Naufrage du Wakashio sur nos côtes: Le navire s’en sort qu’avec une note salée…

by | Aug 3, 2020 | Actualités, Opinion, Société

Depuis dimanche dernier, plusieurs regards étaient braqués sur le lagon de Pointe-d’Esny où le vraquier Wakashio, avec dans sa cale 3 800 tonnes d’huile lourde, s’est échoué sur le récif. Cette situation n’a pas manqué de créer une panique du côté des autorités locales mais surtout parmi les écologistes qui n’ont pas hésités à exprimer leurs inquiétudes. Les dégâts auxquels on était exposé, ne concernaient pas uniquement Pointe-d’Esny mais également le parc marin de Blue-Bay, un site Ramsar déjà en situation critique.
Dans l’optique, il fait éviter tout risque d’être confronté à une marée noire, les autorités ont dû mettre les bouchés doubles pour installer dès dimanche, un premier barrage antipollution. Une opération qui était assurée par les membres de la National Coast Guard (NCG). Ces derniers ont procédé ainsi à la mise en place de ces barrières à proximité de l’île aux Aigrettes. Par ailleurs, un périmètre de sécurité d’environ 1 kilomètre a été établi dans les lagons de Blue-Bay et de Pointe D’Esny afin de décourager les plaisanciers de se rendre près du navire Wakashio.
Pendant ce temps, le NCG est resté en contact permanent avec le capitaine du navire pour s’assurer qu’il n’y a aucune fuite d’hydrocarbures. Des cellules de contacts ont aussi été établies avec l’armateur et l’assureur du vraquier afin de déterminer la procédure à mettre en œuvre pour enlever le cagot de cette posture délicate, tout en préservant la barrière de corail de la pointe d’Esny. Cela, car certains experts se sont montrés fermes au fait que le Wakashio devait être extrait de la barrière le plus vite possible au risque d’une complication de la situation.

Un naufrage qui laisse perplexe
Il est 19 h30, le samedi 18 juillet quand les garde-côtes de l’île Maurice reçoivent les premiers appels de détresse du Wakashio. Ce dernier s’était déjà échoué sur un récif au large de Maurice et cela malgré les avertissements des garde-côtes locaux. En effet, la garde côtière avait tenté de contacter le capitaine du navire pour lui signaler que son acheminement paraissait dangereux, car le navire se déplaçait trop près du rivage. Mais lorsque le contacte a été établie avec le capitaine, ce dernier a insisté sur le fait que l’itinéraire prévu était sûr et innocent. Quelques minutes plus tard, cependant, le navire a appelé les autorités locales par radio pour dire que le navire s’était échoué sur un récif.

Le navire battant pavillon panaméen avait 3 894 tonnes de mazout à faible teneur en soufre, 207 tonnes de diesel, 90 tonnes métriques d’huile lubrifiante à bord, mais il roulait à vide sous ballast. Le vraquier appartenant à Nagashiki Shipping du Japon, se dirigeait de la Chine vers le Brésil après une escale à Singapour lorsque l’accident s’est produit. Jusqu’à présent, il n’y a aucun rapport de fuite d’huile du navire. Il n’y a eu également aucun rapport de pannes mécaniques ou de violentes tempêtes. D’ailleurs, plusieurs zones d’ombre entour ce naufrage. Les enquêteurs tentent toujours d’établir les circonstances qui a pu causer cette situation peu commune à travers une enquête.

Les autorités locales à pied d’œuvre

Dès que l’alerte a été donnée, le ministre de l’environnement, Kavi Ramano a activé en urgence le National Oil Spill Plan. A partir de 5 heures du matin, le dimanche 26 juillet, la garde côtière nationale et la Spéciale Mobile Force (SMF) de la police mauricienne se sont mobilisées sur place avec des matériels de combat contre les déversements d’hydrocarbures. Un poste de commandement a été installé au NCG de Blue Bay.

