Les blues de la diaspora: NON AU DROIT DES VOTES DES MAURICIENS VIVANT A L’ETRANGER…

by | Sep 22, 2020 | Actualités, Société

Quand la diaspora mauricienne ne contribue pas à l’économie, mais organise des rassemblements politiques pour critiquer le gouvernement…
• Avant l’indépendance, certains qui ont préféré s’émigrer en Angleterre, France, Australie, au Canada, n’avaient jamais cru au miracle mauricien

• « Pourquoi les Mauriciens, vivant à l’étranger, qui ne paient pas la taxe s’ingèrent-ils dans le ‘day-to-day business’ de notre île ? », se demande-t-on.

• « Le droit de vote aux Mauriciens qui veulent retourner à Maurice, débalancera les résultats et affecteront les différentes circonscriptions de l’île », estiment les observateurs politiques

Les nombreuses critiques, déclarations et manifestations, organisées par des Mauriciens qui sont établis depuis de nombreuses années en Angleterre, France, Australie et au Canada ou dans d’autres pays suscitent de nombreuses réactions et d’interrogations de part et d’autre. «En raison de leur longue absence du pays, les noms de la plupart de nos expatriés ne paraissent pas sur les nouvelles listes électorales et ils ne votent pas et ne choisissent pas ceux qui nous gouverneront. Or, comment osent-ils organiser des rassemblements politiques pour exprimer leur mécontentement vis-à-vis le gouvernement ou contre un ministre alors qu’ils ne contribuent pas à l’économie mauricienne, au progrès et à l’avancement de notre pays ? Pourquoi critiquent-ils le gouvernement ou les dirigeants politiques ? Pourquoi les Mauriciens, se trouvant à l’étranger, qui ne paient pas la taxe s’ingèrent-ils dans le ‘day-to-day business’ de notre île ? » se demande-t-on.
Manifestations et critiques
N’en déplaisent à certaines personnes, il faut dire les Mauriciens qui vivent ailleurs ne sont pas suffisamment ancrés dans les réalités mauriciennes pour s’exprimer ou critiquer et organiser des manifestations qui très souvent font pencher la balance d’un côté comme d’un autre et aussi causer un tort immense à notre pays, mais aussi aux Mauriciens en général. Il ne faut pas oublier que des dizaines des milliers d’expatriés se trouvent à l’étranger. Or, comme ils ne font pas partie des contribuables, ils ne peuvent en aucun cas organiser des rassemblements politiques ou critiquer à tort et à travers le gouvernement ou un ministre, voire même un système.
Il faut dire que Maurice a beaucoup accompli depuis son accession à l’indépendance. Notre pays a même osé défier toutes les prédictions catastrophiques de l’époque. Il faut reconnaître les efforts accomplis par les divers dirigeants politiques, de même que le secteur privé, et leur contribution au progrès économique du pays. A tel point que de nombreux pays africains saluent le progrès accompli par Maurice sur plusieurs niveaux depuis plusieurs années.

Prédilection du Professeur James Meade

Il convient aussi de souligner qu’aujourd’hui, selon le Global Passport Index, un détenteur du passeport mauricien peut se rendre dans 179 pays sans visa.
Comment peut-on oublier que le professeur James Meade, prix Nobel en économie, avait prédit en 1961 que d’ici deux décennies, il y aurait eu 3 millions de personnes vivant à Maurice ? Des perspectives terrifiantes et une situation catastrophique, avait-il dit, pour une île qui ne dépend que de la canne à sucre et qui a un taux de chômage de 40 %. Le professeur Meade avait même dit que ce pays était condamné. A l’époque, Maurice recevait environ 30 000 touristes annuellement et que Meade avait déclaré qu’il est difficile de voir d’où viendront les touristes. Après avoir séjourné dans le seul hôtel qui existait alors, Mead avait dit que « the physical amenities leave much to be desired (?) the cuisine in particular is lamentable ». Or depuis, Maurice a parcouru un long chemin et a vanté son charme pour continuer à attirer de nombreux touristes dans notre pays.

C’est ainsi qu’en croyant aux prophètes de malheur ou aux oiseaux de mauvais augures qu’avant que Maurice n’accède à l’indépendance, de nombreux Mauriciens ont choisi l’immigration, principalement vers l’Angleterre, la France, l’Australie et Zimbabwe. Nos compatriotes voulaient à tout prix s’échapper à un engrenage qui menaçait d’entrainer le pays dans la misère noire. Ils ne croyaient guère que l’indépendance allait changer, transformer et façonner le destin de notre pays. Or, lorsque le quadricolore a été hissé fièrement en haut du mât, soit le 12 mars 1968, on est devenu une nation à part entière. C’était le vœu de la majorité de la population qui avait cru en Maurice contrairement aux autres qui avaient pensé que l’herbe est plus verte ailleurs, d’où leur immigration.

