Extorsion, viols et crime : des personnes se laissent toujours berner par l’arnaque de la sorcellerie…

by | Sep 28, 2020 | Faits Divers, Société

Un crâne humain en plastique, un mannequin utilisé dans les salons de coiffeur, des bougies rouges, une chicha, des représentations de la déesse Kali et d’autres objets de culte. Cela a suffi pour que Mohammad Nagib Khan Acoheea fasse croire à ses nombreux clients qu’il possède des pouvoirs surnaturels pour guérir des gens, faire réussir des examens et rendre une personne riche ou amoureuse. Avec cette ruse, en quelques années, le soi-disant sorcier est parvenu à s’acheter plusieurs maisons dont un à Pereybere et un à Mont Choisy, plusieurs voitures dont une Mercedes, des bijoux et l’ICAC a récemment découvert cinq millions sur son compte et le compte de sa deuxième épouse alors qu’il n’a pas travaillé depuis plus de 15 ans.

Ses victimes sont quelques étrangers, de nombreux Mauriciens de la classe moyenne, des fonctionnaires et même ceux plus aisés. Mais son plus gros pigeon était un couple de Mauriciens vivant en Angleterre. Ces derniers étaient prêts à lui verser la modique somme de 15 millions pour soi-disant les relaxer d’une longue crise de dépression et régler les problèmes qui subsistent au sein de leur famille. L’escroc a ainsi profité de leur crédulité dans toutes les façons. Il a même dans l’espace d’une journée, sommé le couple à lui verser Rs 600 000. Cela en leur faisant croire qu’il avait besoin de Rs 300 pour un bœuf pour un sacrifice. Il est ensuite revenu à la charge, affirmant que l’animal n’était pas le bon et que c’était une vache. Donc ces derniers ont dû lui redonner Rs 300 000.

Communiqué avec l’au-delà
A Maurice, ces manœuvres sont assez fréquents et existent depuis belle lurette, s’étant développé dans les arrière-cours des religions. Beaucoup de Mauriciens, plus particulièrement ceux habitant dans les zones rurales, persistent à croire dans les pouvoirs des forces occultes. Cela car les ‘longanistes’ maintenant appelé des ‘traiteurs’ ou ‘guérisseurs’ ont pu faire croire dès le début qu’ils sont des êtres extrêmement puissants, capables de communiquer avec les esprits, de les appeler ou de les chasser. Beaucoup de personnes surtout les plus crédules font ainsi appel à eux pour diverses raisons. Et ces derniers sont même prêts à laisser leurs économies croyant que ces tours de passe pourront résoudre tous leurs problèmes et acheter une vie meilleure.

L’impuissance face à un mal-être
Souvent, c’est l’accumulation de malchance, les malheurs domestiques à répétition, les maladies imprévues, les pannes ou les accidents d’automobile en série, le chômage, le manque d’argent, la mort subite de proches ou d’un animal familier, habituellement le fruit d’un simple hasard, d’une malchance passagère, de la négligence, qui poussent ces gens à aller vers les ‘longanistes’, estimant cela comme un recours pour contrer leurs tribulations. D’autres y vont aussi par méchanceté, vengeance ou jalousie dans le but de nuire à autrui ou même lorsqu’ils pensent avoir attrapé le fameux “move zer”.

Un commerce lucratif
De l’autre côté, la sorcellerie, la magie noire ou même la voyance sont devenus des commerces lucratifs. Ceux qui se font passer pour ces sorciers n’hésitent pas à demander des sommes mirobolantes pour ces services et continuent d’extorquer leurs fidèles sur le long terme sous prétexte qu’ils ont des messages de l’au-delà qui prédisent d’autres malheurs. Cela revient parfois à Rs 50 000 ou plus. Au début, ils disaient avoir besoin de volaille, de cabris ou même de bœufs pour soi-disant faire un sacrifice ou des limon, des noix de coco, des bananes, du ‘camphe’ ou autres choses pour mettre sur des croisés ou sur les grandes croix mais cette époque est révolue. Dorénavant, ils se contentent de demander de l’argent et parait-il que les zéros des billets suffisent.