Le directeur de la navigation a convoqué une réunion urgente dans la matinée du 26 juillet à 8 h pour examiner les questions de sauvetage. Le directeur de l’environnement a convoqué une première réunion de la National Oil Comitee en cas de déversement le dimanche 26 juillet à 9 h. Le Laboratoire National en collaboration avec le ministère de l’économie bleue, les ressources marines, la pêche et la navigation ont aussi procédé à l’échantillonnage et l’analyse des échantillons d’eau de mer.

Compte tenu de la proximité du naufrage au parc marin de Blue Bay, le directeur de l’environnement en consultation avec le ministère de l’économie bleue, des ressources marines, de la pêche et le NCG, a opté pour le déploiement d’environ 190 m de rampe. Le ministère de l’environnement a aussi publié un communiqué le dimanche 26 juillet pour informer le public et les utilisateurs de la plage de faire preuve de précaution dans les lagons de Blue Bay et Pointe d’Esny et ses environs.

Pas de déversement d’hydrocarbures

Le laboratoire national de l’environnement a recueilli des échantillons d’eau de mer pour effectuer des tests afin de vérifier la présence de toute huile et graisse et total hydrocarbure. Les résultats des tests ont confirmé qu’il n’y avait pas d’huile et de graisse et les hydrocarbures totaux détectés dans les échantillons prélevés.

Des traces d’hydrocarbures ont été signalées sur des algues sur un tronçon d’environ 300 m. Une légère odeur d’hydrocarbure y était aussi discernée. À la suite d’une enquête menée par le NCG, il a été signalé qu’elle pouvait provenir de la salle des machines mais aucune autre fuite n’a été observée. Un nettoyage du rivage a été effectué par la SMF le 27 juillet à 21 h sous la supervision du ministère de l’environnement.
Le mauvais temps présente un risque

Rien n’était toutefois gagné, car d’après certains experts, le Wakashio ne devait pas rester sur le récit plus longtemps. Et selon eux, l’opération pour le retirer sur ces bancs de corail devait intervenir avant l’arrivée d’un nouveau train de houle. Un front froid a été annoncé pour la fin de cette semaine. Celui-ci concerné la côte Sud-Est en début de cette semaine. Le risque de couler été exclu mais si les déferlantes sont aussi importantes que lors des précédents fronts de ce mois de juillet 2020, la situation aller se compliquer.

Le protocole ordinaire
Cette opération n’était pas gagnée d’avance car avant d’entériner toute action, les autorités devaient s’assurer de suivre le protocole établi par les lois internationales. Toutes les autorités locales doivent être en étroite relation avec le propriétaire du navire, pour décider de la marche à suivre. Un expert est envoyé et c’est après constats et observations, que les décisions sont prises. Ensuite la première chose à faire, après avoir obtenu l’aval, est de pomper le carburant et ensuite de remorquer le navire.

Le Wakashio a eu la chance d’avoir ressorti indemne mais s’il y avait des fissures, il aurait fallu souder la coque sous l’eau afin d’empêcher celle-ci de pénétrer la cale. Le navire pourrait ensuite partir dans une grosse cale sèche à Durban pour des réparations complètes. Certains navires peuvent tout aussi bien finir leurs carrières comme récif artificiel, si les dégâts sont trop conséquents.
Les dépenses
Un membre de la National Disaster Risk Reduction and Management Centre (NDRRMC) nous a affirmés que dans ce cas précis, plusieurs centaines de mètre de boum ont été installé ainsi que 100 mètres de Bouet. Mais aussi, des hélicoptères a assuré une surveillance h24 du navire. Les gardes cotes étaient aussi à pied d’œuvre, tout comme plusieurs membres de la force policière. Des experts ont aussi étudié l’eau pour savoir si elle est affectée ou pas. Le propriétaire devra ainsi payer la note pour tous les dépenses de ces opérations.

