« Il y a des gens, qui pensent, au nom de la liberté d’expression, qu’ils ont le droit d’insulter les autres »…

by | Aug 3, 2020 | Opinion

« C’est dommage que certains se cachent derrière des journalistes- politiciens pour dénigrer le gouvernement et des politiciens honnêtes »
• « L’opposition n’épargne aucun effort pour faire une fausse affaire paraître vrai », déplore-t-il

• « Une dose de ‘restorative justice’ permettra de récompenser les victimes pour les préjudices qu’ils ont subis », affirme-t-il

• « Quand on est dans la politique et avocat, on a ce qu’on appelle « thick skin and broad shoulder », dit-il

Le bouillant homme de loi, Ravi Rutnah, qui a souvent fait parler de lui, surtout lorsqu’il se trouvait au Parlement, traite avec beaucoup de sérieux de nombreux sujets qui dominent l’actualité. Dans une interview, accordée à Le Xournal, notre invité de la semaine ne mâche pas ses mots à l’égard de certains politiciens qui n’épargnent aucun effort pour mener des campagnes de dénigrement, insulter des gens et jeter la boue systématiquement sur le gouvernement et des politiciens et personnes honnêtes. Par ailleurs, l’avocat déclare que la liberté d’expression ne veut pas dire abus d’expression.

