« Personne ne peut pointer du doigt le gouvernement »

by | Oct 13, 2020 | Opinion, Politique

Rajiv Servansingh, observateur politique
« Jamais a-t-on été témoin de l’hostilité extraordinaire des médias vis-à-vis du GM»
« Il ne faut pas qu’une certaine élite se serve de ces manifestations pour son propre intérêt »
« Il est donc primordial que les personnes de bonne volonté parlent le langage de l’unité, de la coopération, et du dialogue »
« Je suis confiant qu’avec les efforts fournis assez rapidement, l’UE annoncera que Maurice sortira de cette liste »
« Aide du MIC au secteur privé : Pourquoi ne vendent-ils pas une partie de leurs ‘assets’ pour combler une partie de leur déficit ? »
Rajiv Servansingh, observateur politique, était face à Jimmy Jean-Louis ce vendredi 2 octobre sur les ondes de Wazaa FM. Il a commenté sur la réouverture plus que prudente des frontières. Se montrant optimiste sur la reprise économique, il est revenu sur la gestion de la crise de la Covid-19 par le gouvernement, qui s’est assuré que Maurice demeure ‘covid-free’, et dont les mesures sociales ont permis à un grand nombre de Mauriciens de sortir la tête hors de l’eau. Il a aussi prêché en faveur de l’unité nationale. Il a ensuite abordé divers sujets, comme l’inclusion de Maurice sur la liste noire de l’EU, et le boni de fin d’année.
Réouverture des frontières et reprise économique
Rajiv Servansingh devait d’emblée noter que le gouvernement procède à la réouverture des frontières avec beaucoup de précautions. « Mais il faut savoir prendre des risques. Ce sera bénéfique pour l’économie », devait-il ajouter.
En ce qui concerne le contexte économique mauricien, Rajiv Servansingh admet que la situation est difficile, parce que la situation économique au niveau mondial est lui-même difficile, avec la deuxième vague du coronavirus. « Pour la première fois dans l’Histoire, plusieurs gouvernements ont décidé de mettre leurs économies en arrêt. Cela a duré trois mois et il faut s’attendre à de graves conséquences. Selon les estimations de la Banque mondiale, plusieurs pays pourraient voir une contraction de 15 % de leurs économies», analyse-t-il. Il est ainsi normal que l’économie mauricienne soit affectée, notamment par la montée des prix et les difficultés qu’éprouvent plusieurs entreprises de se maintenir à flot.
Malgré les aléas économiques, Rajiv Servansingh dit qu’il note un « certain optimisme » dans certains secteurs, où la reprise est palpable, notamment dans le secteur manufacturier tourné vers l’exportation, et le secteur de la construction.
Pour conclure le volet économique, il a aussi élaboré sur une stratégie de relance de l’économie. Il plaide pour que l’on se penche sur comment ramener nos exportations au niveau que cela était auparavant, et que l’Afrique, qui est un marché extrêmement important pour Maurice, soit mis en ligne de mire pour l’exportation de nos services.
Le gouvernement a permis que le pays demeure ‘covid-free’
Selon lui, personne ne peut pointer du doigt le gouvernement et dire qu’il n’a pas fait ce qu’il fallait faire. Alors que les services gouvernementaux avaient cessé de fonctionner, le gouvernement s’était quand même assuré qu’il y avait une équipe de ‘frontliners’ qui apportait une aide aux gens. Il s’est aussi étendu sur les mesures sociales prises par le gouvernement durant le confinement, comme le ‘Wage Assistance Scheme’, pour venir en aide aux démunis.
En parallèle avec les mesures sociales, le gouvernement a pris les mesures sanitaires nécessaires pour s’assurer que Maurice demeure ‘covid-free’. « On a vite oublié cela », devait-il reprocher. « Il faut saluer la capacité de l’État mauricien de réagir à cette situation. »
Rajiv Servansingh devait aussi expliquer que si le gouvernement n’avait pas pris la décision d’augmenter la pension de vieillesse et s’il n’avait pas introduit le salaire minimum, parmi d’autres mesures pour aider ceux au bas de l’échelle, plusieurs personnes auraient été sur le fil du rasoir.
Des personnes se servent des manifestations pour leur propre intérêt
Rajiv Servansingh devait confier que cela fait de nombreuses années qu’il se positionne comme observateur politique, mais affirme qu’il n’a jamais été témoin de « l’hostilité extraordinaire des medias vis-à-vis du gouvernement. » Or, selon lui, c’est un facteur important qui est lié à l’économie, car le gouvernement est contraint de réagir par rapport à cela, alors qu’il aurait pu se concentrer sur des problèmes plus urgents.
Rajiv Servansingh s’est aussi penché sur les manifestations qui se sont déroulées dans le pays ces derniers temps. Il estime qu’il est normal qu’il y ait une telle réaction après le chamboulement de la vie des Mauriciens, causé par le confinement, qui a été suivi par d’autres événements néfastes comme le naufrage du Wakashio.