Maurice sur la carte mondiale
Il faut dire que l’indépendance de l’Île Maurice ceux qui ont préféré rester à Maurice ont beaucoup contribué à la modernisation et transformation de notre pays. Ils ont accompli beaucoup de choses positives sur plusieurs plans, notamment sa sortie du néant, son apparition claire sur une carte mondiale et, au fil du temps, elle est devenue une destination de rêve. Ce pays, de par son ascension, permet à chaque Mauricien d’exprimer sa particularité et sa pluri-culturalité.
Or, c’est aujourd’hui que bon nombre de Mauriciens qui ont abandonné le pays et passé plusieurs années ailleurs, veulent à tout prix retourner dans leur pays natal et ce pour plusieurs raisons afin de goûter les fruits du succès de Maurice. C’est maintenant, qu’ils croient vraiment que Maurice fait désormais partie des pays où il fait bon vivre contrairement aux d’autres pays sous-développés.

Toutefois, il faut souligner que l’ancien Premier ministre et l’ex-président de la République, Sir Anerood Jugnauth, était réticent à l’idée que ceux qui nous ont abandonnés pendant des moments difficiles retournent définitivement à Maurice et qu’ils aient le droit de voter et ce quand notre situation à Maurice s’est améliorée par rapport aux années soixante où ils avaient fui le pays. Aujourd’hui, l’île Maurice est même citée comme un exemple parmi les pays africains. A un moment donné, notre pays était même reconnu comme le tigre de l’Océan Indien.

Droit de vote à ceux qui avaient abandonné le pays

De nombreux observateurs politiques, sont d’avis que les résultats des dernières élections générales ne seraient pas les mêmes si les gouvernements successifs avaient accordé le droit de vote aux Mauriciens, établis à l’étranger. Prenons quelques exemples du scrutin de 2 005 : Jean Claude Barbier du MMM avait récolté 13 653 voix et James Burty David du Parti Travailliste 13 639. Ce dernier avait perdu par 14 voix. En même année, Sada Etwaroo avait aussi perdu par 33 voix. Il faut aussi souligner qu’en 2005, Satyadev Mootia avait obtenu 15 506 voix et Pravind Jugnauth 15 468 voix, ce qui fait que ce dernier avait perdu par 38 voix. N’oublions pas aussi qu’en 2 019 Ivan Collendavelloo avait gagné 8 959 voix, Jenny Adebiro 8 867 voix et Fazila Jeewa-Daureeawoo 8 678 voix. Ces deux derniers avaient respectivement perdu par 92 voix et 281 voix.

De ce fait, les élections générales démontrent que les résultats du scrutin dans plusieurs circonscriptions de l’île étaient « très serrés ». Or, si les Mauriciens (établis à l’étranger), auraient eu le droit de vote, certes les résultats auraient été débalancés au détriment d’un candidat, un parti politique ou une alliance. D’ailleurs, on se demande dans quelle circonscription, auraient-ils eu le droit de voter. Peu importe, dans n’importe quel cas de figure, les circonscriptions auraient été affectés avec leur droit de vote, voir même un parti politique, une alliance ou un candidat indépendant.

Ci-dessous les réactions de certains Mauriciens

Bissoon Mungroo, hommes d’affaires et président du Mangal Mahadev Trust

« On ne peut allouer une pension et donner le droit de vote à ceux qui nous ont abandonnés pendant les moments difficiles »

L’homme d’affaires Bissoon Mungroo, qui est aussi le président du Mangal Mahadev Trust, a déclaré qu’en 1967, soit avant que Maurice n’accède à l’indépendance, une bonne partie de la population faisait face à de nombreuses difficultés pour survivre et joindre les deux bouts. « Beaucoup dimounes pas ti éna mangé dans zotte lacaze, pas ti éna travail couma astère là. Ena ti pé travail 4 jours Paris et zotte ti gagne huit roupies en ‘kind’ (de l’huile, du riz et farine) offert par la Food and Agriculture Organisation (FAO), and huit roupies en ‘cash’, contrairement à des personnes aisées qui menaient la belle vie dans notre pays », a-t-il soutenu.

