Les groupes hôteliers gâtés et « pourris » comme des enfants…

by | Oct 20, 2020 | Opinion, Société

• N’aurait-il pas été plus judicieux d’investir massivement dans les PMEs ?

Dans cet article, nous analysons de près l’aide massive en termes de milliards que la Mauritius Investment Corporation (MIC) apporte aux grands groupes hôteliers. Plus de quatre milliards de roupies ont ainsi été récemment décaissées pour Lux Resorts et le groupe Sun. Maintenant, c’est au tour de Beachcomber de faire une demande de six milliards à la MIC. Les questions qui doivent être posées sont : quel est le bien-fondé de cette aide à des groupes qui brassaient un chiffre d’affaires parfois en milliards, jusqu’à peu ? Est-ce qu’il n’aurait pas été plus judicieux de fournir une aide plus massive au secteur des PME, l’enfant pauvre de l’économie mauricienne ?

Pour rappel, la Mauritius Investment Corporation (MIC) est une entité de la Banque de Maurice. Dans le sillage du marasme économique causée par la covid-19, elle a été mise sur pied pour fournir une aide financière aux entreprises stratégiques, notamment celles qui ont un chiffre d’affaires de plus de Rs 100 millions. La MIC dispose d’un budget de Rs 80 milliards.

Il faut dire que son premier ‘sauvetage’, fin septembre, a quelque peu crée la controverse, ou du moins elle a été mal perçue par beaucoup de Mauriciens. Ainsi, un montant de Rs 1 milliard a été mise à la disposition du groupe hôtelier LUX* Island Resorts.

Comme on le sait, le secteur touristique est en eaux troubles suite à la fermeture de nos frontières le 19 mars. Et comme on le répète ‘ad nauseam’, le tourisme est l’un de nos piliers économiques. Il emploie quelques 130 000 personnes et contribue aux alentours de 25 % du PIB.

Mais aujourd’hui, il est de notoriété publique que l’hôtellerie fait face à un endettement massif de Rs 70 milliards. Cette endettement est partagé principalement par quatre grands groupes hôteliers, nommément LUX* Resorts, SUN, New Mauritius Hotels (Beachcomber) et Constance. Son énormité est une source d’inquiétude pour les opérateurs hôteliers. Or, le secteur de l’hôtellerie était déjà confronté à un endettement important avant la crise de la Covid-19. Qui plus est, cet endettement s’est accru de jour en jour depuis la fermeture des frontières.

Enter la MIC, le sauveur providentiel.

• Ainsi, LUX* Island Resorts a eu une manne financière à hauteur de Rs 1 milliard.
• Le groupe Sun a bénéficié d’environ Rs 3,1 milliards.
• Le groupe New Mauritius Hotels (Beachcomber), qui selon nos recoupements, est le groupe hôtelier qui est de loin le plus endetté à Maurice (plus de Rs 10 milliards), vient de faire une demande à la MIC de Rs 6 milliards.
• Deux autres groupes hôteliers, notamment Attitude Property Ltd et Hilton Mauritius Resort, comptent aussi faire une demande de financement en bonne et due forme.

La méthode de financement : toutes ces bénéficiaires doivent émettre des ‘convertible bonds’ (c’est-à-dire des obligations de dette qui peuvent être converties en actions), assorties d’un taux d’intérêt entre 3 % à 3,5 % payable deux fois par an. Ces obligations arriveront à maturité au bout d’une période de 9 ans, où le bénéficiaire doit rembourser le capital. Il disposera toutefois d’une option de rachat, en partie ou en totalité, avant la date de maturité. Par exemple, LUX* Island Resorts a émis des ‘convertible bonds’, à hauteur de Rs 1 milliard, et la MIC a souscrit à ces obligations.

Un ‘low-risk bail out’ money ?

Est-ce que ces groupes hôteliers ont été alléchés par le fait que l’argent de la MIC se révèlerait sans doute comme un ‘low risk bail out’ money ? Que se passera-t-il au bout de neuf ans, quand les ‘bonds’ atteindront leur période de maturité et qu’il faudra de retourner cet argent ? Les groupes hôteliers ne vont-ils simplement pas dire qu’ils n’ont pas réalisé les profits escomptés et qu’ils ne peuvent rembourser cet argent ? Ou encore, n’y a-t-il pas un risque qu’ils ne déclarent faillite avant même l’échéance de neuf ans ?

