Grossesse imaginaire et hallucination

by | Jul 24, 2020 | Edito

Qui sont ces femmes qui s’imaginent enceintes ou d’avoir enfantés ?

Certaines femmes, qui ont un très fort désir d’enfant ou qui, au contraire, ont une peur phobique de tomber enceinte, vont parfois jusqu’à déclencher inconsciemment tous les symptômes d’une grossesse… alors qu’elles ne sont pas enceintes ! Comment expliquer une telle réaction du corps et de l’esprit ? Qu’est-ce qui pousse les femmes qui ne sont pas enceintes à avoir des hallucinations d’avoir mis un enfant au monde alors que ce n’est pas le cas ? Retour sur ce phénomène particulier qu’est la « grossesse nerveuse ».

Grossesse nerveuse : qu’est-ce que c’est ?

La grossesse nerveuse ou imaginaire, aussi connue sous le nom scientifique de «pseudocyesis», est un trouble psychique très rare dont les causes n’ont pas été établies hors de tout doute. Il se traduit par l’apparition des symptômes d’une grossesse telle que la prise de poids, nausées, arrêts des menstruations, entre autres, alors qu’il n’y a pas eu conception. Certaines femmes ont aussi la ferme conviction d’avoir mis au monde un bébalors que ce n’est pas le cas.

« La grossesse nerveuse est une sorte de compromis entre deux tendances opposées : d’une part, un très fort désir d’avoir un enfant et, de l’autre, l’impossibilité physique de concevoir », explique la doctoresse Nitisha Doobaly, une gynécologue et obstétricienne qui s’intéresse aux questions entourant la grossesse depuis quelques années déjà. Dans certains cas, cette impossibilité est évidente – absence de relation sexuelle ou ménopause – et pourtant la personne est convaincue d’être enceinte. Aussi, une femme qui a très peur de tomber enceinte alors qu’elle nourrit intérieurement un fort désir de concevoir un enfant pourrait développer une grossesse nerveuse. « Dans les deux cas, il y a un conflit déchirant autour de l’idée de la grossesse qui peut faire naître ce trouble psychique », observe la psychologue Soomitee Rampersand.

Grossesse nerveuse : un phénomène très rare

Bien que la pseudocyesis soit rare, il existe malheureusement quelques cas isolés à Maurice, selon la gynécologue Nitisha Doobaly. Cette dernière indique que le nombre exact de cas de patiente souffrant de ce trouble n’est pas connu étant donné que les femmes concernées ne consultent ni médecin, ni psychologue durant les mois que ne dure leur trouble. En effet, elles restent dans cet état de rêve éveillé. « C’est plutôt en se présentant à l’hôpital pour accoucher que ces femmes apprendront durement qu’il n’y a jamais eu de bébé, ce qui peut être très traumatisant pour elles », renchérit-elle. Selon Nitisha Doobaly, « des études ont montré que plus de 500 cas de grossesses nerveuses ont été signalés dans la littérature médicale chez des femmes a travers le monde ».

De son côté, la psychologue Soomitee Rampersand explique que c’est un phénomène rare et qu’il n’y ait aucune statistique qui prouve qu’il y a des cas de grossesse imaginaire à Maurice. « Pour moi, en tant que femme qui est dans le domaine de la psychologie et la sexualité, je ne souviens d’aucun cas rapporté dans le passé, mais vu l’article de presse qui a fait surface récemment, ça m’oblige à réfléchir qu’il doit bien y avoir au moins une femme qui a fait face à cette situation », poursuit-elle.

Hallucination

Qu’est-ce qui pousse les femmes qui ne sont pas enceintes à halluciner ? À cette question, la gynécologue Nitisha Doobally explique qu’il existe plusieurs facteurs psychologiques qui peuvent entrainer des femmes qui ne sont pas enceintes d’avoir des hallucinations d’avoir déjà enfanté par exemple. « Lorsqu’une femme ressent un désir intense de tomber enceinte, qui peut être due à la stérilité, à des fausses-couches à répétition, à une ménopause imminente ou à un désir de se marier, son corps peut produire certains signes de grossesse (comme un ventre gonflé, des seins hypertrophiés et même la sensation de mouvements du fœtus). Le cerveau de la femme interprète alors à tort ces signaux comme une grossesse et déclenche la libération d’hormones (telles que l’œstrogène et la prolactine) qui entraînent de véritables symptômes de grossesse. Un lien commun chez ces patientes est une histoire de deuil grave, comme une fausse-couche récente, la mort d’un nourrisson ou une stérilité de longue date », affirme-t-elle.