L’homme d’affaires a fait ressortir que pendant cette période, ces derniers soutenaient les actions de leur leader. « Ca l’époque avant l’indépendance, ti pé dire si pou gagne l’indépendance, pas pou éna mangé. Ti pé placarde banne photos squelettes. Ena ti pe tire zotte casse depuis la poste pour zotte garde zotte casse en bas zotte matelas et aussi dans la banque Commerciale. D’autres avec badine et chapeau ti pé mette la queue dans bureau zotte leader pour zotte alle immigrer avec zotte l’argent en Australie, la France, Angleterre et Zimbabwe. Zotte finne dévalise la poste qui ti pour gouvernement », a-t-il ajouté.

Dans la même foulée, il a poursuivi en rappelant qu’à cette époque, plusieurs personnes ont fait d’énormes sacrifices et ont versé leur sang et sueur non seulement pour améliorer leur qualité de vie mais aussi pour faire avancer et progresser le pays.

Bissoon Mungroo a ainsi énergiquement dénoncé l’attitude de ceux qui, pendant des moments difficiles, ont délaissé Maurice pour se rendre dans d’autres pays pour s’y installer définitivement. « Il est inacceptable que ces mêmes personnes veulent retourner au pays quand Maurice ‘finne fleuri et qui complètement transformé. Qui zotte contribution pour le pays et comment zotte capave réclament pension et droit de vote surtout quand zotte ti placarde photo squelette dans plusieurs endroits du pays avant Maurice gagne so indépendance ? Zotte pas vinne rode du lait quand zotte pas finne produire du lait », s’insurge-t-il.

Bissoon Mungroo a aussi fait comprendre qu’on ne peut octroyer un passeport mauricien à ceux qui n’ont pas cru en Maurice et qui ont délaissé notre pays. Selon lui, ces derniers qui touchent leurs salaires en dollars et euros sont capables d’influencer les Mauriciens si jamais on leur accorde la nationalité mauricienne.

D’autre part, il a sévèrement critiqué l’attitude de ceux qui ont pris part dans des manifestations en Australie, France, Angleterre et Canada et ceux qui ont soutenu les récentes manifestations tenues à Maurice. Pour lui, les Mauriciens qui sont à l’étranger ne peuvent manifester ou soutenir les manifestations, qui sont tenues dans notre pays. « Ils ne paient aucune taxe comme les Mauriciens. Par conséquent, ils ne peuvent réclamer les mêmes droits que les Mauriciens. En prenant part dans des manifestations tenues à l’étranger, les Mauriciens ont oublié qu’ils sont en train de non seulement ternir et dénigrer l’image de Maurice, mais aussi de décourager les touristes à venir passer leurs vacances, décourager les investisseurs étrangers de s’implanter dans notre pays et d’empêcher se progresser », a-t-il dit.

Pour conclure, Bissoon Mungroo a fait comprendre que le gouvernement ne peut allouer une pension et donner le droit de vote à ceux qui ont abandonné le pays dans des moments difficiles et aussi aux Mauriciens qui ont fait plus de 15 ou 20 ans à l’extérieur.

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Awadhsing Balluck : « Le droit de vote doit être strictement réservé à ceux qui habitent, participent aux affaires du pays et payent la taxe »

Le représentant d’une association des petits actionnaires, Awadhsing Balluck a affirmé que les diasporas mauriciennes ne sont pas insensibles aux affaires du pays car ils ont toujours leurs proches au pays. Cependant, il a déploré le fait que certains opportunistes jubilent aux malheurs de leur pays et ne ratent aucune occasion pour dénigrer tout.

Par ailleurs, notre interlocuteur a laissé entendre que dans le passé, de nombreux Mauriciens qui – comme des rats délaissant le bateau en cas de problèmes – avaient délaissé le pays avec leurs familles. « Pourtant, ils avaient tous les moyens nécessaires pour aider le pays ….. Mais il y a aussi beaucoup qui sont partis pour aider leurs familles et parents en difficulté. Il y a aussi ces Mauriciens qualifiés académiquement et professionnellement qui perçoivent qu’avec le favoritisme à certains, leurs chances d’avoir un boulot de leur choix s’amenuisent et donc, ils quittent le pays », estime-t-il.