L’art de l’escroqueries
Au final, le vrai pouvoir qu’ils possèdent se trouve dans l’art de la tromperie et l’outil principal du sorcier, c’est la parole et le verbe. Ces maître-chanteurs par excellence arrivent à convaincre leurs victimes n’importe quoi sous prétexte de leur être bénéfique. Et souvent dans le désespoir, la personne se laisse plus facilement berner et se prête au jeu. D’autres n’hésitent pas à se passer pour des bons samaritains, qui soi-disant communiquent avec les anges pour arnaquer des grosses sommes auprès des gens. Ils accentuent les tensions au lieu de les apaiser. Ils déstabilisent leurs victimes, insistent sur leurs douleurs et exacerbent leur dépendance auprès d’eux.

Depuis bon nombre d’années, cette pratique est illégale à Maurice mais cela ne l’empêche pas de rester très populaire malgré plus secrets. L’échos de ces histoires se font particulièrement après des plaintes pour escroqueries, viols, et parfois même de sordides affaires de meurtres.

Rs 152 000 pour régler ses problèmes de couple
Cela a été le cas d’un dénommé Kishor Jhugroo, soi-disant traiteur. Il avait assuré à sa cliente qu’il pouvait la débarrasser de tous les malheurs qui se sont abattus sur elle avec des prières et des rituels, contre paiement. Cependant, sa cliente s’est rendu compte qu’elle s’était fait berner car sa situation ne s’était pas améliorée. Le présumé sorcier, a ainsi été reconnu coupable par la magistrate Niroshini Ramsoondar, siégeant en cour intermédiaire, d’avoir escroqué la somme de Rs 152 100 à cette quadragénaire en usant des stratagèmes pour lui faire croire qu’il pouvait l’aider.

La plaignante, qui souffrait de problèmes conjugaux depuis 2006 et ne savait plus à quel saint se vouer, avait rencontré l’accusé pour la première fois le 5 juin 2014. Kishor Jhugroo lui avait alors assuré qu’il pourrait lui débarrasser des « mauvais esprits » qui la menacent, par le biais de prières et de rituels, contre paiement. La plaignante lui avait alors fait confiance. La plaignante lui payait Rs 3 500 par semaine et une somme totale de Rs 152 100 avait été engrangée par le présumé sorcier. Ce dernier faisait ses rituels chez lui et dans un cimetière. Il avait indiqué à la plaignante que pour que ses rituels se concrétisent, il avait été amené à sacrifier des animaux.

Trois frères se font arnaquer de 15,2 millions en deux ans.
Deux maisons, trois Nissan Juke, une Toyota Rush, une Suzuki Swift et une moto Pulsar 200cc, c’est ce qu’a pu acheter Christelle Fabiola Thomson avec ses tours de passe. Cette dernière avait trouvé sa poule aux œufs d’or avec trois frères qui se disaient tourmentés par des esprits. Ainsi cette dernière, une habitante de cité La Cure, âgée de 30 ans les a extorqués de 15,2 millions en l’espace de deux ans à partir de 2016. À plusieurs reprises, elle leur a réclamé de grosses sommes d’argent pour des séances de prières jusqu’en 2018.
Elle leur faisait croire qu’elle possédait des pouvoirs surnaturels qui pouvaient les aider à chasser le mauvais sort. Et ensuite, elle a commencé à prétendre que leurs vies étaient en danger mais qu’elle pouvait les protéger contre le mal « Vous allez mourir si vous ne vous protégez pas. Satan cherche à vous détruire » leur faisait-elle croire. Pour cette protection, le compte bancaire d’un des frères est passé de Rs 1,7 million à Rs 7 000. Et il a même dû contracter un emprunt auprès de la Civil Service Mutual Aid Association afin de payer Chrystelle. En tout, les trois frères allèguent avoir remis Rs 15, 4 millions au total à l’arnaqueuse.

Souvent des pervers
L’intimité des femmes est aussi souvent victime de ces pseudo-sorciers qui n’hésitent pas à les utiliser pour assouvir leurs besoins sexuels. Cela en prétendant de les libérer des esprits maléfiques qui les habitent. Ils profitent ainsi de la faiblesse de ces personnes pour les forcer à avoir des relations sexuelles après les avoir dupés, leur promettant qu’elles pourraient alors enfin concevoir un enfant.
En 2010, une adolescente de 16 ans a accusé un présumé sorcier d’abus sexuels répétés sur sa personne. L’homme en question, âgé de 55 ans, se trouve être l’ex-concubin de sa sœur, qui s’adonnerait aussi, selon elle, à la sorcellerie. Selon les dires de l’adolescente, son présumé agresseur lui aurait fait croire qu’il devait avoir « un contact physique pour lui enlever un mauvais esprit ». Il aurait ainsi profité d’elle à deux reprises dans un bungalow qu’il louait à Albion, une troisième fois dans un autre bungalow de la localité et une quatrième fois dans un bois à l’arrière d’un hypermarché.

