Lewis Dick (maître sculpteur): Un véritable artiste qui métamorphose le ‘bois’ en œuvre d’art…

by | Aug 25, 2020 | Opinion, Société

Donnez-lui une branche ou un tronc d’arbre et il en fera des merveilles. Lui, c’est Lewis Dick, un habitant de Bambous qui est considéré comme l’un des meilleurs sculpteurs du pays. Il est aussi un artiste autodidacte, car il est à la fois sculpteur, peintre, chanteur et comédien. D’autre part, Lewis Dick se dit être un miraculé car c’est grâce à l’arbre avec lequel il voulait se pendre qu’il est devenu ce qu’il est aujourd’hui, soit un maître sculpteur. Portrait….
Rien ne prédestinait Lewis Dick à une carrière de sculpteur. Son parcours se révèle atypique. En effet, ce natif de Trèfles à Rose-Hill qui réside actuellement à Bambous confie qu’il est tombé dans le monde de la sculpture par pur hasard. Jeune, Lewis confie qu’il travaillait comme aide-maçon jusque dans les années 80 où le pays connut l’une des pires crises économiques de son histoire. « Avec cette crise, il n’y avait pratiquement plus de travail à Maurice. J’ai moi-même perdu mon job d’aide-maçon en raison du contexte économique difficile. A cette même époque, l’Arabie Saoudite recrutait des maçons étrangers. Mais comme je n’avais pas de qualification, je n’ai pas pu me faire inscrire », se désole-t-il.
Lewis voulait mettre fin à ses jours
Malgré sa situation précaire, quelque temps après, Lewis a fait la connaissance de Josiane qui deviendra sa femme. « Lorsque j’ai épousé Josiane, j’étais toujours sans-emploi mais on s’est promis que nous allons lutter contre vents et marées pour survivre », confie-t-il. De cette union, sont nés deux filles en l’occurrence Marie-Guillemète et Marie-Nicole et un garçon qui se prénomme Jacques-Henri. Lewis Dick nous raconte une petite anecdote : « Je me souviens encore de la fête de Noel de 1978 où je n’avais pratiquement rien pour offrir à mes deux filles comme cadeau. Assis sous un arbre, en train de pleurer, je pensais au suicide. Que faire d’autres, quand on n’a même pas de quoi pour offrir un repas à sa famille ? », raconte Lewis, la voix encore nouée par l’émotion, plus de 42 ans après.
L’histoire de la poupée en bois
Lewis lève alors la tête pour trouver une branche à laquelle se pendre. En l’observant bien, il lui trouve une forme humaine : deux petites mains, deux pieds et un petit tronc. Du coup, l’idée de se suicider s’évanouit. Brusquement, il se lève pour tenter d’arracher cette branche. Après quelques difficultés, il y parvient et seulement muni d’une pierre et d’un tournevis, il commence à sculpter une poupée. Les émotions et la motivation retrouvée l’encouragent à façonner une poupée splendide. C’était sa première réalisation en bois. « Lorsque j’avais complété la confection de la poupée en bois, je l’avais déposé au pied du lit de mes deux filles. Au réveil, elles étaient très contentes et excitées en recevant ce cadeau. Pour moi, ce n’était qu’un morceau de bois avec des formes mais pas pour mes deux filles », confie l’habitant de Bambous.
D’emblée, Lewis confie que la poupée en bois qu’il avait offert à ses deux filles avait également créé la jalousie d’une de ses nièces. Cette dernière qui était un peu plus grande a tenté d’arracher la poupée avec les filles de Lewis. « Mes filles ont résisté jusqu’à ce que la poupée atterrisse dans la rue. Cette scène avait même attiré le regard d’un passant qui s’est même interposé pour séparer les fillettes. Le passant avait également saisi la poupée en bois et avait demandé aux filles s’il pourrait rencontrer le propriétaire de cette sculpture pour qu’il puisse la remettre en personne », dit-il.
« Lorsque le passant est venu me rencontrer, il m’a demandé de ne pas laisser les enfants de jouer avec un objet de valeur. Il m’a également proposé de lui vendre cette fameuse poupée en bois », indique Lewis. Ce dernier précise qu’il avait proposé la somme de Rs 4000 à ce monsieur, qui était de passage à Maurice. Au grand étonnement de Lewis, son premier client accepte un tel prix sur-le-champ, une somme considérée énorme à l’époque. À peine, l’affaire conclue, Lewis et Josiane partent en bus à Rose-Hill, pour acheter du lait et de la nourriture qu’ils utiliseront pour plusieurs mois. Avec le reste de l’argent Lewis fera l’acquisition d’un lopin de terre, à Bambous.
Ses débuts
C’est en avril 1984 que Lewis Dick participe à sa première exposition de sculpture, au profit du club de foot de Beau-Bassin, à la municipalité de Beau-Bassin/ Rose-Hill. Par la suite, le sculpteur affirme avoir eu la chance d’exposer ses sculptures dans l’une des prestigieuses galeries d’art du pays soit la galerie Max Boullé qui se situe à Rose-Hill. « Je serais éternellement reconnaissant envers Jean-Claude de L’Estrac, alors maire de Beau-Bassin et Shirin Aumeeruddy-Cziffra, de m’avoir donné la chance d’exposer mes œuvres aux galeries d’art Max Boullé. Cette exposition m’a rapporté une certaine reconnaissance et j’ai pu récolter plus de Rs 20,000 pour les jeunes footballeurs de la région, une somme considérée énorme à l’époque », dit-il.