Mais il dénonce le fait que certaines personnes essaient de profiter de cette situation, et la tournent en affaires « politique et raciale », ce qui complique singulièrement les choses quand il s’agit d’apporter de vraies solutions. « Il est important que les personnes qui ont à cœur l’avenir de notre pays voient bien qui sont les personnes qui se sont exprimées dans ces manifestations. Il ne faut pas qu’une certaine élite se serve de ces manifestations pour son propre intérêt. Ceux qui comprennent comprendront », lance-t-il.
Rajiv Servansingh finalement abordera l’importance de l’unité nationale par rapport à ces manifestations. Faisant référence à des pays qui sont secoués par des crises internes, il devait expliquer que Maurice est un pays où la paix et où l’harmonie règne depuis 52 ans suite à l’Indépendance. « Donc, il est important de préserver l’unité nationale », affirme-t-il. « Il est donc primordial que les personnes de bonne volonté parlent le langage de l’unité, de la coopération, et du dialogue », plaide-t-il.
Rajiv Servansingh devait exprimer son désaccord sur la notion que des Mauriciens établis à l’étranger puissent avoir le droit de vote.
Boni de fin d’année : des solutions intermédiaires sont possibles
Rajiv Servansingh devait aussi préciser sa position sur le boni de fin d’année. Il n’est pas nécessaire qu’il doit y avoir un paiement intégral ou l’absence totale de paiement, maintient-il. Il plaide ainsi pour des solutions intermédiaires, par exemple une suspension du paiement cette année-ci.
« Ce qui est toutefois chagrinant, c’est l’absence de coopération, qui constitue une difficulté additionnelle. Car pour sortir d’une situation aussi difficile, la bienveillance entre les patrons et les employés, entre le secteur public et le secteur privé, est un facteur très important si l’on veut sortir de là », constate-t-il. « L’économie s’est contractée de 15 %, et tout ceux qui peuvent le faire, doivent porter ce fardeau », affirme-t-il.
Inclusion de Maurice sur la liste noire de l’EU : une attaque commerciale contre Maurice ?
En ce qui concerne l’inclusion de Maurice sur la liste noire de l’Union européenne (UE), il admet que c’est un problème grave. Mais selon Rajiv Servansingh, on ne lui ôtera pas de l’esprit que tout ceci revêt l’aspect d’une « guerre commerciale contre Maurice », vu que le pays est reconnu comme une juridiction où il y a une connaissance et une expérience. Pour lui, Maurice n’est pas le seul pays au monde où il y a eu des fraudes.
« Au début, on avait été mis sur la liste grise, ce qui selon moi n’était absolument pas nécessaire. On aurait pu nous signaler les faiblesses pour que nous puisons prendre les mesures qui s’imposaient », dénonce-t-il.
Mais le gouvernement a passé une loi contre le ‘money laundering’, et a renforcé nos capacités. « Je suis confiant qu’avec les efforts fournis, assez rapidement, l’UE annoncera que Maurice sortira de cette liste », déclare-t-il.
MIC : il dénonce certains groupes de compagnies
Revenant sur l’aide fourni à Lux Resorts, il a expliqué le rôle de la Mauritius Investment Corporation (MIC), qui fournit une aide aux entreprises, qui ont été impactées directement par la Covid-19, et dont le chiffre d’affaires dépasse Rs 100 millions. Or, c’est le secteur hôtelier qui rencontre les plus grandes difficultés actuellement. Bien qu’il se soit montré circonspect sur l’aide fourni à Lux Resorts, en expliquant que malgré le fait que ce groupe hôtelier se trouve au sein d’un conglomérat, il y a une certaine compartimentation qui empêche les autres compagnies du groupe de renflouer leur compagnie sœur.
Mais il devait dénoncer certains groupes qui ont des biens extraordinaires. « Pourquoi ne vendent-ils pas une partie de leurs ‘assets’ pour combler une partie de leur déficit ? », demande-t-il. « Ce qui est étonnant, il y a eu de grandes compagnies qui ont distribué des dividendes de centaines de millions de roupies pendant ces années. Mais quand il y a une crise, ces mêmes compagnies n’ont pas d’argent pour pouvoir survivre et payer leurs salariés pour un mois ? Il y a là un problème extrêmement grave. »
Le gel des dividendes : « La Banque de Maurice a pris la bonne décision »
Venant sur la décision de la Banque de Maurice d’ordonner aux banques commerciales de ne pas payer de dividendes cette année, il devait dire que c’est une bonne décision. « Il est impératif de consolider le système bancaire dans la situation présente, car on ne sait pas quelle tournure vont prendre les événements », devait-il mettre en garde. Le gouvernement doit se préparer au ‘worst case scenario’, qui implique un deuxièmement confinement. Or, confinement ou pas, les banques continuent d’engranger des profits énormes.

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