CAMAVINGA, L’ATOUT CŒUR…

by | Sep 4, 2020 | Sports

Convoqué chez les Bleus pour la première fois à 17 ans, le milieu du Stade rennais n’a peur de rien et sirote la pression. Comme si cette arrivée chez les grands n’était qu’une étape de plus dans un destin pré-tracé.
Plus bluffant, tu meurs. Mardi, un ado de dix-sept ans s’est retrouvé avec un micro sous le nez en marge de sa première sélection chez les Bleus. Là où certains habitués avaient voulu cajoler un Jonathan Ikoné pétrifié dans cet exercice l’an passé, Eduardo Camavinga, lui, a pris la chose comme son destin : par les cornes et avec un sourire insouciant. Une surprise ? Rien de tout ça : tôt ou tard, l’histoire du phénomène, dont la carrière démarre à l’allure d’un hors-bord, devait prendre des teintes bleues. Interrogé samedi, à la sortie d’un nouveau coup de génie de son danseur face à Montpellier, Julien Stéphan, l’entraîneur du Stade rennais, s’interrogeait quand même : « C’est tôt, mais est-ce que c’est trop tôt ? J’avais dit la même chose quand il avait débuté à seize ans et demi en Ligue 1. On ne le sait que quand on met les joueurs en situation. »

Camavinga, le sens de la fête
Au moment de l’accueillir, Didier Deschamps n’a pas dit autre chose : « Malgré son âge, il est mature et en pleine confiance. Il arrive et il a le potentiel pour faire partie intégrante de cette équipe de France. Son week-end le résume bien : il a des qualités techniques, il est délié, son but est magnifique… Ses deux-trois feintes de corps qu’il réalise sans toucher au ballon montrent son aisance. Si en plus il est décisif, tant mieux. Il est là comme les autres et il aura du temps de jeu. » Tout à son plaisir, Camavinga a alors saisi son arrivée chez les grands pour rassembler les indices. Son niveau de performance ? « Plus j’ai enchaîné les matchs, plus je suis devenu compétiteur. Au départ, je n’étais pas plus défensif que ça… Mais j’ai pris goût à défendre et à aider mon équipe. » Le risque de voir sa tête gonfler ? « Je sais d’où je viens, et si je fais n’importe quoi, mes parents vont vite me le rappeler. » Son but contre Montpellier ? « Je pense qu’être sélectionné a aussi joué… Sur le moment, j’étais un petit peu fou. J’ai même célébré comme un dingue, alors qu’il n’y avait personne. » Et ses modèles, alors ? Paul Pogba, d’abord, dont il a pris la grande chambre à Clairefontaine, et Kylian Mbappé, bien sûr, cette « source d’inspiration » qui a « mis la barre très haut » pour les nouveaux invités. Ce gosse connaît les codes, tout est soigneusement rangé : tout ça n’est donc qu’une nouvelle étape.
« Les couilles pour conquérir le monde »
Dans un silence, il s’est alors mis debout sur une chaise mardi soir, entre son « grand frère » , Steven Nzonzi, et l’autre nouveau de la troupe, Dayot Upamecano, 21 ans, un CV déjà long comme le bras et dont le rêve était de « venir manger le petit déjeuner et de regarder le château » . Là, sous le regard des anciens, Camavinga s’est alors mis à chanter Outro de Ninho et a donc lâché face à un Mbappé amusé : « J’ai les couilles pour conquérir le monde. J’me bagarre pour que nos vies soient meilleures. Qu’elles s’améliorent, qu’on ait des lingots d’or. C’est soit tu adhères, soit tu adhères. » L’ado n’a peur de rien et n’a pas peur de le dire : il était préparé pour ce monde et ne concède « aucune pression » , si ce n’est probablement celle que le monde extérieur met déjà sur ses épaules. En réussissant à convaincre la cour du football français en quelques mois à peine, Eduardo Camavinga, animal à la conduite de balle noble que l’on peut déjà ranger dans la case des milieux multifonctions (il sait récupérer, orienter, dribbler, se projeter, finir), s’est collé une étiquette pour la vie sur le front. Être un espoir, c’est devoir assumer, au risque de se faire attraper par le colbac : ce milieu est cruel.
Mi-tarantule, mi-bulldozer
Talent rare, Camavinga est un nouvel atout dans la manche de Didier Deschamps, même si le milieu breton sait qu’il va devoir soigner ses stats offensives et qu’il lui reste encore « beaucoup de choses à apprendre » . Désormais installé dans un milieu à trois à Rennes, celui qui a eu son bac l’été dernier a su rapidement y exprimer sa lecture du jeu, son flair des espaces et prendre les clés de la machine aux côtés de Steven Nzonzi. À un âge où l’on teste habituellement ses limites, lui range, ordonne, distribue, assume, mais cette convocation chez les Bleus doit nous aider à y voir plus clair : qui est vraiment ce prince ? Un bulldozer technique qui se plaît à rouler sur les murs adverses ? Une tarentule chargée de tisser sa toile dans l’entrejeu tricolore ? Un peu des deux, ce qui va l’obliger à peser davantage dans les trente derniers mètres adverses (deux buts et trois passes décisives en quarante-cinq matchs toutes compétitions confondues).

Laissez Camavinga tranquille !
Que peut-il alors apporter à cette équipe de France ? Un plan B lorsque Paul Pogba boite et une carte brillante lorsque le Mancunien est là : un milieu à trois Pogba-Kanté-Camavinga n’est pas synonyme de cauchemar, bien au contraire. Dans l’idée d’un 3-4-1-2, il pourrait aussi aider Deschamps à tenir l’équilibre tout en venant mettre le boxon dans les interlignes aux côtés d’Antoine Griezmann. Ce qu’on sait, c’est que le sélectionneur tient probablement entre ses doigts un morceau du futur jeu des Bleus et un pion essentiel du projet qui sera celui de l’équipe de France au Mondial 2022. Pour le moment, Eduardo Camavinga y pense seulement intérieurement et préfère parler comme un jeune de son âge : « Le plus important, c’est de faire un bon stage. » On attend le rapport.

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