L’on relève notamment les frais de carburants (hélicoptères/vedettes/véhicules), l’utilisation des hélicoptères, la mobilisation des remorqueurs et du personnel (policiers/spécialistes de l’environnement), l’utilisation des équipements pour empêcher la diffusion du fioul, le pompage du carburant et le nettoyage de la plage, si cela est nécessaire. A savoir que d’énormes sommes sont en jeu en termes de dommages. Et il reviendra au gouvernement mauricien d’envoyer sa facture à la compagnie japonaise.

À titre d’exemple, la justice française avait sommé une compagnie pétrolière et l’armateur d’Erika de payer 200,6 millions d’euros de dommages et intérêts au gouvernement, aux associations écologiques et aux collectivités locales après que le pétrolier avait sombré au large de la France en 1999.

Le remorquage
Ce mercredi 29 juillet, un remorqueur venu de l’Afrique du Sud était attendu à Maurice. Un deuxième remorqueur avec un équipement d’intervention en cas de déversement d’hydrocarbures et une équipe de 10 personnes a aussi quitté Singapour dans la nuit du 27 juillet pour l’île de la Réunion où 6 sauveteurs supplémentaires devaient prendre place avant de se rendre sur le site de l’épave. De plus, un remorqueur supplémentaire serait en attente si nécessaire.
Les tarifs dépendent des moyens et du type de bateau engagé mais aussi de la taille du bateau remorqué. La distance, l’urgence, le temps et la complexité du remorquage sont aussi calculés. Toutefois presque tous les bateaux doivent être couverts et il reviendra ainsi aux assurances de décaisser les sommes nécessaires. Mais tout comme les assurances normales, plusieurs éléments entrent en jeu comme le motif du naufrage, le lieu où se trouvait le bateau, etc.

Le MV Benita
La zone se trouve sur une voie de navigation principale dans l’océan Indien et a été le siège d’un certain nombre d’accidents antérieurs. L’on se souvient du MV Benita, le pétrolier libérien, qui s’est échoué au Bouchon, il y a quatre ans, soit en 2016 et plus précisément le vendredi 17 juin. Entre le pompage de sa cargaison d’huile lourde, le déversement d’une eau contaminée, la fuite de fioul, le nettoyage, les tentatives de renflouage, il y a un véritable feuilleton à rebondissements en particulier pour les habitants de la région.
Le MV Bénita était resté bloqué pendant 37 jours sur les récifs mauriciens avant d’être remorqué par le Coral Sea Fos et le Lonian Sea Fos, pour son dernier voyage jusqu’au cimetière de navires d’Alang, au Gujerat en Inde. Sa structure était trop endommagée et les dégâts étaient considérés comme étant trop conséquents. Mais sur sa route, le vraquier libérien n’a pas tenu bon. Le navire a sombré à 93,5 milles nautiques de Maurice et à une profondeur de 4 400 mètres. Personne ne se trouvait à bord à ce moment.

L’état mauricien avait réclamé 110 millions
Le passage de MV Benita avait causé de nombreux dégâts à l’environnement marin au Bouchon et a aussi mobilisé le personnel de plusieurs ministères, dont l’économie océanique et l’Environnement. Parmi les dépenses, selon les informations disponibles, on compte les services du Police Helicopter Squadron qui se chiffrent à Rs 8,5 millions. Les équipements et la logistique de la National Coast Guard ont coûté Rs 1,2 million. Les 300 mètres de bouées dans le lagon sont estimés à Rs 2 millions. Les dépenses des départements Fisheries et Shipping s’élèvent, elles, à Rs 92 000 et Rs 340 000, respectivement.
Remboursement total de Rs 438 millions
Le London P&I Club, l’assureur du MV Benita devait rembourser un total de Rs 438 millions à la compagnie grecque Five Oceans Salvage (FOS) et à l’État mauricien. Ce montant inclut toutes les réclamations faites depuis que le MV Benita s’est drossé sur les rochers du Bouchon, le 17 juin 2016.

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