Est-ce que la MIC (si elle existera encore dans 9 ans) va alors béatement demander que ces ‘bonds’ soient converties en actions, pour qu’elle devienne actionnaire de ces entités ? Devra-t-on s’attendre à ce que la MIC réclame la mise en liquidation de ces groupes, et procède à une vente des ‘assets’ pour essayer de recouvrir ce qu’elle pourra, ou bien, plus probablement, qu’elle ou son successeur, va encore leur avancer un ‘package’ pour les renflouer ?

Il y a apparemment des ‘non-disclosure agreements’ entourant les accords entre les groupes hôteliers et la MIC, une manque de transparence qui n’augure rien de bon. Et de fait, il ne semble pas que les ‘tangible assets’ de ces groupes aient été mis en gage. La MIC ne pourrait-elle pas connaître le même triste sort que ceux qui avaient fourni des prêts sans garantie ?

Où sont passés tous les profits réalisés par ces groupes hôteliers ?

Ceux qui ont suivi l’actualité économique durant la dernière décennie vous le diront : année après année, il y a eu des rapports annuels impressionnants des groupes hôteliers, avec des profits se chiffrant en plusieurs dizaines de millions de roupies, voire en centaines de millions, voir même plus.

Ce que beaucoup de Mauriciens se demandent : où sont partis tous les profits réalisés par ces groupes hôteliers ces dernières années ? Pourquoi ne se sont-ils pas constitués une réserve stratégique pour les temps durs ? Car on le sait, le tourisme international peut être sujet à de multiples aléas : guerres, une mauvaise météorologie, des problèmes d’ordre économique, ou comme dans le cas présent, une pandémie.

Quid de leurs ‘assets’ ? Pourquoi pas une politique de restructuration ?

Les grands groupes hôteliers ont plusieurs hôtels, à Maurice comme à l’étranger. Par exemple, si l’on considère Lux* Resorts, on peut voir que ce groupe possède de multiples hôtels : à Belle-Mare, à Grand-Gaube, et au Morne, rien que pour Maurice. En outre, il possède aussi des hôtels à La Réunion, aux Maldives (2 hôtels), voire en Chine et… au Vietnam. Idem pour le groupe hôtelier Sun et Beachcomber, qui ont de nombreux hôtels, et pas seulement à Maurice.

Il convient donc de se poser la question : pourquoi ces groupes hôteliers ne vendent pas une partie de leurs avoirs, surtout ceux qui se trouvent à l’étranger, pour pouvoir se maintenir à flot ?

Dans le même ordre d’idées, on peut se demander si ces groupes hôteliers ont envisagé une restructuration : réduction des ‘top salaries’, l’arrêt de distribution des dividendes (si jamais cela se poursuit encore), des exercices en ‘cost-cutting’ ou en réduction du gaspillage, entre autres.

Si vous avez déjà effectué un séjour dans un hôtel cinq étoiles, vous avez sans doute été frappé par l’étendue des facilités destinées à rendre le séjour du client une expérience inoubliable. Un seul de ces hôtels peut ainsi compter jusqu’à cinq restaurants différents, des bars, des boutiques luxueuses, plusieurs spas, des centres de ‘wellness’, des terrains de golf etc. Mais vous aurez aussi l’impression que beaucoup de ces établissements intra-hôtel, s’ils étaient laissés à eux-mêmes, rouleraient à perte. Ainsi, un ‘downscaling’ de ces établissements et de leurs activités, ne serait-il pas envisageable dans le contexte présent pour réduire des coûts exorbitants?

Idem pour les chambres. Outre les chambres dites ordinaires, il y a une pléthore de suites et de villas, les unes plus luxueuses que les autres, avec un budget d’entretien important.

Ces groupes hôteliers ne sont pas isolés

Lux* Resorts est affilié au groupe Ireland Blyth Ltd (IBL), qui détiendrait près de 40 % de ses actions. La MCB et l’assureur Anglo-Mauritius sont aussi ses actionnaires.

Il faut dire qu’IBL est l’un des plus grands groupes de Maurice, avec un chiffre d’affaires annuel d’environ Rs 40 milliards. Comptant environ 280 subsidiaires, IBL offre ses prestations dans 22 pays à travers le monde, et cela dans plusieurs secteurs, notamment dans l’agroalimentaire, le secteur énergétique, le commerce et la distribution, les services financiers, la logistique et l’immobilier, pour ne pas parler de l’hôtellerie.

Si on jette aussi un coup d’œil au ‘share capital’ de New Mauritius Hotels (Beachcomber), qui rappelons-le, a fait une demande de Rs 6 milliards à la MIC, on peut voir que le groupe Rogers détient
22.98 % de son actionnariat, ENL Land Ltd détient 15.26 %, Swan Life Ltd détient 10.66 % et la société Joseph René Herbert Maingard Couacaud détient 6.24 %. Les autres actions sont détenues par d’autres entités, à hauteur de 44.86 %.