Pour sa part, la psychologue Soomitee Rampersand indique qu’il y a plusieurs facteurs qui peuvent entrainer certaines femmes a halluciné. « Bien que nous vivions dans une société patriarcale et qu’on offre beaucoup de liberté sur plusieurs domaines à une femme, malheureusement il y a la pudeur et le stresse que ressentent beaucoup des femmes mariées qui n’ont pas encore mis un enfant dans ce monde. C’est un des facteurs qui peut pousser une femme a halluciné », dit-elle.

Soomitee Rampersand se base également sur un rapport de l’American Pregnancy Association qui explique les raisons pourquoi certaines femmes ont la firme conviction d’être enceinte ou d’avoir mis au monde un bébé quand ce n’est pas le cas. Voici quelques raisons :

  • La pression familiale, le stresse du travail, la peur de l’infertilité, de ne pouvoir plus concevoir à un certain d’âge et l’approche de la ménopause. Beaucoup de femmes ont du mal à vivre ces étapes surtout avec la ménopause, elles ressentent le besoin de réveiller leur féminité et d’enfanter une dernière fois.
  • Les symptômes de la grossesse nerveuse sont semblables comme celles d’une grossesse réale. La femme peut avoir la nausée, fatigue, douleur aux seins, périodes manquées, ventre gonflé/gain de poids, urination fréquente, changements dans la peau et les cheveux, sensations de mouvement et de contractions fœtales.
  • Un dérèglement hormonal ou même le dysfonctionnement des ovaires peut convaincre une femme qu’elle est enceinte car elle aura plusieurs symptômes qui correspondent à une grossesse.
  • Le désir fort d’avoir un enfant peut provoquer et entraîner des changements dans la matière grise et de cette façon forcée inconsciemment la nature. Le mot c’est « trick the brain into believing ». Tefania Maccari, neurobiologiste au laboratoire des neurosciences du comportement à Lille, a publié des articles sur des sujets comme le cerveau et la grossesse.
  • La Peur ! La Peur de tomber enceinte, qui est aussi accompagnée par la nervosité et l’angoisse est à l’origine d’une grossesse nerveuse.

Quels sont les traitements ?

Selon la doctoresse Nitisha Doobaly, les femmes qui ont ce type de comportement ont souvent besoin de libérer un stress ou une tension enfouie, d’où l’importance de parler avec un médecin. « Lorsqu’une femme croit qu’elle est enceinte, surtout pendant plusieurs mois, il peut être très bouleversant pour elle d’apprendre qu’elle ne l’est pas. Les médecins doivent annoncer la nouvelle en douceur et un traitement psychiatrique est généralement nécessaire pour traiter la dépression associée, qui est souvent exacerbée lorsque la patiente est informée qu’elle n’est pas enceinte », a-t-elle soutenu.

Le phénomène étant d’ordre psychologique, la psychologue Soomitee Rampersand estime qu’il est important qu’une personne atteinte se fasse suivre par un professionnel de l’écoute (psychothérapeute, psychologue, ou même psychiatre) afin d’extérioriser son ressenti et de prendre conscience de ce qui se passe réellement au niveau du corps. « Dans un premier temps, le médecin va lui faire prendre progressivement conscience de son état en lui démontrant qu’elle n’est pas enceinte. S’il l’estime nécessaire, il l’orientera ensuite vers un psychologue. Celui-ci l’aidera alors à identifier les raisons de sa grossesse “fictive”. Il apparaît que les symptômes de grossesse disparaissent progressivement et naturellement dès que la prise de conscience a eu lieu. Enfin, le soutien des proches est indispensable en cas de grossesse nerveuse », conclut-elle.

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