, un pontife du secteur privé, qui est en ce moment le pape de ce groupe, déclarait que le gouvernement interfère dans la politique des dividendes des compagnies au lieu de se concentrer sur la politique de salaire. On sait tous que ce cher « captain of the industry » et ses amis et partenaires économiques qui se trouvent être les 15 et 20 familles plus riches du pays sont contre le salaire minimum, le PRGF et même la CSG. Jamais, nous avons entendu ces derniers, parlaient des conséquences de l’esclavage à l’Ile Maurice, des séquelles sur les descendants d’esclaves et un plan pour redresser le pire mal qu’a connu l’humanité. Si les descendants d’esclaves sont pauvres et vulnérables et que les descendants des colons sont l’opposés, c’est qu’il y a bien une raison.
On ne traitre personne de negro à Maurice mais le racisme est bel et bien présent et l’impact de ce racisme et de cette ségrégation économique s’est traduit par des disparités persistantes et des inégalités économiques qui doivent être rééquilibrées.
“La richesse n’est pas quelque chose que les gens créent uniquement par eux-mêmes ; elle s’accumule à travers les générations”, écrit la journaliste et militante Nikole Hannah-Jones dans un essai publié par le New York Times le 26 juin 2020.

Hannah-Jones a remporté un prix Pulitzer – le prix de journalisme le plus célèbre d’Amérique – avec son “Projet 1619” interactif, nommé d’après la date de l’arrivée aux États-Unis des premiers esclaves africains. Elle est l’une des nombreuses voix qui pensent que la compensation est la seule façon de s’attaquer à ces disparités.

A Maurice, la possibilité d’une répartition aux descendants d’esclaves semble être un sujet tabou. Et on blâme souvent les gouvernements successifs leur silence. Mais ce qui est dommage ce que les descendants des coupables de la traite négrière ne pipent jamais un mot sur la question.

Pourtant dans les autres pays, cela s’est fait. Nous ne voulons pas une Commission de Justice et de Vérité, car la vérité est déjà connue. On a vendu des gens comme des commodités et après que cela a été aboli, on les a donnés les noms d’employés, de salariés, de bonnes, de garçons, de ceci et de cela, on leur a donné toutes sortes de noms sauf une compensation pour un crime incompensable.

Le débat sur les réparations n’est certainement pas nouveau, mais il a été relancé par les manifestations de Black Lives Matter aux États-Unis et dans d’autres pays – surtout après que des dizaines de monuments et de statues associés à d’anciens propriétaires d’esclaves ont été soit défigurés soit détruits.

Des entreprises et des institutions aux Etats Unis et en Europe ont présenté leurs excuses pour leur implication passée dans la traite des exclaves sauf les plus grosses entreprises mauriciennes, qui pour eux ne souhaitent que l’abolition du salaire minimum du PRGF et de la CSG et l’ouverture des frontières car cela fait mal de n’avoir pas fait de profit en un an après avoir cassé tous les records de profit économiques pendant au moins deux décennies et contrôlant toujours l’économie mauricienne pendant plus de 100 ans.

Business Mauritius, le nom même implique que tout est et doit être que du business. Le salarié est une commodité. Tiens, tiens, tiens, du déjà vu, n’est-ce pas ? Quand est-ce qu’on va suivre les exemples de l’Église d’Angleterre et la Lloyd’s de London, un organisme financier vieux de 300 ans qui assurait les propriétaires d’esclaves contre les pertes d’esclaves et de navires négriers ?

Même les Nations unies ont pesé dans la balance, et le haut-commissaire aux droits de l’homme, l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, a exhorté les anciennes puissances coloniales à “réparer des siècles de violence et de discrimination” par le biais de réparations.

En fait, les réparations font partie d’un manifeste de Black Lives Matter publié en 2016, ainsi que d’une revendication de longue date des militants et organisations du monde entier.

L’argument principal est que les descendants de ceux qui ont été soumis à l’esclavage devraient recevoir une compensation financière pour les dommages qui ont survécu aux générations dont la vie a été directement affectée par le travail forcé.

Mais d’autres nations ont également pris des mesures pour remédier à l’héritage de l’esclavage dans leur société.

C’est le cas notamment de la Communauté des Caraïbes (Caricom). Ce bloc de 15 nations des Caraïbes a créé une commission en 2013 pour “établir les arguments moraux, éthiques et juridiques en faveur du paiement de réparations”.

“Lorsque Haïti est devenu indépendant de la France en 1804 après une rébellion victorieuse des esclaves, il a été obligé de payer l’équivalent de 21 milliards de dollars en argent d’aujourd’hui pour s’assurer que les troupes de Napoléon ne reviendraient pas au combat”, explique l’écrivain haïtien Dimitri Leger.

“Mon pays n’a remboursé cette dette à son ancien maître colonial qu’en 1947, et à un coût énorme”, ajoute-t-il. “Si je ne m’attendais pas à ce que la France se rattrape, je n’honorerais pas le sacrifice de mes ancêtres”.

Le Brésil, un pays qui a accueilli plus de quatre millions d’esclaves africains pendant quatre siècles, a créé une Commission de la vérité sur l’esclavage pour mettre les réparations à l’ordre du jour du gouvernement.

Les nations africaines ont également lancé des appels à la compensation, et une commission a estimé qu’en 1999, les anciens colonisateurs doivent payer 777 milliards de dollars au continent africain.

A Maurice, on ne parle que des pertes de revenus. Business Mauritius devrait à chaque fête de l’abolition de l’esclavage organiser une conférence, comme elle le fait souvent ces derniers temps, non pas pour se plaindre, mais pour décider de la marche à suivre pour réparer les torts irréparables commis par ses anciens fondateurs du siècle dernier !

Ce n’est pas en donnant un salaire médiocre et en faisant des profits énormes que la réparation sera faite. Mais ce salaire médiocre, ils veulent l’arracher de la bouche des enfants des descendants d’esclaves. Comme le disait, François René de Chateaubriand, le salaire n’est que l’esclavage prolongé.”

C. DOMATO

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