Les années passèrent et Lewis continua son petit bonhomme de chemin. En 1993, il quittera Rose-Hill pour Bambous, où il va s’installer définitivement. Ici également, il fut approché par une équipe de foot de la région afin de leur venir en aide en vue de récolter de l’argent pour l’achat des matériels et autres équipements sportifs pour ses joueurs. Comme le sculpteur est un homme qui a la main sur le coeur, il n’a pas refusé. « Cette expo vente a été un réel succès et a attiré plus de 3000 visiteurs. J’ai eu plusieurs commandes de sculpture », relate-t-il. Le destin allait prendre une toute autre tournure ce jour-là. En effet, un journaliste suisse était lui aussi venu assister à l’expovente et avait pris des photos. Quelques jours plus tard, Lewis, son fils et deux autres sculpteurs dont les œuvres y étaient exposés, ont reçu l’invitation de partir en Suisse. Depuis, les invitations ont commencé à pleuvoir des quatre coins du monde.
Actuellement, âgé de 67 ans, Lewis peut être fier de son parcours si riche. Il a participé à des innombrables compétitions ou symposium sur la sculpture dans plusieurs pays du monde notamment la Suisse, l’Australie, les États-Unis, la France, Hawaii, la Chine, la Thaïlande, le Sénégal, entre autres. Sa dernière participation au niveau internationale remonte à décembre 2019. Il avait participé à la “World Wood Day'” en Chine. «À chaque exposition internationale, j’ai appris de nouvelles choses et des nouvelles techniques. Je suis fier que grâce à ces expositions, j’ai pu faire découvrir la culture mauricienne et son histoire aux gens de plusieurs pays », poursuit-il.
École de sculpture de Bambous
Fort de son expérience et passionné par cet art, Lewis n’oublie pas son enfance difficile. « Je suis né un 29 février. Ma mère décède après l’accouchement. J’ai souvent été victime de railleries durant mon enfance et pris pour un enfant lunatique. » Conscient qu’il y a bon nombre d’enfants qui se sentent rejetés, il souhaite leur donner la chance de rêver ou d’aspirer à un meilleur avenir. C’est dans cette optique qu’il décide en 2002 d’ouvrir une école de sculpture à Bambous. « À ce jour, ils sont plus de 10 000 jeunes et moins jeunes qui ont été formés à l’école de Sculpture de Bambous. Aujourd’hui, beaucoup de nos anciens élèves gagnent leur vie dans ce domaine tant à Maurice comme à l’étranger », dit-il fièrement. Le bois, les rochers, le ciment, la glace, toutes les matières sont exploitées dans cette école.
Depuis quelque temps déjà, Lewis a légué la responsabilité de l’école de Sculpture de Bambous à son fils Jacques-Henri Dick. « Détrompez-vous, ce n’est pas un deal papa-piti. Tout comme en politique, je trouve cela logique qu’un fils suit les traces de son père. Prenons l’exemple de SAJ, c’est tout à fait logique que son fils qui est l’actuel Premier ministre suit les traces de son père. Un père ne veut que le bien de son fils. Je suis fier que mon fils Jacques-Henri pratique le même métier que moi », renchérit-il. Parallèlement, Lewis confie qu’un de ses deux gendres en l’occurrence Dario Émilien s’est également initié à la sculpture et avait même reçu une distinction lors de la World Wood Day en Chine l’année dernière.
Un artiste autodidacte
Dans le monde de Lewis Dick, la sculpture rime aussi avec la musique et la comédie. En effet, il y a quelques années de cela, il avait sorti un single dont le nom est “danse with me”. « J’ai aussi participé à plusieurs spectacles et pièces de théâtre. Un des spectacles qui m’a vraiment marqué au cours de ma vie était un spectacle organisé par le Mahatma Gandhi Cultural Circle dans les années 80 où j’ai incarné le rôle de Gandhi. Cette pièce a été jouée pendant plus d’un mois », dit-il.
Remerciements
Le maître sculpteur tient à remercier tous ceux et celles qui l’ont aidé d’une manière ou d’une autre dans sa carrière. Il tient à remercier le ministère des arts et du Patrimoine Culturel qui, dit-il, a tout le temps cru en ses capacités et ses compétences et a toujours accepté de financer ses billets de même que ceux de ses poulains lors de leurs déplacements à l’étranger. Il remercie également la MBC, les autres titres de presse dont Le Xournal pour leurs différentes couvertures. Ses remerciements s’adressent également aux membres du groupe Force Vive de Bambous ainsi qu’au Président de village de cette localité en l’occurrence John Anseline qui, selon lui, fait un travail remarquable dans la région.
Rêve et projet
Comme projet, Lewis envisage d’acheter un lopin de terre afin de construire une plus grande école d’art et de sculpture à Bambous car l’actuel est annexé avec sa maison. « Nous avons une forte demande des jeunes qui souhaitent être initiés à la sculpture. C’est pour cette raison que j’envisage de construire une école plus spacieuse afin d’accommoder un plus grand nombre d’élèves », conclut-il.

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