Cependant, Awadhsing Balluck a indiqué que les Mauriciens qui sont à l’étranger et qui ont des membres de familles à Maurice, doivent être concernés par les affaires du pays. « Selon moi, ils ont tous le droit de montrer leur mécontentement lorsqu’ils voient les gouvernants abuser, ‘bangoler’, mal gérer les affaires du pays à condition qu’ils contribuent au développement économique du pays en aidant leurs familles et proches, en investissant au pays, etc… », estime-t-il.

Concernant le droit de vote, le porte-parole d’une association des petits planteurs a laissé entendre que d’après nos lois électorales, un Mauricien résidant à Maurice ou s’absentant temporairement du pays ne peut nommer un proxy pour voter pour lui. « Je considère les Mauriciens à l’étranger comme étant dans cette même situation. Pour moi, le droit de vote doit être strictement réservé à celui qui habite et participe aux affaires du pays et paie la taxe. Une approche qui peut être considérée pour les Mauriciens à l’étranger est de leur permettre d’élire un député pour veiller à leurs intérêts », a-t-il soutenu.

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Rajshree Thaylamay, syndicaliste et fonctionnaire :

« En aucun cas, les expatriés mauriciens méritent les mêmes privilèges que les Mauriciens »

La syndicaliste Rajshree Thylamay, qui est aussi fonctionnaire, a raconté comment à l’époque de pré-indépendance, certains ont préféré fuir le pays et d’autres ont choisi de rester pour bâtir Maurice.

Elle a fait comprendre que ceux qui ont immigré dans d’autres pays n’ont jamais contribué pour le développement économique du pays et n’ont jamais payé la taxe comme les Mauriciens. « En aucun cas, ces derniers méritent les mêmes privilèges et bénéficier de la pension de vieillesse et obtenir le droit de vote. Après avoir abandonné le pays, comment osent-ils revendiquer leurs droits et retourner à Maurice », se demande-t-elle.

Notre interlocutrice estime également que le droit de vote aux Mauriciens qui veulent retourner à Maurice pourra pénaliser les candidats et débalancer les résultats des élections, voire même les circonscriptions de l’île.

Par la même occasion, la syndicaliste a fait comprendre que ceux qui sont établis dans d’autres pays, plus particulièrement en Australie, France, Angleterre et Canada ne peuvent organiser ou prendre part dans des manifestations. A ce sujet, elle a estimé que nos expatriés qui ont soutenu ou cautionné les récentes manifestations qui ont eu lieu dans notre pays, seraient en train de ternir l’image de notre pays surtout le plan touristique.

Par ailleurs, mettant l’accent sur la Covid-19, Rajshree Thylamay a déclaré qu’on ne peut traiter les Mauriciens qui veulent retourner ou passer leurs vacances dans notre pays avec l’argent des contribuables. « Pas capave puisse l’argent dans la caisse du gouvernement pour traite zotte. Quand zotte pour fini faire zotte traitements, zotte pou retourne dans zotte pays cotte zotte finne établi depuis plusieurs années. Donc, c’est le gouvernement mauricien et nous qui pou grand perdant. L’Etat et nous pas capave prend zotte responsabilité », explique-t-elle.

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Me Said Toorbuth : « C’est aux politiciens de décider si nous devons étendre le droit de vote aux Mauriciens qui vivent à l’étranger »
Me Said Toorbuth estime que la tâche incombe aux politiciens de tous bords politiques de décider ou de dégager un consensus si on doit donner le droit de vote aux Mauriciens qui sont établis dans d’autres pays depuis de longues année. Il a ainsi situé l’importance des réformes électorales, qui dit-il est crucial pour la consolidation de la démocratie dans notre pays.
L’homme de loi a, par ailleurs, fait comprendre que les Mauriciens qui réclament une pension de vieillesse doivent respecter le ‘residence test’. C’est-à-dire qu’il doit absolument habiter une période de six mois à Maurice pour être éligible à la pension de vieillesse (Basic Retirement). Par contre, ils ont droit à la pension contributive, qu’importe le pays où ils se trouvent.
Concernant les expatriés mauriciens, qui prennent part dans des manifestations ou ceux qui soutiennent des manifestations locales directement ou indirectement, il dira qu’on ne peut empêcher ces derniers d’émettre une opinion sur des sujets ou d’organiser des manifestations, qui concernent notre pays. « La liberté d’expression existe. C’est un droit universel », dira Me Said Toorbuth qui, a, cependant, fait ressortir que n’importe qui peut le faire à condition qu’il ou elle ne porte pas atteinte à la liberté d’autrui et ne commet pas des actes de diffamation ou de sédition.
Sanjay BIJLOLL

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