Comme on peut le voir, ces groupes hôteliers ne sont pas isolés, mais opèrent au sein de groupes constitués de grandes compagnies, ces dernières brassant des chiffres d’affaires dans l’ordre des millions, voire des milliards. À se demander pourquoi ces entités n’aident pas leur groupe sœur financièrement ?

Le secteur des PME plutôt délaissé par rapport aux groupes hôteliers

Alors que la pandémie de Covid-19 a mis l’économie du pays à genou, de nombreuses Petites et Moyennes Entreprises (PME) mettent la clé sous le paillasson. Ainsi, un grand nombre de personnes qui ont perdu leur emploi dans le sillage de la covid-19 proviennent du secteur informel (le secteur regroupant les entreprises de petite taille, sans formalités légales, et à faible capital). D’autres PMEs essaient tant bien que mal de maintenir à flot leur commerce, en essayant des stratégies innovantes. Mais s’il n’y a pas d’infusion de capital, c’est peine perdue…

Or, la contribution des PME à l’économie mauricienne, notamment en termes de croissance, de création d’emplois et d’innovation, ne dot pas être minimisée. Certains parlent même d’un ‘multiplier effect’ en ce qui concerne la génération de revenus par les PME. Et en ces temps de contraction du Produit Intérieur Brut (PIB), de l’ordre de 13 %, ignorer les PME mènerait à une contraction encore plus importante de notre économie.

Valeur du jour, selon la plateforme ‘Ti Travayer Maléré’, de nombreuses PMEs essaient d’avoir un emprunt auprès des banques pour relancer leur business, mais sans succès. La même chose se produit quand ces PME se tournent vers les compagnies de ‘leasing’ pour des achats à crédit. Ces institutions financières ont naturellement peur que dans la situation actuelle, les PME ne fassent faillite et n’arrivent pas à rembourser leurs emprunts. En outre, les banques réclament souvent que les PME mettent des terrains ou des immeubles en gage, alors que la plupart louent leurs emplacements. Autre chose que la banque leur demande, c’est de prédire les revenus de la compagnie pour les prochains six mois, ce qui est impossible.

Si les PME ne peuvent plus compter sur l’aide des institutions financières du secteur privé, il ne reste plus que le gouvernement, qui doit mettre sur pied une stratégie valable pour aider les PMEs et les ‘self-employed’.

Le gouvernement a fait un premier pas dans la bonne direction à travers du ‘Self-Employed Assistance Scheme’, où les personnes employées à leur propre compte ont bénéficié d’une allocation gouvernementale de l’ordre de Rs 5 100. Si cet argent a permis à ces dernières de sortir la tête hors de l’eau, elle est toutefois nettement insuffisante pour relancer une entreprise.

Il y a bien eu une dotation budgétaire de dix milliards de roupies destinées aux PMEs, qui seront décaissées par la Banque de Développement (DBM). Mais à priori, cette somme parait insuffisante. Et il ne faudrait pas que la DBM tombe dans les même travers que les banques privées. Il faut une approche plus dynamique et humaine, par exemple à travers des moratoires pour les PMEs sous certaines conditions si elles n’arrivent pas à rembourser leurs emprunts.

Il faudrait aussi une politique d’encadrement des PMEs par la SME Mauritius pour aider ces dernières à sortir la tête hors de l’eau, par exemple à travers des ‘business advisers’ qui auraient l’expérience requise. Ces derniers auraient alors fourni une formation et un accompagnement à ceux qui rencontrent des difficultés pour faire marcher leur business.

Mais avant tout, il faudrait que le gouvernement prête une oreille attentive aux doléances des PMEs. Il a déjà commencé. Nous ne pouvons que souhaiter qu’il continue dans cette direction, et qu’il fasse encore plus pour les PMEs.

Terra Del Fuego

Hors-texte

Quelques loustics grands amateurs de paris en tous genres nous ont fait les remarques suivantes à la suite des récents évènements survenus dans le pays. « Ene mari jackpot sa boss ! Plis ki Rs 10 milliards alors ki bannes bonhommes-la fine investi seulement Rs 80 millions. Souval la mari outsider ki fine gagne le course sa…D’autres parlent du dîner de Flic en Flac où Hector le mari d’Andromaque s’était personnellement investi. Enfin comme le dit une chanson de Claude Barzotti, on ne sait pas si la fille qui vend des biscuits préfère Jean-Pierre, Gilbert, Philippe ou Jeremy. Un peu comme dans le film de Jean Jacques Arnaud : la victoire en chantant…Seuls les profanes comprendront !

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