Sanjay BIJLOLL
Q : Le conseil des ministres a donné son aval pour une nouvelle législation sur la cybercriminalité. Comment accueillez-vous cette nouvelle ?
R : Cette bonne nouvelle, tant attendue, est enfin arrivée. Cependant, je considère que c’est une honte pour la démocratie, quand on constate qu’il y a des gens, qui pensent, au nom de la liberté d’expression, qu’ils ont le droit d’insulter leurs ‘counter-parts’.
On a souvent remarqué que derrière les insultes et des campagnes de dénigrement systématique, se cachent des adversaires politiques ou des journalistes-politiciens, qui n’ont pas le culot d’affronter des élections générales. Ils utilisent leurs plumes et les médias électroniques pour mener des campagnes de dénigrement contre des adversaires.
Il y a aussi des criminels en affaires qui utilisent des plateformes électroniques pour commettre des fraudes fiscales et des actes de blanchiment d’argent.
Q : Les réseaux sociaux qui devaient à l’origine être des outils de partages sont devenus des instruments de calomnie, de diffamation et de menaces. Comment peut-on mettre un frein à cela ?
R : Depuis que notre pays a accédé à l’indépendance, on a souvent tendance à dire qu’il faut endurcir les lois. Comme-ci, c’est notre culture chez nous. Or, il est dommage qu’on n’ait pas fait des études approfondies sur la cause de la détérioration sociale et culturelle dans le pays.
Il est très important pour les parents d’éduquer leurs enfants à la maison au lieu de les laisser dans une classe et attendent que les enseignants inculquent les valeurs culturelles, religieuses et traditionnelles à leurs enfants.
Avec les développements électroniques, il est normal que l’enfant de ce siècle s’intéresse de plus en plus avec la technologie. Cela est devenu un ‘trend’ normal.
Cependant, je dirais que les parents doivent non seulement surveiller que leurs enfants respectent les autres au fur et à mesure qu’ils grandissent, mais aussi de leur faire savoir que des propos diffamatoires et menaces sont punis par les lois. Ils doivent assumer leurs parts de responsabilités, ce qui, dans le futur, ne permettra pas d’avoir des adversaires politiques et journalistes-politiciens qui, souvent, sèment la terreur sur les réseaux sociaux contre leurs adversaires politiques par le biais de leurs agents.
Q : Sans compter les sites web anonymes où l’on ne connaît ni le propriétaire, ni l’auteur des articles diffamatoires à l’égard de personnalités publiques. Vos commentaires…
R : Selon moi, c’est le devoir de la police de trouver le « IP Address » de ceux qui sont en train d’opérer dans l’anonymat pour satisfaire leur désir personnel, dont le but est d’insulter et causer des préjudices et traumas psychologiques à leurs victimes.
Q : Il y a aussi le montage des photos, les trucages, la juxtaposition des voix pour faire croire le contraire de ce qui était dit. Comment est-ce que la nouvelle loi doit répondre à ces réalités ?
R : Premièrement, la loi doit définir des paramètres dans lesquels ça va appliquer et de créer des offenses sans avoir des complications légales et techniques dans une langue simple pour qu’en Cour on peut interpréter la loi dans une façon que ça va refléter la réalité de l’idéologie même de passer une telle loi.
Dans la loi, il faut ajouter un élément de frayeur contre ceux qui pensent qu’ils ont le champ libre de faire quoi ce soit avec une photo d’un autre individu.
Q : Certains internautes se plaignent des récentes arrestations et affirment que cela ne va qu’amplifier le nombre de ‘fake profiles’. Partagez-vous cet avis ?
R : Il y a déjà beaucoup de ‘fake profiles’. Je dirais qu’il faut agir contre des gens, qui cachent derrière ces faux ‘profiles’ pour attaquer d’autres personnes. La loi doit éclaircir les conséquences/punitions qui vont être infligées sur une personne qui utilise un faux ‘profile’pour nuire la réputation des familles. La loi doit prévoir que les responsables des sitess de web et des pages sociaux sont aussi punis pour laisser des personnes avoir des ‘fake profile’
Q : D’autres disent que c’est une entrave à la liberté d’expression et qu’il ne faut pas trop légiférer… Que dites-vous ?
R : La liberté d’expression ne veut pas dire abus d’expression. On a déjà, les lois contre des insultes et propos diffamatoires criminels qui datent depuis des années.
Mais maintenant ces lois doivent être revues et redynamisées par des nouvelles lois telles le Cybercrime Act parce que valeur du jour les insultes ne fassent pas de personne à personne mais de l’ordinateur à l’ordinateur et ce par des gens mal intentionnés.
D’ailleurs, d’après la Constitution de Maurice et de toutes conventions internationales, le droit d’expression n’est pas un droit absolu. La section 12 de notre Constitution est clair là-dessus.
Q : A la radio samedi matin, vous avez insisté sur le principe de « restorative justice » pour compenser les victimes. Pouvez- vous nous en dire plus ?
R : Dans de nombreux pays avancés, le principe de ‘restorative justice’ est un des éléments modernes dans le ‘Criminal Justice System’. Le but est de faire la personne qui abuse la liberté des autres de le faire récompenser en termes monétaire. Cet élément va décourager les mercenaires d’attaquer les internautes.
Selon une dose de ‘restorative justice’ cela récompensera aussi les victimes pour les préjudices qu’ils ont subis. Cette loi devrait avoir une clause qui permettra au juge et magistrat de faire une ordre de la Cour pour que les Cours, après avoir entendu une affaire peuvent émettre un ordre en ce sens.
Q : A Maurice, il n’y a pas eu de peine lourde pour les procès en diffamation. N’est-ce pas cela qui encourage cette culture d’impunité ?
R : Normalement, c’est très rare à Maurice que la police poursuit pour diffamation criminelle. C’est pour cette raison que beaucoup de gens qui estiment que les lois ne sont pas assez sévères et il permet de diffamer des gens à tort et à travers.
Les journalistes-politiciens savent très bien qu’il coûte beaucoup cher pour aller en cour Suprême pour entamer des actions légales en civil contre eux.
Q : Vous-même et votre épouse, une avocate de surcroît, ont beaucoup souffert des attaques sans aucun fondement de vos détracteurs…Est-ce que la blessure s’est cicatrisée ?
R : Quand on est dans la politique et avocat, on a ce qu’on appelle « thick skin and broad shoulder ». C’est dommage que ma famille et moi, ont subi beaucoup d’attaques et insultes.
C’est chagrinant que des imbéciles et des journalistes-politiciens ont attaqué mon épouse qui n’était pas dans la politique. Elle est très courageuse et comme vous dites elle est aussi avocate. Mais pour nous la vie continue de plus belle.
Q : Vous avez également évoqué la situation difficile au niveau de la Bail and Remand Court…
R : Il y a un gros problème en ce qui concerne le ‘law & order’ dans le pays et avec les ‘enforcement agencies’ et la Cour de justice à Maurice. Un des soucis en ce moment qui est grave se trouve dans le système de « Bail and Remand Court ». Techniquement, le « Bail and Remand Court » est devenu le « Jail and Remand Court ». On a une seule Cour avec des équipements électroniques et caméras, que deux magistrats qui siègent un après l’autre pour écouter une centaine des affaires.
La police a développé une culture de « Remand in Jail « au lieu de « Remand in Police Cell’. Cette pratique est en train de déborder le « Bail and Remand Court parce qu’une fois une personne est « Remand to Jail » les Cours de Districts ne peuvent pas écouter leurs applications pour la remise en liberté conditionnelle ou sans condition.
Le système, tel quel est, serait en train de traiter les magistrats et support officers’ comme des esclaves modernes. Ce n’est pas possible de traiter les travailleurs de ce pays d’une telle façon. Il y a un grave abus des droits humains et du système de « Provisional Charge ».
Q : Deux ans après la commission d’enquête sur la Drogue, nous ne sommes toujours pas sortis de l’auberge en ce qui concerne ce fléau. Quelle est votre opinion ?
R : C’est parce que les trafiquants de drogue sont en train d’utiliser tous les moyens possibles pour faire entrer de la drogue à Maurice. Nos ‘borders’ ne sont pas surveillés suffisamment et il y a toujours cette impression qu’on a des officiers corrompus qui sont mêlés dans le trafic de drogue et dans d’autres actes illégaux.
Par exemple, récemment une chef d’inspectrice de l’ADSU (Port-Louis) serait mêlée dans une affaire de Rs 9 millions à une compagnie de voyages où il y avait des manquements dans les procédures et ‘dairy book’.
Je suis d’avis qu’il faut consolider nos ‘borders’ et réformer la police.
Q : Est-ce que le Parlement vous manque. Politiquement où vous situez- vous en ce moment ?
R : Le Parlement ne me manque pas. D’ailleurs, je ne suis pas perdant quand je ne me retrouve pas au sein de l’Assemblée nationale.
Quand on voit la façon, dont l’opposition d’attaquer le gouvernement par des arguments non fondés en se basant sur leur expérience politicaille, il me semble qu’elle veut souvent faire une affaire fausse paraître vrai avec l’aide de certains journalistes-politiciens.
Lorsque j’étais au parlement, cela ne marchait pas. Je misais toujours sur des arguments bien appuyés en faisant mention aux Hansards ou par des d’autres documents officiels. Il faut bien préparer pour défendre le gouvernement sur des dossiers aussi simples que toute l’affaire est tombée sur l’affaire de Covid-19.
Moi, je ne suis jamais entré au Parlement sans préparation. J’ai toujours œuvré avec beaucoup d’honnêteté et je crois dans la vérité.
Q : Les avocats, avoués et notaires doivent remplir un formulaire et de le soumettre à la Financial Intelligence Unit (FIU). Qu’en pensez-vous ?
R : C’est une très bonne chose pour la transparence dans la profession légale. Cela aide le ‘check and balance’ sur les agissements des ‘brebis galeuses’ qui ont parfois aidé certains qui seraient mêlés dans des cas de blanchiment d’argent.
Q : Le mot de la fin ?
R : Je demande à tous les jeunes d’aimer leur pays et de travailler pour le bien-être de la population.

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