La jeune fille a en outre, expliqué aux policiers qu’elle a gardé le silence pendant deux ans. Elle a toutefois expliqué que c’est sur les conseils de son actuel petit ami qu’elle s’est confiée à sa future belle-mère, qui lui a conseillée de porter plainte.

Dans un autre cas, un trentenaire qui s’est fait passer pour un présumé sorcier, a conseillé à une jeune enseignante, de coucher avec lui pour la purifier. «Il m’a dit qu’il mélangeait son sperme au nectar qu’il me fera boire pour purifier mon corps », explique cette dernière.

Meurtre sur fond de sorcelleries
Les rituels des sorciers deviennent aussi parfois macabres et barbares. Nombreux sont les cas de meurtres sur fond d’accusation de sorcellerie. Car comme la sorcellerie est une grande arnaque et que les sacrifices des animaux n’apportent aucun résultat, certains sorciers matricés par leurs propres imaginations passent parfois au stade de sacrifices humains et deviennent inconsciemment des tueurs à gages. Quand ils font quelque chose de mal, ils préfèrent aller jusqu’au bout et cette fuite en avant est génératrice d’excès.
On se souvient du meurtre à Lallmatie quand le corps de Jairaj Jeea, 25 ans, a été retrouvé six pieds sous terre dans la cour de Shyam Sooknauth, à Cité-Perdue, Lallmatie. Durant son interrogatoire, Shyam Sooknauth, 30 ans, le principal suspect, a indiqué qu’il aurait décapité Jairaj Jeea et qu’il aurait transpercé sa langue avec une aiguille pour que l’âme de ce dernier ne révèle pas l’identité de son agresseur après sa mort. Toutefois, l’argent y serait aussi pour quelque chose.

« Mo madam inn dir mois si mo oule vinn riss, pou bizin verse disan humain »
En 2007, Jean Clifford Pitchee et sa concubine Ludmila Nunkoo ont été arrêtés pour le meurtre de Sumangal Jalim, qu’ils auraient égorgé et brûlé lors d’une séance de magie noire. Le premier mentionné raconte qu’il a tranché la gorge de la victime suivant le plan diabolique de sa maîtresse. «Li ti dir mwa ki linn reve ki si mo oule vinn riss, pou bizin verse disan humain», a déclaré le présumé meurtrier.

C’est Ludmila Nunkoo, qui, dit-il, aurait choisi Sumangal Jalim, qui s’avère être son ancien amant, pour ce «sacrifice». Elle aurait alors attiré la victime chez elle, à Rose-Belle, tout en lui faisant croire que son concubin serait absent de la maison. Loin de se douter de ce qui l’attendait, Sumangal Jalim se rend au-rendez-vous. Profitant d’un moment d’inattention, Jean Clifford Pitchee se serait alors jeté sur la victime avant de l’égorger. Il aurait ensuite rempli une chopine de son sang…

Les deux amants se seraient ensuite rendus au cimetière d’Union Park, où ils se sont arrêtés près de la grande croix pour «prier». De retour à Rose-Belle, ils auraient utilisé de l’eau de javel pour effacer les traces de leur crime. Avant de brûler le corps de la victime dans l’arrière-cour. Les ossements et les cendres ont été balancés dans la rivière Madame Lolo, située à proximité.

Le meurtre de Bassin Cahin, à Gros-Cailloux
Le 24 février 2014, le corps découpé en morceaux de Mantee Murchoyea, une femme de 55 ans, a été découvert dans le Bassin Cahin, à Gros-Cailloux. Selon l’enquête, Mardaye Kalinghee, une habitante de Chebel, alors âgée 80 ans, aurait réçu un travail pour tuer cette femme car elle entretenait une relation extra-conjugale avec l’époux de la commanditaire. Ainsi celle connue comme Ayama, avec l’aide de quelques proches auraient kidnappé la victime et l’ont soumise à des rituels au kalimaye de Chebel. Puis, ils l’ont emmenée dans un champ de cannes à Plaine-des-Papayes où ils l’ont découpée avec une scie. Et ils se sont débarrassés du corps à Petite-Rivière, en différentes parties, pour brouiller les pistes…

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